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Un héritage d’Ezra le Scribe: la Grande Assemblée, ancêtre du Sanhedrin (163)

Pour parachever son œuvre, Ezra, le scribe venu de Perse, avait mené de main de maître l’œuvre de restructuration et de rénovation religieuse qu’il avait menée avec Nehemia (voir l’article précédent numéroté 161). Cette œuvre aurait été incomplète si l’on n’évoquait pas la Grande Assemblée, fondée vers 520 avant JC. Ezra avait certes ancré la foi dans le Temple désormais reconstruit mais il y avait rajouté une institution, les Sages de la Grande Assemblée ou « Anchei hakenesset Haguedola ». Après la construction du deuxième Temple, le culte hébreu n’est plus uniquement centré sur le Temple. Désormais, et c’est l’héritage de l’exil babylonien et de ses pratiques, le culte repose sur un triptyque : synagogue, prières et étude.

La Grande Assemblée durera apparemment le temps de l’occupation perse de la terre d’Israël. Problème : les historiens sont en profond désaccord sur sa durée*. Celle-ci va inscrire dans le marbre le contenu de la Torah. Selon le site web Akadem, « elle finalise le contenu de la Bible (Tana’h) soit les 24 livres ; elle met en place de la prière ‘amida (ou chmoné essré) avec ses 18 bénédictions ; la lecture publique de la Tora, Chabbat, fêtes, lundi et jeudi, ainsi que d’autres décrets pour protéger et renforcer l’observance des commandements la Tora. Selon les Pirké Avot (1, 1) -qui évoque l’éthique et les vertus des Sages, les Pères du peuple juif NDLR- la Grande Assemblée a constitué le cinquième maillon de la chaîne de la tradition juive : 1) Moïse qui reçut la Torah au Sinaï 2) Josué, successeur de Moïse 3) les Juges 4) les prophètes 5) la Grande Assemblée. Les Pirké Avot cite Simon le juste comme « l’un des derniers hommes de la Grande Assemblée, » soit vers – 200 avant JC, époque de la domination grecque. On peut dire que la Knesset Haguédola a été une institution transitoire qui, durant les quelques 300 ans de son existence, a guidé le peuple juif de l’époque des Prophètes à l’époque de la Michna. LeTalmud justifie ainsi son qualificatif de « grande » parce qu’elle « a redonné la couronne de la Tora » (Talmud de Babylone Yoma 69 b). Cette institution comprenait au départ Mardochée et les derniers prophètes Agée, Zacharie et Malachie. Elle réalisa une action salutaire pour organiser le judaïsme après l’exil de Babylonie et le retour en Judée. »

Toutefois, il serait difficile de dresser la liste de tous ses membres. Selon des sources, Simon le Sage ou le Juste (Shimon HaTsadik) figure parmi les premiers membres, selon d’autres, il en fut le dernier avec le titre de Grand-Prêtre (Cohen Gadol). La source principale demeure les écrits de Nehemia où sont évoqués « la génération de la Grande Assemblée » ou « les hommes de la Grande Synagogue ». Selon Wikipedia, « Simon le Juste, identifié à Shimon ben Onias I (310-291 ou 300-270 avant JC) ou II (219-199 avant JC), et son disciple Antigone de Sokho. » Peut-être cet anonymat des Sages visait-il à démontrer que l’œuvre avait été commune. Seuls membres à être effectivement mentionnés Ezra, Zorobabel, Yeshua, Nehemia, Mordekhai et Bilshan.

Qu’a donc accompli cette Grande Assemblée ? Selon Encyclopedia Judaica**, son oeuvre est immense et de ce fait, cette institution a considérablement œuvré dans la codification de la Torah. Encyclopedia Judaica, citant le Talmud de Babylone (Traité Meguilla 17b), affirme qu’elle a introduit la prière quotidienne appelée Amida (« Schmoné Esré »  les 18 bénédictions), le Kaddish (prière des endeuillés) et la Havdala (prière de sortie du shabbat), qu’elle a établi la fête de Pourim (Meguilla 2 a). Elle aurait classifié la loi orale en trois domaines d’études: middrash, hallakhot et aggadoth. Elle aurait intégré dans le canon hébraïque les livres d’Ezekiel, de Daniel, d’Esther, et les écrits des 12 petits prophètes (Traité Baba Batra 15a). Jewish Encyclopedia*** précise que le nombre de ses membres (85 selon Nehemia, 2, 29) aurait été ensuite augmenté pour inclure notamment les prophètes (Haggai, Zacharia, Malachie et d’autres encore), sans qu’on puisse déterminer l’origine du nombre de 120 fréquemment cité.

* Avec José ben Halafta, auteur du Seder Olam

Le logo du site histoirejuive.fr, dédié à l'histoire antique et moderne du peuple juif

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Rabah, la tradition rabbinique estime à trente-cinq ans seulement la durée de l’occupation perse tandis que les historiens dans le monde entier la chiffrent à près de deux siècles…

** article de Daniel Sperber, Encyclopedia Judaica