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Selon le Talmud de Babylone, Ḥizḳiyyah aurait pu être le Messie (119)

Le roi Hizzkiya lutta contre l'idolâtrie. Sculpture de la déesse canaannéenne Astartée Source Dama_de_Galera_(M.A.N._Madrid)_01 de Luis Garcia

Le roi Hizzkiya lutta contre l’idolâtrie. Sculpture de la déesse canaannéenne Astartée Source Dama_de_Galera_(M.A.N._Madrid)_01 de Luis Garcia

Le roi Hizzkiya fit disparaître le serpent d'airain, idolâtré des Hébreux depuis que Moïse dans le désert l'avait utilisé pour guérir les Bene Israël de l'attaque des reptiles dans le désert

Le roi Hizzkiya fit disparaître le serpent d’airain, idolâtré des Hébreux depuis que Moïse dans le désert l’avait utilisé pour guérir les Bene Israël de l’attaque des reptiles dans le désert

Les récits contés dans le Talmud de Babylone ne sont pas des preuves historiques, au sens où l’entendent les historiens traditionnels. Mais fondés sur la transmission orale de Sage à Sage d’informations ou de paroles authentiques et le plus souvent tirés des sources, ces récits doivent-ils être considérés comme des témoignages à part entière, éléments de la parole juive ? Ou sont-ils à rejeter pour la simple raison que leurs auteurs sont des rabbins? C’est le premier point de vue que nous adoptons. Car, se priver de ces récits, c’est ôter des éléments qui participent à la geste du peuple juif et donc à son histoire. En tant que tels, ils sont composants de l’histoire et doivent être pris en compte.

Dans la littérature rabbinique, explique Jewish Encyclopedia*, « Ḥizḳiyyah est considéré comme le modèle de ceux qui placent leur confiance dans l’Eternel. Seulement pendant sa maladie, sa foi inébranlable vacille et il exprime le besoin d’un signe, pour lequel il a été blâmé par Isaïe (Lam. R. i.). Le nom hébreu « Ḥizḳiyyah » est considéré par les talmudistes comme un nom de famille, qui signifie soit « renforcé par Yhwh » ou « celui qui fait une alliance solide entre les Israélites et Yhwh ». Ses huit autres noms sont énumérés dans Sanhedrin 94 a. Il est appelé le restaurateur de l’étude de la Halakha (droit) dans les écoles et il est censé avoir planté une épée à la porte des maisons d’étude (Bet HaMidrash), affirmant que celui qui n’étudierait pas la loi de la Thora devrait en être radié avec cette épée (Sanhedrin 94 b). Selon les talmudistes, la seule piété d’Ḥizḳiyyah a causé la destruction de l’armée assyrienne et libéré le signal des Israélites quand Jérusalem a été attaqué par Sennacherib. Cela l’a amené à être considéré par certains comme le Messie (Sanhedrin 99 a). »

Le Talmud de Babylone, Sanhedrin tome III**, cite en particulier Rav Hillel (99a1, note 13) qui prétend que la rédemption arriva déjà quand Dieu sauva les Juifs de la main de Sennacherib à l’époque du roi Ḥizḳiyyah. Mais d’autres rabbins ont un autre point de vue. « Selon Rav Bar Ḳappara, Ḥizḳiyyah était destiné à être le Messie, mais l’attribut de la justice (« middat ha-din ») a protesté, disant que, comme David n‘avait pu être le Messie, alors qu’il avait si bien chanté la gloire de Dieu, alors qu’Ḥizḳiyyah, pour lequel tant de miracles avaient déjà été réalisés, n’avait pas chanté les louanges de Dieu (Sanhedrin 94 a).

« La maladie dangereuse d’Ḥizḳiyyah a été causée par un différend de préséance entre lui et Isaïe. Car chacun souhaitait que l’autre lui rende, le premier, visite. Afin de concilier leur point de vue, Dieu frappa Ḥizḳiyyah d’une maladie et a ordonné à Isaïe de visiter le roi malade. Isaïe dit alors au roi qu’il allait mourir, et que son âme périrait aussi parce qu’il n’était pas marié et n’avait donc pas respecté le commandement de perpétuer l’espèce humaine. Ḥizḳiyyah ne désespéra pas pour autant et resta rivé au principe qu’il faut toujours avoir recours à la prière. Il épouse finalement la fille d’Isaïe, qui lui donna Manassé (Berakhot 10 a), (le roi impie NDLR). De plus, ce roi, « qui reçut des adorateurs d’idoles chez lui », commit ainsi un impaiir : de ce fait, ses descendants partirent en exil à Babylone. Cependant, dans sa prière, Ḥizḳiyyah était plutôt arrogant car il faisait sa propre éloge, entraînant l’exil de ses descendants (Sanhedrin 104 a). R. Levi soutient qu’Ézéchias, en disant « et j’ai fait ce qui est bon à tes yeux » (II Rois xx. 3), se référait au fait qu’il avait dissimulé le livre de la guérison***. »

Le Talmud de Babylone, Sanhedrin III** indique que pour le rav Shimon Ben Eleazar, la posture de Ḥizḳiyyah était bien présomptueuse car lorsque le prophète Isaïe vint lui dire que Dieu avait entendu sa prière et que sa vie serait prolongée de 15 ans, celui-ci lui posa une autre question, laissant percer un brin d’orgueil : « Quel sera le signe par lequel Dieu me sauvera ? Une autre accusation du même rabbin est prononcée contre ce roi, « qui reçut des adorateurs d’idoles chez lui » : De ce fait, ses descendants partirent en exil à Babylone.

« Selon les talmudistes, Ḥizḳiyyah a réalisé six choses, dont trois étaient en accord avec les rabbins et trois en désaccord avec eux (Pessachim. iv., fin). Les trois premiers étaient les suivantes: (1), il a caché le livre de la guérison car les gens, au lieu de prier Dieu, se seraient appuyés sur ses prescriptions médicales ; (2) il a brisé en morceaux le serpent d’airain ; et (3) il a fait glisser les restes de son père (Achav NDLR) sur une paillasse, au lieu de leur donner une sépulture royale. Les trois secondes étaient: (1) l’arrêt de l’eau de Gibon ; (2) la prise de l’or de la porte du Temple ; et (3) la célébration de la Pâque au second mois (Berakhot. 10 b).

Le Midrash relie deux récits différents (II Rois 18- 13-16 et II Chron. xxxii. 1-8) sur la conduite d’Ezechias au moment de l’invasion de Sanchérib. Il est dit qu’ Ḥizḳiyyah a préparé trois moyens de défense : la prière, des présents et la guerre (Eccl. R. ix. 27), afin que les deux déclarations bibliques se complètent mutuellement. Alors pourquoi Ḥizḳiyyah a-t-il affiché ses trésors aux ambassadeurs babyloniens, provoquant la colère de Dieu (Chroniques II. 32 25) ? Ḥizḳiyyah avait ouvert devant eux l’Arche, en leur montrant les tables du Pacte divin en disant: « C’est avec cela que nous sommes victorieux » (Yalḳ., c.t. 245). Ḥizḳiyyah était immensément riche mais son repas se composait seulement d’un kilo de légumes (Sanhedrin 94 b). L’honneur qui lui a été rendu après sa mort consistait, selon R. Juda, en ce que son cercueil soit précédé de 36 000 hommes aux épaules nues en signe de deuil. Selon R. Nehemiah, un rouleau de la Loi a été placé sur le corps d’Ḥizḳiyyah. Les Talmudistes attribuent à Ezéchias la rédaction des livres d’Isaïe et des Proverbes, le Cantique des cantiques, l’Ecclésiaste (Baba Batra 15 a). »

En fait, si l’on en croit Le Talmud de Babylone, Sanhedrin III**, rabbi Yochanan pense que ce roi montra à ses visiteurs « des armes destructrices d’autres armes grâce à la qualité supérieure de leur métal ».
*Traduction libre à partir d’un article publié à l’adresse suivante  http://www.jewishencyclopedia.com/articles/15209-zedekiah dans Jewish Encyclopedia, encyclopédie éditée par l’Institut de Théologie de Philadelphie, USA, créé en 1906

**Talmud Bavli Tractate Sanhedrin III, Schottenstein Daf Yomi Edition, Artscroll Series, 1996

***Le livre dela guérison (ou des remèdes) contenait « des instructions concernant les propriétés curatives de toutes les sortes d’herbes et de plantes qui existent. Les gens malades comptaient sur les remèdes naturels et ne se tournaient pas vers Dieu pour qu’il les guérisse » (Berakot Tome1, 10a. Artscroll. Aussi Hizkiyaou ce livre.

Mise en ligne : 6 octobre 2014- Version 1- Israël Antique-Exil 6-119