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Successeur de Jonathan, Shimon arrache en -141 l’indépendance d’une Judée agrandie-le 2ème Etat juif (200)

Après la défense des coutumes religieuses, Shimon engage l'offensive territoriale Source Wikipedia, MrsCattan

Après la défense des coutumes religieuses juives, Shimon engage contre les Grecs et les peuplades voisines l’offensive territoriale Source Wikipedia, MrsCattan

 

Quand Jonathan fut capturé puis mis à mort par le perfide général gréco-syrien Triphon, la vacance du pouvoir inquiéta au plus haut point le peuple de Jérusalem. Rassemblé sur le parvis, il porte alors au pouvoir son frère Shimon. Jewish Encyclopedia (1) nous conte ces heures : « Simon fut élu chef par le peuple, assemblé sur le parvis du Temple à Jérusalem. Il fortifia la capitale et sécurisa Joppa en expulsant ses habitants non-Juifs et en la remplissant de Juifs. À Hadid, il bloqua l’avance de Triphon, qui tentait d’entrer dans le pays et de s’emparer du trône de Syrie. Aussi Triphon a habilement exigé une rançon pour Jonathan et la reddition des fils de Jonathan en otage. » Jonathan mourut assassiné sans que les otages judéens ne soient retournés. Shimon devint alors « le seul dirigeant du peuple. »  Le dernier des fils de Mattathias à se dévouer à la cause nationale reprit le flambeau. Selon Heinrich Graetz (2), « La mort de Jonathan ne produisit pas de découragement. Au contraire, elle enflamma les esprits des partisans de la famille des Hasmonéens et du peuple entier du désir de venger cette noble victime de son déloyal meurtrier. Siméon venait simplement remplir la place laissée vide dans le gouvernement du pays. (…) Siméon Tharsi (…) trouva en prenant le pouvoir un peuple fort. »

Qualifié de  « vieillard » par Marianne Picard, auteure de Juifs et Judaisme (3), Shimon a déjà beaucoup combattu les gréco-syriens aux côtés de ses frères où ses qualités spécifiques s’étaient révélées au grand jour : il était « sagace et avisé », reprenant la parole de son père sur son lit de mort, rappelle Jewish Encyclopedia. Il va certes poursuivre l’oeuvre de ses frères, qui avaient défendu leurs coutumes religieuses. Mais il va aussi passer à une nouvelle phase : celle de l’agrandissement territorial, visant à une sorte de continuité physique. Déjà, Jonathan avait repris la Judée (moins l’Akra) et conquis Achkelon et Gaza, aux mains des très hostiles Philistins. Lui-même poursuit dès lors le même objectif en s’emparant du port de Jaffa. Achekelon, Gaza, Jaffa : pourquoi cette quête soudaine des accès à la mer ? L’historien austro-américain Salo W Baron apporte la réponse dans son Histoire d’Israël (4) : « La lutte que les Maccabées menèrent avec persistance, révéla la ténacité d’une volonté plus ou moins consciente d’accéder à la mer. Maccabées 1 louait Shimon d’avoir pris Jaffa ‘comme port et d’avoir une entrée aux îles de la mer’ Simon était disposé à payer un prix élevé pour la possession de cette cité portuaire (…) ».

Selon Jewish Encyclopedia, « Antiochus VI le nomma strategus ou commandant militaire de la région côtière de Tyr en Égypte. Il conquit les villes de Beth-Zur et Joppé, les renforça d’une garnison juive et construisit la forteresse d’Adida dans la plaine. » Il demanda au souverain syrien que la Judée soit libérée de « la taxation », c’est-à-dire du tribut annuel, propre au vassal. Le fait que sa demande ait été accordée vaut implicitement reconnaissance de l’indépendance politique de la Judée. « Ainsi le joug des païens disparut d’Israël dans la 170ème année » de l’ère Séleucide (143-142 av. J.-C.) Ce fut une nouvelle ère. L’indépendance véritable devint aussi visible sur les pièces de monnaie frappées en hébreu ancien avec l’inscription « Ville sainte de Jérusalem » et datées « l’année 1, » « 2 » « 3 » « 4 », ou « 5 », de l’ère de Shimon bien que, souligne Jewish Encyclopedia, « il est étrange qu’il n’y ait pas de pièces des exercices 6 et 7, bien que Shimon gouvernait alors » (1). Comme le notait Heinrich Graetz, « Le pouvoir réel ne data pour lui que du jour où il obtint le droit de battre monnaie » (2).

Les Maccabéens aimaient les symboles, et notamment mais pas seulement les symboles spécifiquement juifs. Salo W Baron note qu’ils firent inscrire sur certaines pièces de monnaies deux symboles spécifiquement juifs : l’ethrog (le cédrat) et le loulav (la branche de palmier) et aussi la formule « Pour la délivrance de Sion », nous indique Jewish Encyclopedia.

Shimon voulut mettre fin aux derniers bastions de la colonisation grecque. Que fît-il ? « Il mit le siège devant la puissante ville de Gazara et s’en empara, expulsa les habitants païens, supprima les idoles des maisons, purifia la ville, et y plaça ses hommes » (3). Il attaqua le dernier rempart des Syriens en Judée, l’Acra de Jérusalem, qui fut prise le jour du deuxième mois (-142 av. J.-C.). Antiochos VII (Sidetes), le frère de Démétrios tenta de s’emparer du trône de Syrie et voulut s’assurer que le dirigeant asmonéen serait au moins neutre. Aussi, « dans une lettre écrite à Rhodes avant de débarquer, il confirma Shimon dans tous les privilèges accordées par les rois précédents, en particulier celui de battre monnaie » note Jewish Encyclopedia même si celui-ci en avait déjà pris les devants. Mais dès qu’Antiochos VII se sentit en sécurité, il renia ses engagements et « exigea que Shimon rende Joppé, Gazara et l’Acra, ou qu’il paye une indemnité de mille talents». Shimon refusa, entraînant à nouveau les protagonistes dans le conflit armé qui se termina au bénéfice des Maccabéens. Au plan international, Shimon consolida l’alliance avec Rome et avec les Parthes. Puis, il légua ses dignités à ses enfants et devint ainsi le fondateur de la dynastie hasmonéenne. Comme le note Heinrich Graetz, « Shimon réussit au-delà de ses espérances car il sut procurer à la nation judaïque une indépendance complète vis-à-vis de la Syrie, et il fit de la Judée un État libre. C’est donc à juste titre que son règne est dépeint comme une ère bénie ».

En -135, Simon voyageait à travers le pays et se dirigea vers la forteresse de Docus, près de Jéricho pour un banquet préparé par son gendre Ptolémée (à la solde, dit-on, des Hellénistes). C’était un piège. Lui et ses fils Mattathias et Juda furent tués par son gendre. Ainsi tomba Shimon, qui avait été précédé par ses frères Yonathan, Yehuda et auparavant par leur frère Eleazar, écrasé par un éléphant lors de la bataille de Beth Zacharia (selon Michelle Hadas-Lebel). Les sept années de son règne avaient préparé la voie car son fils Jean Hyrcan lui succéda.