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Vainqueur de Juda, le roi chaldéen Nabuchodonosor maltraite les Judéens déportés (135)

Nabuchodonosor emmène en exil les Judéens capturés

Nabuchodonosor emmène en exil les Judéens capturés

La déportation des captifs judéens Peinture de Tissot

La déportation des captifs judéens Peinture de Tissot

Fils de Nabopolassar, Nabuchodonosor devient roi de Babylone en 604 avant JC. Il mourut relativement jeune, en 561 avant JC. Selon Jewish Encyclopedia*, le nom de ce roi chaldéen est cité plus de quatre-vingt dix fois dans l’ancien Testament. C’est bien le signe d’une fascination réciproque car il émerge de la littérature rabbinique que le souverain chaldéen nourrissait des relations complexes avec le peuple juif et l’Eternel, son Dieu. Méprisant pour les Judéens et fasciné à la fois, il avait les plus grandes craintes du Dieu d’Israël, si ses fidèles l’invoquaient.
Son premier acte notable fut le renversement de l’armée égyptienne sous le pharaon Nékao sur l’Euphrate, vers 605, à la quatrième année de règne de Jojakim, roi de Juda (Jérémie xlvi. 2). Après cette victoire, il devint roi de Babylone pour 43 ans. En 598 Nabuchodonosor fit prisonnier le roi Jojakim, son vassal, s’était révolté contre lui (Chroniques II, 36, 6). Il le mit probablement à mort (selon Lev. R 19, 6). En le jetant aux chiens, précise Encyclopedia Judaica*, laissant même son corps sans sépulture (précise le livre de Jérémie). Nabuchodonosor emmena en captivité à Babylone 3 023 Juifs (Livre de Jérémie). Il plaça Jojakin, fils du roi mort, sur le trône. Après trois mois de règne (Ézéchiel 19, 5-9), ce roi de Juda fut aussi capturé avec 10 000 des meilleurs fils du peuple de Jérusalem et remplacé en 597 par son oncle Mathanias, dont le nom fut changé en Sédécias (Zedekiah). Sédécias mena, lui aussi, une politique de duplicité avec Nabuchodonosor : après l’avoir assuré de sa loyauté lors d’un voyage à Babylone, il tint des propos discourtois à son endroit devant les cinq rois alliés régionaux, et s’empressa à la 9ème année de son règne de faire alliance avec l’Égypte qui le courtisait. Le roi chaldéen réagit aussitôt. Il s’installa à Ribla, une ville de Syrie et confia à son chef militaire Nebuzaradan la responsabilité du siège de Jérusalem. Les Egyptiens envoyèrent des troupes pour soulager leur allié judéen. Les Babyloniens levèrent alors un moment le siège de Jérusalem (Livre de Jérémie) pour repousser les Egyptiens. Puis ils revinrent à nouveau assaillir Jérusalem. Au bout de dix-huit mois (586), le mur de la ville céda. Sédécias et son escorte s’enfuirent de nuit, mais découverts, ils sont faits prisonniers dans les plaines de Jordanie, puis amenés devant Nabuchodonosor à Ribla. Ses fils sont tués sous ses yeux et le roi Sédécias a les yeux crevés. Et c’est enchaîné qu’il fut transporté à Babylone. Nabuchodonosor fit détruire Jérusalem et s’empara des vases sacrés du Temple qu’il fit transporter à Babylone.
Comme l’indique André Neher dans son Histoire biblique du peuple d’Israël***, les Chaldéens ont déporté l’élite de la nation judéenne. « Les bas-reliefs chaldéens ou assyriens représentent en assez grand nombre des prisonniers en marche, cheminant à pied derrière les chars de leurs gardiens, attachés les uns aux autres par des chaînes ou des cordes qui leur lient les poignets. Seules les femmes semblent avoir été exemptées de ces menottes à la fois pénibles et humiliantes. Il faut se représenter ces interminables colonnes de prisonniers, jalonnées par des gardiens munis de flèches et de matraques… »

Pourtant, certains historiens évoquent comme Heinrich Graetz***, « la mansuétude de Nabuchodonosor à l’égard des déportés » et le rabbin Arthur Weil de Bâle dans son Histoire Sainte Illustrée**** parle de « clémence ». Rien n’est plus faux ou plutôt, cela dépend quand. Il faut bien séparer les actions : avant la déportation, pendant la déportation et après la déportation. Il suffit, par ailleurs, de se reporter aux écrits du Talmud et à ceux des rabbanim, comme les lignes suivantes vont l’illustrer, pour prendre la mesure de la cruauté du souverain chaldéen et de la maltraitance subie par les Judéens.
Heureusement, l’historien français André Neher*** sort du lot pour écrire: « Arrivés dans des conditions lamentables, les déportés judéens font figure à Babylone de véritables captifs. » Mais l’historien français tempère : « On ne peut parler d’une captivité au sens étroit du terme puisque les Juifs n’étaient pas gardés en prison et jouissaient d’une certaine liberté de déplacement dans les limites requises par leur travail, ils étaient traités durement et avec arrogance ». Il ajoute : « Sans se livrer à des violences, les Babyloniens font cependant souffrir les captifs et les humilient en se moquant d’eux : ils les savent en deuil et leur demandent des chants de joie ». Le psaume 137 d’Ezéchiel, nous indique Neher, évoque le sentiment de révolte chez ces déportés : « Fille de Babel vouée à la destruction, heureux celui qui te paiera ton dû pour ce que tu nous as fait payer à nous. Heureux qui saisira tes petits et les brisera contre un rocher ».
Le livre de Daniel parle à propos de Nabuchodonosor d’un grand bâtisseur mais la littérature rabbinique, évoquée par Jewish Encyclopedia, en dresse un portrait peu flatteur. « Il est qualifié de «méchant » (« ha-rasha' » dans les traités Meguillah 11, Ḥaguiga 13 b). Selon cette source, il serait un descendant de la Reine de Saba, de par son union avec Salomon (« Alphabet Ben Sira », éd. Venise, 21 b) et aussi un gendre de Sennacherib (qui mena le premier assaut et siège de Jérusalem mais subit un échec NDLR)- avec lequel il prit part à l’expédition des Chaldéens contre Ezéchias. Il fut l’un des rares à ne pas avoir été tué par les anges lors du premier siège de Jérusalem (Sanhédrin 95 b). Il ne revint pas à Jérusalem, mais il reçut le Grand Sanhédrin (Cour Suprême juive NDLR) à Daphné, un faubourg d’Antioche, pour l’informer qu’il n’avait pas l’intention de détruire le Temple, mais que le roi rebelle Jojakim devait lui être livré, ce qui fut fait (Seder ‘ Olam Rabbah. xxv). Mais Nabuchodonosor ne tint pas parole car aussitôt après, il massacra le roi et les plus beaux habitants de Jérusalem. » Nabuchodnosor est aussi décrit comme un homme aux mœurs cruelles et sanguinaires, capable de déchiqueter un lévrier vivant et de le dévorer comme tel.
Et pourtant à en croire les écrits rabbiniques, Dieu lui–même lui confia de détruire sa ville et son peuple qui lui avaient été infidèles. « Nabuchodonosor retourna ensuite à Daphné, poursuit Jewish Encyclopedia*, où il reçut à nouveau le Grand Sanhédrin auquel il déclara vouloir prendre le roi Jojachin avec lui à Babylone. Bien qu’une voix venant des cieux ait prononcé pendant dix-huit ans ces mots dans le Palais de Nabuchodonosor, « Serviteur de méchants, Va et détruis la maison de ton maître, car ses enfants ne lui ont pas obéi », le roi Nabuchodonosor avait peur d’obéir au commandement divin, car il se souvenait de la défaite cuisante de Sennacherib dans une tentative similaire.

Nabuchodonosor demanda alors l’avis de différents devins, qui le prévinrent de ne pas entreprendre l’expédition contre Jérusalem (Lamentations. R. c.t.). Mais, Ammonites et Moabites, les « méchants voisins » d’Israël incitèrent le roi chaldéen à passer à l’offensive en clamant que les prophètes avaient annoncé la chute de Jérusalem. Nabuchodonosor avait peur que Dieu ne lui fasse subir le même sort que Sennacherib. Ces voisins lui dirent que Dieu avait maintenant abandonné Israël et qu’il ne restait au sein du peuple aucun être pieux capable de retenir la colère de Dieu (Sanhédrin 96 b). Nabuchodonosor décida son expédition contre Jérusalem seulement après que Dieu lui ait montré qu’il avait lié les mains de Michaël, l’ange gardien d’Israël. Et même alors, Nabuchodonosor ne lança pas lui-même son expédition mais demanda à son officier Nebuzaradan de s’en charger (Pesiḳ. R. 26; Sanhedrin 96 b) à telle enseigne que le roi chaldéen, assis sur un cheval dirigé par l’ange Michael, serait entré dans le Saint des Saints du Temple. » Nabuchodonosor, instrument de la main de Dieu ?
A la fois prudent et résolu dans son entreprise de destruction de la Judée, le souverain chaldéen fit preuve d’une violence débridée à l’égard des rabbins. Jewish Encyclopedia* écrit : « Depuis les faubourgs de Daphné, Nabuchodonosor suivit le siège de Jérusalem. Il reçut le Grand Sanhédrin de Jérusalem d’abord avec grands honneurs, demandant à ses membres de lui lire et de lui expliquer la Torah. Assis sur des fauteuils d’honneur, ils commencèrent leurs explications. Quand fut évoquée la question des vœux, le roi s’écria avec colère: «C’est votre roi Zedekiah qui n’a pas respecté son serment. » Il ordonna ensuite aux rabbins de s’asseoir à même le sol (Lamentations. R. ii. 10 ; Nedarim 65 a) puis ils furent tués par Nabuchodonosor II, d’une façon horrible : Il ordonna que leurs cheveux soient attachés aux ongles dse chevaux (Lamentations R 2, 10,14), et ces sages furent déchiquetés sous leurs pattes. A Sédécias, Nabuchodonosor lui dit que, conformément à la loi divine et humaine, il méritait la mort, pour avoir faussement juré par le nom de Dieu et s’être rebellé contre son suzerain (Pesiḳa Rabi.). »
Nabuchodonosor était impitoyable envers les peuples conquis et sa volonté d’humilier les Judéens était inflexible. « Sur son ordre, écrit Jewish Encyclopedia*, les Judéens déportés à Babylone ne furent pas autorisés pendant leur périple de s’arrêter même un court instant, pour se reposer. Pourquoi ? Le roi chaldéen craignait qu’ils ne prient durant le répit accordé et que Dieu ne leur vienne en aide dès leur repentir (R. Lamentations. au v. 6 ; Pesiḳa Rabi. 28). Nabuchodonosor attendit que les exilés aient atteint l’Euphrate, la ligne de démarcation de Babylone. Puis il organisa une grande fête à bord de son navire mouillant sur l’Euphrate, tandis que les princes de Juda étaient enchaînés nus, au bord de la rivière. »
Le sort des Juifs a été naturellement très triste pendant le règne de Nabuchodonosor. « Même Daniel et ses trois amis, Hanania, Mischaël et Azaria, qui étaient des pages à la Cour, le subirent souvent au péril de leur vie. Il tenta de forcer les trois pages à adorer l’idole à Durah, mais face à leur refus, il les fit jeter dans la fournaise ardente. Cependant, le miracle réalisé en leur nom (ils survécurent sans même une égratignure NDLR) conduisit Nabuchodonosor à louer Dieu. Selon le Talmud, le Tout-Puissant fut tellement emporté par ses chansons que s’il avait continué, il aurait dépassé David, mais un ange le força à s’abstenir (Sanhédrin 92 b). Cela ne l’empêcha pas de massacrer les 600 000 Juifs (1) qui lui avaient obéi et s’étaient inclinés devant son idole et auxquels il reprochait de n’avoir pas suivi l’exemple des trois hommes pieux (amis de Daniel) et de n’avoir pas eu confiance en Dieu (Pirḳe R. El. xxxiii.). »
Nabuchodonosor reçut une punition bien méritée car Dieu le transforma en animal pendant quelque temps. Selon une autre version, Nabuchodonosor a vraiment passé sept ans chez les animaux, sept ans au cours desquels son fils Evil-merodach a régné comme roi mais quand il revint, il jeta son fils en prison à vie. Jewish Encyclopedia explique : «Que Nabuchodonosor ait, malgré toute sa méchanceté, été choisi par Dieu pour régner sur Israël et toute la terre s’explique, selon certains, par le fait qu’il était un descendant de Merodach-baladan, à qui Dieu avait accordé, comme récompense pour un acte pieux, que trois de ses descendants (à savoir, Nabuchodonosor, son fils Evil-merodach et Balshatsar, deviendraient des dirigeants du monde (Pesiḳa Rabbi). Selon une autre légende rabbinique, Nabuchodonosor était le secrétaire de Baladan. Celui-ci écrivit une lettre à Ezéchias (II Rois xx. 12) en l’absence de Nabuchodonosor. A son retour, celui-ci fut informé de son contenu, qui commençait comme suit: « Je salue le roi Ézéchias et la ville de Jérusalem, le grand Dieu. » « Quoi! » s’exclame sa Nabuchodonosor, « vous appelez Dieu le très haut, et vous mentionnez son nom à la fin, alors qu’il devrait être au début! » Nabuchodonosor aurait ensuite couru après le messager, pour reprendre la lettre et la réécrire. Dieu, en conséquence, le récompensa avec la domination du monde. Et si l’ange Gabriel ne l’avait pas empêché de dépasser le messager, son pouvoir serait encore plus absolu et les Judéens auraient subi en conséquence de pires dommages encore dans ses mains. »
(1) Le chiffre paraît exagéré car à l’époque, Jérusalem et la Judée devaient compter un peu moins de 100.000 personnes
*Encyclopedia Judaica, Keter Publishing House, 2007
**Traduction libre d’un article de Jewish Encyclopedia publié à l’adresse  http://www.jewishencyclopedia.com/articles/11407-nebuchadnezzar Jewish Encyclopedia est publié par l’Institut de Théologie de Philadelphie, USA, créé en 1906
***Histoire biblique du peuple d’Israël, André et Renée Neher, Adrien Maisonneuve Editeur, 1996