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Zorobabel refuse aux Cuthéens leur offre de participer à la reconstruction du temple (151)

Zorobabel a de sérieux doutes sur la sincérité sur l'offre d'aide des Samaritains et des Cuthéens, car ils ne sont pas de souche judéenne et ont des pratiques idolâtres

Zorobabel a de sérieux doutes sur la sincérité de l’offre d’aide des Samaritains et des Cuthéens, car ils ne sont pas de souche judéenne et ont conservé des pratiques idolâtres honnies des Hébreux

Zorobabel (ou Zerubbabel) fut gouverneur de Judée dès le premier retour à Jérusalem des déportés à Babylone. Mais qui est-il ? Selon Jewish Encyclopedia, « il était fils de Schealthiel et petit-fils de Jojakim. Le nom vient soit de l’hébreu (« engendré en Babylon », soit de l’Assyro-babylonien voulant dire « Pierre-Babel » (« graine ou descendants de Babylone »). La question se pose s’il s’agit du même personnage que Scheschbatsar, « le prince de Juda » et chef de la première vague d’exilés revenant à Jérusalem de Babylone sous Cyrus (Ezra i. 8). Selon Jewish Encyclopedia, « D’une part, il est considéré comme le chef de la communauté des exilés qui sont retournés (Ezra iv. 2), qu’il est associé à ce titre au chef des sacrificateurs Josué dans l’administration générale, et que le titre même de gouverneur (« peḥah ») de Juda lui a été donné par le prophète Aggée (i. 1; ii. 2, 21), titre que Ezra attribue, lui, à Scheschbatsar (v. 14). Il a été suggéré que « Scheschbatsar » peut être identique à « Shenazar » (Chroniques I iii. 18), un des fils de Jojakim et un oncle de Zorobabel. Dans ce cas (…) le neveu prit une grande part à la réorganisation de la communauté et réussit peu après à acquérir le poste de gouverneur. En tout état de cause, Zorobabel a été gouverneur de Juda dans la deuxième année de Darius Hystaspis (520 avant JC ; Aggée i. 1, 14 ; II. 2). »
Selon l’historien allemand Heinrich Graetz, « Tout près de la frontière de Juda vivait la population hétérogène des Samaritains ou Cuthéens, lesquels, initiés par des prêtres israélites du Temple de Béthel, à l’époque du royaume du nord, avaient adopté partiellement le culte de ce peuple, mais conservé en même temps les rites et l’esprit de leur idolâtrie première. Or, on vit inopinément se présenter dans Jérusalem des chefs samaritains, exprimant le désir de prendre part à la construction du temple et d’être accueillis comme membres de la communauté judaïque. La proposition parut assez grave pour donner lieu à une délibération, dont la conclusion fut un refus. Zorobabel déclara aux chefs samaritains qu’on ne pouvait leur permettre de participer aux travaux du temple. (…) Les Samaritains, depuis ce moment, poursuivirent de leurs ressentiments et de leurs haines l’État judaïque. » Ils n’étaient pas (ou pour certains, plus) de la religion d’Israël et pour d’autres étaient soupçonnés de révérer d’autres dieux. Ils affirmaient vouloir adhérer à la religion d’Israël. Mais les chefs de la communauté de retour ne pouvaient décemment les accepter après avoir refusé ceux qui n’avaient pas de généalogie israélite assez solide. Ils ne le pouvaient pas davantage, sachant que la reconstruction ne devait relever, selon l’édit de Cyrus, que des anciens déportés judéens.
Ces peuplades vont créer des problèmes aux exilés de retour, leur mettant des bâtons dans les roues. Elles réussirent in fine à provoquer des arrêts successifs puis définitifs de la construction du Temple. Cela dura quinze ans, démoralisa et démobilisa la communauté. Graetz : « Dans ce triste état de choses, chacun pensait à soi-même, non au bien public. De la construction du temple, naturellement, il n’était plus question. Les principaux chefs de famille, les grands, se bâtissaient de belles et riches demeures. A cela se joignirent les mauvaises récoltes de plusieurs années successives. (…) Bien pire encore était le déclin des moeurs, conséquence de la détresse matérielle. On ne retomba plus, il est vrai, dans l’idolâtrie. » Peut-être les Judéens n’avaient-ils pas fait montre d’assez de force d’âme, de volontarisme et de mobilisation face à des adversaires opiniâtres ? Qui allait dénoncer ces insuffisances ? Qui allait leur insuffler cette nouvelle force ?
L’historien français André Neher évoque le rôle des prophètes d’alors: « Haggaï dénonce l’égoïsme des Juifs, leur pessimisme et leur découragement. Ainsi des extraits des chapitres 1 et 2 de ses écrits: « Ainsi parle l’Eternel. Ce peuple dit: ‘Le temps n’est pas venu encore de rebâtir le Temple de l’Eternel!’ Le temps est-il donc venu pour vous d’habiter vos maisons lambrissées alors que ce Temple est en ruines! Le temps est-il donc venu pour vous d’habiter vos maisons lambrissées alors que ce Temple est en ruines ! Ainsi parle l’Eternel: ‘Montez sur la montagne, rapportez-en du bois et bâtissez le Temple! J’y prendrai plaisir et je m’en trouverai honoré…’ Prends courage Zorobabel, prends courage Josué Prenez courage vos les gens de ce ays car je suis avez vous, dit l’Eternel ».

Mais Zacharie est beaucoup plus explicite sur le conflit des pouvoirs. « Ainsi parle l’Eternel: Je suis revenu à Sion et j’ai rétabli ma demeure au milieu de Jérusalem. Jérusalem s’appelle maintenant « la ville de fidélité » et la montagne de l’Eternel Tsebaoth ‘la montagne sainte' ». La célèbre vision du chapitre 4 de Zacharie est très significative à cet égard. Le prophète voit une menorah (candélabre) entourée de deux oliviers et l’huile coule directement des olives sur l’olivier jusque dans la menorah. (… La menorah symbolise le pouvoir religieux et l’olivier représente le roi qui décide de la guerre et de la paix. Le prophète voit ce que la réalité ne lui offre pas : l’union étroite des deux pouvoirs. Dans une autre scène vue par le prophète, Josué (Jeshua) se trouve devant le tribunal de Dieu, il est accusé par le Satan : il est coupable, car il porte les habits souillés. Mais Dieu appelle les anges et Josué revêt les habits purs du grand prêtre. Cette vision est une exhortation. » Le peuple a-t-il seulement entendu la voix des prophètes ?

Sur la scène politique perse, de nouveaux bouleversements ont cours avec la mort de Cambyse (521) et l’avènement de son successeur Darius, troisième roi des Perses (521-485). , amenèrent d’heureux changements pour Juda. (…) mais les chefs de famille, leur dirent : Non, le temps n’est pas encore venu de rebâtir le Temple. Il ne fallut rien moins que la parole enflammée des deux prophètes Aggée et Zacharie pour déterminer la reprise du travail. Plusieurs fois, en cinq mois, ils interpellèrent le peuple pour stimuler son ardeur et lui révéler les secrets de l’avenir. Enfin, grâce à leur énergique intervention, l’on se remit activement à l’oeuvre si longtemps interrompue. » Toutefois, il fallut encore quatre ans pour l’achever (519-516) et le 23 adar, peu de jours avant la fête de Pâque, on inaugura le sanctuaire, enfin rétabli après tant de luttes et d’efforts. Il y avait juste soixante-dix ans que le Temple de Salomon avait été détruit. (…) Trois semaines plus tard, la Pâque était célébrée avec ferveur par la communauté entière, et les étrangers ralliés de coeur au judaïsme.
*Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76
**André Neher, Histoire biblique du peuple d’Israël (Editions André Maisonneuve, 1996)
***Traduction libre à partir d’un article tiré de Jewish Encyclopedia et accessible à l’adresse  http://www.jewishencyclopedia.com/articles/15251-zerubbabel  Jewish Encyclopedia est éditée par l’Institut de Théologie de Philadelphie, USA, créé en 1906