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Samuel accuse: Les malheurs d’Israël viennent de ses pratiques idolâtres (23)

Les pratiques idolâtres des Hébreux ont débuté dans le Sinaï avec le veau d'or

Les pratiques idolâtres des Hébreux ont débuté dans le Sinaï avec le veau d’or. Source : Wikipedia

 

Quand l’Arche sainte est capturée par les Philistins et que le prophète-juge Eli meurt, un petit-fils naît auquel on donne le nm de Ikabod (« Il n’y a plus de gloire » car Israël est sans son arche sainte). Ces malheurs ont une origine, martèlent les Ecritures : les dévoiements du peuple hébreu. Que de défis pour le jeune prophète et juge Samuel !

Samuel est confronté aux dérives des Hébreux au premier rang desquelles, ses pratiques idolâtres, que stigmatise l’historien Heinrich Graetz dans Histoire des Juifs* : « La première préoccupation de Samuel fut de déshabituer son peuple du culte impur de Baal et d’Astarté, et de le guérir de sa crédulité à l’endroit des oracles. Les tendances d’une partie du peuple à s’éloigner des anciens errements et à se rapprocher du Dieu d’Israël vinrent en aide à ses efforts. Ses discours entraînants, où dominait surtout cette idée que les dieux des païens étaient de vains fantômes, incapables de secourir, que c’était folie et crime tout à la fois de consulter des oracles trompeurs et d’ajouter foi aux jongleries des devins, enfin que Dieu n’abandonnerait jamais son peuple, ces discours trouvaient un écho de plus en plus puissant dans le coeur de ceux qui les entendaient ou qui en avaient ouï parler. »

Même son de cloche chez André Neher (Histoire biblique du peuple d’Israël**): « Les cultes cananéens du Baal et de l’Astarté se répandent un peu partout et c’est à partir de la judicature que la pratique des hauts lieux (bama), sévèrement condamnée par la Thora, devient tout à fait courante en Israël. Ce qui est plus dangereux encore qu’une vraie idolâtrie qui s’affiche  et se reconnaît comme telle, c’est la syncrèse religieuse. » En apparence, on révère le Dieu d’Israël mais derrière, on pratique sans fausse honte le culte idolâtre du Baal. André Neher : « Ainsi l’éphod objet du culte mosaïque placé par Gédeon à Ophra devient une véritable idole (…) Dans les lieux consacrés par les Patriarches se célébraient des cultes officiels inspirés des cultes cananéens ». Neher poursuit : « A Sichem, où les contacts entre Hébreux et Cananéens sont particulièrement intimes, puisque l’Hébreu Abimelek est reconnu comme roi pendant trois ans, par les Sichémites cananéens, on élève un temple voué au Baal Berit, au Baal de l’Alliance ».

Dès lors, Samuel affirme la nécessité d’une stricte application de la Thora. Graetz poursuit : « Dans le monde lévitique, où il avait grandi, régnait la ferme conviction que les revers d’Israël étaient la conséquence de la désertion de son Dieu. Plus de tabernacle, cela revenait à dire que Dieu avait abandonné son peuple. Toutefois, Samuel semble avoir insensiblement pris son parti d’une situation irrémédiable et être arrivé à un autre ordre d’idées. Plus de sanctuaire ! Plus de sacrifices ! Le sacrifice est-il donc si indispensable à une pure adoration de Dieu, à une conduite sainte et religieuse ? Cette pensée mûrit dans son intelligence, et il la proclama plus tard en temps et lieu : à savoir, que les sacrifices n’ont qu’une valeur secondaire, et que ce n’est pas la graisse des béliers qui procure la bienveillance divine. En quoi donc doit consister l’adoration de Dieu ? Dans la stricte obéissance à ce que Dieu commande. Mais cette volonté de Dieu, quelle est-elle ? (…). » Parallèlement à ces actions sur la scène religieuse et politique, les Hébreux continuent de vivre dans une société agraire, presque autosuffisante, sans accès à la mer (les Philistins tiennent la côte d’où ils ont chassé la tribu de Dan) alors que le voisin du nord, la Phénicie remporte succès sur succès au plan maritime et commercial. La ville de Shilo détruite et l’Arche aux mains des Philistins, les Hébreux sont en quasi deuil. Neher nous rappelle le psaume 75 : « Dieu délaisse la tente de Shiloh, le tabernacle qu’il avait établi parmi les hommes ; il laisse s’en aller en captivité sa puissance, et sa gloire tomber entre les mains de l’ennemi ».

*Histoire des Juifs d’Heinrich Graetz, 1874-76

**Histoire biblique du peuple d’Israël d’André et Renée Neher chez Adrien Maisonneuve Editeur, 1996

 

 

Mise en ligne : 4 septembre 2014- Version 1- Israël Antique  – Juges  2-23