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Succédant à Ouzia et Jotham, le roi Achaz de Juda sombre dans l’idolâtrie (113)

Le roi Achaz sombra dans  les pratiques idolâtres

Le roi Achaz de Juda sombra dans les pratiques idolâtres

Ouzia arrive au pouvoir à 16 ans à la tête de Juda. Fils d’Amatsia, il était aussi appelé Azaria (Rois II, xv. 1, 13, 30). Il régna sur Juda lors de la 27ème année du règne de Jéroboam II. Jewish Encyclopedia indique que « Le livre des Rois (IB. xv. 2) déclare que son règne a été prolongé de cinquante-deux ans (788-737 avant JC), et qu’il était juste tout comme son père avait été, bien qu’il n’ait pas pris de mesure contre les hauts lieux (où sévissait l’idolâtrie) et a permis au peuple de sacrifier et de brûler de l’encens chez eux. Selon les Chroniques II, Xxv, Ozias a aussi conquis les Philistins et les Arabes et reçu l’hommage d’Ammon. Il fortifia son pays, organisa et rééquipa son armée et s’est personnellement engagé dans des activités agricoles. Son succès en tant que roi, administrateur et commandant en chef de l’armée a fait de lui fait le souverain du plus grand Royaume de Juda depuis le schisme. Sa puissance et son autorité sur les peuples de son royaume expliquent pour une part la situation politique des derniers rois de Juda et probablement aussi en 739, lorsque Tiglath pileser III a conquis dix-neuf districts du Nord de la Syrie qui avait appartenu personnellement à Ozias (Azri-ia-u). »
A l’inverse de son contemporain du nord Jéroboam II, note encore l’historien André Néher, Ouzia est bien plus méthodique : Edom, Philistie, Ammon, Moab tombent sous sa coupe. « Il fait preuve d’un admirable esprit d’organisation. Il rase les murailles des villes ennemies, mais consolide les frontières en érigeant des citadelles. Vers l’Egypte et la mer Rouge, les routes sont gardées contre toute attaque. A l’intérieur du pays, c’est tout un programme d’équipement militaire qui s’exécute dans différents domaines (…) des arsenaux fonctionnent à Jérusalem »
Jotham, le fils d’Ouzia fut le dixième roi de Juda. Son père ayant offert de façon sacrilège l’encens dans le Temple (Chroniques II. xxvi. 16-21), avait été frappé de la lèpre, ce qui le conduit à habiter en dehors de la population. Pendant près de quatorze ans, Jotham fut régent et, en réalité, roi sur Juda. Il a lui-même dit avoir construit la porte haute de la maison de Yhwh. « Il a construit des villes dans les montagnes de Juda, et dans les forêts il construisit les châteaux et les tours. » Il défit les fils d’Ammon, qui lui ont payé un tribut annuel immense. La question existentielle pour Juda demeurait : Juda devait-il rejoindre cette alliance de la Syrie et d’Israël qui comptait aussi des Phéniciens, des Philistins, des Arabes ? Joatham (1), fils d’Osias (2), devint roi mais ne décida rien. Une fois mort, son successeur, Achaz (3), fils de Jotham, se trouva confronté à la même alternative : entrer dans l’alliance des royaumes de Samarie et de Syrie contre l’ambitieux roi assyrien Tiglat-Falzar, nouveau nom de Phu après sa victoire sur Babylone en 729. Achaz refusa. Furieux, les rois syrien et israélite qui voulaient assurer leurs arrières, vinrent assiéger Jérusalem en -735. Quand l’assyrien eut vent de l’alliance qui s’était tramée, il passa à l’offensive. Du coup, le syrien Rezin leva le siège de Jérusalem et Phacée, roi d’Israël, revint à Samarie. Mais le répit était momentané. L’assyrien Téglat-Phalazar prit d’abord Damas et tua Rezin. Puis, il conquit Israël.
Restait Juda, où un nouveau roi fut élu. A 20 ans, Achaz devint roi de Juda. Mais idolâtre, il pratiqua le culte de Baal, comme l’attestent les écrits. «Il fit des idoles de fonte en l’honneur des Bealim. Il offrit de l’encens dans la vallée des fils de Hinnom, fit brûler ses fils dans le feu, imitant les abominations des peuples que l’Eternel avait dépossédés au profit des enfants d’Israël. Il offrit des sacrifices et de l’encens sur les hauts lieux et les collines et sous tous les arbres verdoyants » (Chroniques II 28,3-4).
Mais Juda dut subir l’assaut meurtrier successif de la Syrie puis de l’armée d’Israël. Cela se solda par de nombreuses pertes (120.000 soldats) et de nombreux prisonniers (200.000 emmenés en Israël). Mais un prophète, Oded, se mit sur le chemin de l’armée d’Israël et lui dit: « C’est dans sa colère contre Juda que l’Eternel, le Dieu de vos pères, les a livrés entre vos mains, et vous les avez tués avec une fureur qui est montée jusqu’aux cieux. Et vous pensez maintenant faire des enfants de Juda et de Jérusalem vos serviteurs et vos servantes! Mais vous, n’êtes-vous pas coupables envers l’Eternel, votre Dieu? » (Chroniques II 28,9). Le prophète le convainc alors de libérer les prisonniers : « Vous ne ferez point entrer ici des captifs; car, pour nous rendre coupables envers l’Eternel, vous voulez ajouter à nos péchés et à nos fautes » (Chroniques II 28,13). Résultat : Les prisonniers sont effectivement libérés, habillés, nourris puis relâchés dans la ville de Jéricho. Mais ces péripéties ont suscité l’appétit jaloux des voisins.
Achaz subit de nouvelles agressions des Edomites et des Philistins. Et Juda fut une nouvelle fois battu. Achaz céda à Edom la ville d’Eilath, sur la mer Rouge. Désemparé, le roi demande l’aide de l’Assyrie. Achaz va jusqu’à dépouiller son palais pour remercier par des cadeaux le souverain assyrien. Mais il y a un effet pervers à cette liaison. L’historien allemand Graetz décrit ainsi l’influence néfaste des pays voisins sur Israël et Juda, même quand ce sont des pays ennemis : « Le royaume de Juda subit à la même époque une révolution profonde. Achaz, après s’être déclaré vassal du roi d’Assyrie, avait dû se rendre auprès de celui-ci pour lui faire hommage. (.. .) Il éprouva de l’admiration pour les mœurs assyriennes (…) Il introduisit à Jérusalem, entre autres coutumes, le culte du soleil et des planètes. L’image du soleil entouré de rayons fut placée à l’entrée du temple et l’on consacra à cette divinité des coursiers et des chariots. Achaz alla plus loin encore. La langue assyrienne avait beaucoup d’analogie avec celle des Araméens ; les gens de cour l’apprirent pour mieux s’entendre avec leurs maîtres. (…) Menacé un jour d’un grand malheur, il en vint à sacrifier son propre fils en l’honneur d’un dieu imaginaire, à Moloch. Achaz fit brûler un de ses fils*. C’est là l’origine de la Géhenne. »
Pire encore : « L’autel d’airain, construit par Salomon, est relégué dans un coin du parvis et c’est désormais sur le nouvel autel d’inspiration idôlatre que se font les sacrifices prescrits par la Thora » selon l’historien français André Neher (Histoire biblique du peuple d’Israël) qui explique : « Ce ne sont pas des décisions délibérées mas des actes de désespoir (…) lsraël et Aram envahissent le pays qui n’arrive à se sauver qu’en appelant l’Assyrie à la rescousse ». Et devrait-on ajouter Baal, qui désormais à sa faveur par rapport au Dieu d’Israël qu’il craint. Seule force contre la dérive monarchique et la dégradation morale ambiante, les prophètes parmi lesquels Isaïe et Michée, qui professent la foi en l’Eternel et mettent en garde peuple, riches et gouvernants contre la tentation de la duplicité géopolitique. Le prophète Isaïe s’était opposé à l’alliance avec l’Assyrie.

(1) Achaz régna 16 ans sur Juda de -743 à -727 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)
(2) Jotham régna 15 ans sur Juda de -758 à -743 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)
(3) Ouzia ou Uzziah, ou Osias, ou Azariah) régna 52 ans sur Juda de -785 à -733 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)
*Selon l’historien français Neher, « deux de ses fils » Histoire biblique du peuple d’Israël, André et Renée Neher, Adrien Maisonneuve Editeur, 1996

**Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76
Mise en ligne : 6 octobre 2014- Version 1- Israël Antique-Exil 6-113