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Talmudology révèle les dessous de la conversion au judaïsme de la reine Helena d’Adiabene (168)

Le site web américain Talmudology évoque dans un article du 10 septembre 2015 «la Reine Convertie ». Il s’agit de la reine Helena, d’Adiabene, un pays de l’empire assyrien, qui recouvre selon certains l’ancien Kurdistan et selon d’autres l’actuelle Arménie. La période de référence est celle de la montée du conflit entre l’empire romain et la Judée, quelques dizaines d’années avant la destruction du Temple (68/70 après l’ère actuelle). Partant d’un passage du Talmud de Babylone (Nazir 19b), le site web revient sur la destinée peu commune de cette reine qui embrassa la religion juive, vint en aide à sa population et dont le pays fut le seul à porter secours lors du conflit final avec Rome.
Talmudology écrit : « Son fils partit à la guerre et la reine, qui s’était auparavant convertie au judaïsme, prit un engagement : ‘Si mon fils retourne en paix de la guerre, je serai une nezirah pendant sept ans.’ Son fils rentra de la guerre et elle devint nezirah pendant sept ans au terme desquels elle voulut vivre sur la terre d’Israël. Bet Hillel statua qu’elle devait être une nezirah pour sept ans encore car le délai de nezirut observé en dehors d’Israël ne compte pas. À la fin de la [deuxième] période de sept ans, la reine Helena devint une nouvelle fois impure, ce qui signifiait qu’elle devait servir à nouveau sept ans. Et donc, elle fut nezirah pendant une période totalisant vingt et un ans… »

La reine Hélène, « sponsor » du Second Temple
« Dans ce passage de la reine Helena (morte 50 ans avant le début de l’ère actuelle) devient l’une des rares personnes identifiées par son nom dans le Talmud comme étant devenue une Naziréenne. En fait, elle le devint à trois reprises. Mais il y a beaucoup plus à son histoire. Ailleurs dans le Talmud (Baba Batra 1 et 11) son fils est crédité d’avoir sauvé Jérusalem de la famine (du moins selon Rachi). La Mishnah (Yoma 37 a) observe que la reine consacra un candélabre d’or au Temple, qui fut placé au-dessus de la porte conduisant à la Cour d’honneur. En outre, elle offrit une tablette sur laquelle était écrite la section de la Sota (la femme soupçonnée d’adultère). »
Flavius Josèphe, le grand historien juif, certes controversé, apporte des informations supplémentaires sur sa vie, qui corroborent certaines des histoires évoquées à son sujet dans le Talmud. « Hélène, reine d’Adiabène et son fils Izatès, décident d’embrasser les coutumes juives. Monobaze, roi d’Adiabène, qui portait aussi le nom de Bazeus, tombe amoureux de sa sœur Hélène, en fit sa femme (une pratique usitée à l’époque dans cette contrée du monde NDLR), qui engendra son enfant. Une nuit, alors qu’il partageait sa couche, il posa sa main sur le ventre de sa femme et s’endormit. Il entendit alors une voix qui lui demandait de retirer sa main du ventre de sa femme pour ne pas blesser l’enfant. Ce dernier naquit en toute sécurité et eut une fin heureuse. Cette voix perturba le roi qui se réveilla immédiatement et raconta la scène à sa femme ; et quand son fils est né, il l’appela Izatès… »
Talmudology poursuit : « Un certain marchand juif, du nom d’Ananias, avait enseigné aux femmes du roi à adorer Dieu selon la religion juive. Il procéda de même avec Izatès qui fut convaincu de la même manière, d’embrasser la religion juive. La reine mère subit aussi l’influence d’un autre juif et elle aussi, choisit la religion juive. » Le site explique : « Quand Hélène, mère du roi, vit que les affaires du royaume d’Izatès prospéraient et que son fils était heureux et admiré, même parmi les étrangers, de par la providence de Dieu sur lui, elle décida de se rendre dans la ville de Jérusalem, pour prier au Temple de Dieu (Le deuxième Temple de Jérusalem NDLR) et y procéder à des offrandes. Son fils donna son consentement au voyage. Elle fit de grands préparatifs et son fils lui donna beaucoup d’argent. La reine arriva au moment où la ville de Jérusalem n’était pas dans la meilleure situation. Les habitants de Jérusalem étaient alors soumis à une famine très meurtrière. La reine Helena prit aussitôt les devants : elle envoya des serviteurs à Alexandrie pour acheter du maïs et à Chypre pour en rapporter des figues. Elle fit distribuer des vivres à ceux qui étaient dans le besoin le plus criant. Elle laissa ainsi un excellent souvenir derrière elle. Quand son fils Izatès fut informé de cette famine, il envoya à son tour de grandes sommes d’argent à Jérusalem… (Flavius Josèphe, Antiquités juives, XX, 2.) » Ce n’est pas tout. La reine mère fit aussi cadeau entre autres choses, d’un portail d’or et de poignées d’or pour la vaisselle du Temple utilisée le jour de Yom Kippour.
Voila pour l’histoire de la reine. Mais le site web américain Talmudology innove en ce sens qu’il fait intervenir des experts de l’histoire juive.

L’apport de l’historien américain Jacob Neusner

En 1964, un jeune historien américain du nom de Jacob Neusner publia un document dans la Revue de la littérature biblique intitulé ‘La Conversion de Adiabene au Judaïsme: A New Perspective’. Jacob Neusner affirme que le récit de Josèphe sur la conversion familiale au Judaïsme de la reine Helenaet d’Adiabène « ne peut raisonnablement être rejeté ». Il va plus loin et s’interroge sur les motivations politiques derrière cette conversion.
Sa réponse est la suivante : les Juifs du Proche et du Moyen-Orient au premier siècle étaient « un groupe nombreux et politiquement important » et « en Arménie comme ailleurs, les dynastes Juifs avaient un pouvoir… » De plus, « la communauté juive de Palestine était un groupe puissant et militairement significatif. Il n’était pas déplacé de penser que la Palestine puisse recouvrer son indépendance de Rome, peut-être de concert avec les petits rois de l’orient romain. » Par sa conversion au judaïsme, Adiabène pouvait se positionner comme un acteur puissant dans la chute de l’empire romain. De cette façon, souligne Jacob Neusner, la reine Helena et sa maison royale utilisaient ainsi une manœuvre inaugurée un demi-siècle plus tôt par Hérode, qui, tout en restant fidèle à Rome, avait « tenté de nouer des alliances avec les autres dépendances romaines et chez les Juifs Babyloniens ». En fait, Adiabène fit un pas de plus qu’Hérode et encouragea même la révolte contre Rome en 66 de l’ère actuelle. Objectif selon Neusner: gagner le trône de Jérusalem même.
« Si les Juifs avaient gagné la guerre contre Rome, qui pouvait hériter, à l’époque, du trône juif ? Probablement pas Agrippa II car lui et sa famille avaient été discrédités par leur liaison avec Rome et leur opposition à la guerre. Certains Juifs pensaient probablement que le Messie régnerait en Judée, mais cela ne pouvait sérieusement affecter les calculs des Adiabèniens. En effet, de leur point de vue, ils pouvaient raisonnablement espérer arriver au pouvoir. Ils étaient, après tout, une famille régnante; leur conversion n’avait pas plus d’importance pour les Juifs Palestiniens qu’Agrippa Ier, dont la lignée familiale irrégulière l’avait empêché de gagner le soutien populaire. Le soutien actif de la famille régnante d’Adiabène à la guerre, leurs bienfaits à la ville et à sa population en proie à la famine, leur statut royal et le soutien qu’ils pouvaient rassembler à travers l’Euphrate, en auraient fait les principaux, sinon les seuls candidats au trône de Jérusalem. »
Faut-il conclure qu’il y aurait eu, selon cet auteur, des arrières pensées politiques à la démarche de sympathie d’Adiabene, voire à la conversion des dirigeants de cet Etat ? Allons plus loin encore : Faut-il penser que Rabi Aquiba, dont la perspicacité est devenue légendaire, avait percé les motivations secrètes de la conversion des rois et reine d’Adiabène ? Difficile à dire. Observons simplement qu’à la lecture du Tamud, (Sukkah 2b), on apprend que « la reine Helena, lors de son séjour en Judée, se fit construire dans la ville de Lyddah une souccah, pour célébrer la fête des cabanes, respectant en cela la religion juive. Mais le toit de cette souccah était trop haute (40/50 coudées au lieu de 30) et donc non conforme aux critères religieux. Pourtant les Sages de la Torah y allaient. Oui mais, rétorque un sage. Une femme n’est pas soumise aux obligations de la souccah. Oui mais réagit un autre sage, elle avait sept garçons et donc l’un d’entre eux devait avoir au moins treize ans, et donc soumis à cette règle, imposée aux hommes. Et de toutes les manières, les Sages n’adressaient pas la parole à la reine Helena. »

Jérusalem, dernière demeure de la reine

La reine Helena d'Adiabène porte une rue à son nom dans le centre ville de Jérusalem

La reine Helena d’Adiabène porte une rue à son nom dans le centre ville de Jérusalem

Jacob Neusner concède que « la conversion d’Helene et Izatès n’était pas seulement un acte politique. Au contraire, il souligne l’importance de tenir compte des conséquences politiques de leur action religieuse. Il semblerait cependant que la famille de la Reine Helena ait reconnu les conséquences profondément religieuses de sa décision d’adopter le judaïsme. » L’historien Flavius Josephe enregistre plus tard que quand, rentré à Adiabène, la reine mourut, son fils « fit envoyer ses ossements… à Jérusalem et donna ordre qu’ils soient enterrés dans l’édifice que sa mère avait érigé » (Flavius Josèphe, Antiquités Juives, XX, 4). Cela suggère que la conversion de la Reine Helena a également été reconnue par les siens comme un acte religieux. Son fils a reconnu son lien avec Jérusalem et s’est arrangé pour qu’elle puisse être enterrée là, près de ce qui est maintenant l’American Colony Hotel. Aujourd’hui, la reine se rappelle à nous avec une rue à son nom dans le centre-ville de Jérusalem (voir photo du site Talmudology).

Source : http://www.talmudology.com/the-daf/?tag=Queen+Helena
Le site web Talmudology confronte Talmud et science