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Salomon élimine ses opposants et stabilise son pouvoir intérieur (55)

Le roi Salomon fait entrer l'arche sainte dans le Temple de Jérusalem Gravure de F.B. Schell tirée de ‘l’Histoire de la Bible’ de Charles Foster

Le roi Salomon fait entrer l’arche sainte dans le Temple de Jérusalem
Gravure de F.B. Schell tirée de ‘l’Histoire de la Bible’ de Charles Foster

Dès son arrivée au pouvoir, le roi Salomon élimine les rebelles potentiels, ceux-là que son père lui avait désignés. Le roi David, avant de mourir, avait dévoilé à Salomon le comportement néfaste de plusieurs des personnages influents sur la Cour du roi, qu’il voyait comme des menaces intérieures au trône (son fils Adonya, le prêtre Abiathar, le chef d’armée Joab) ou comme des intrigants néfastes.

Dès que Salomon s’établit sur le Royaume, et que le projet d’Adoniya de prendre le pouvoir tomba à l’eau, le fils du roi tenta une autre manoeuvre : par le biais de Bath-Shéva, la reine-mère, il demanda à Salomon Abishag la Sunamite comme femme, celle-là même qui soignait le roi David malade. Est-ce de l‘amour ? Non, mais une volonté manifeste d’usurpation. Cette demande équivalait à solliciter au pire la corégence. Salomon fut outré et ulcéré de cette demande, à la fois moyen détourné de le renverser même symboliquement et « inqualifiable acte de trahison » (Alex Israël*). Alors Salomon demanda à Benaiah de tuer Adoniya.
Rappelons que les conseillers d’Absalom, autre fils de David, qui briguait le même poste lui suggérèrent aussi la même manœuvre avec le roi David qui avait laissé des concubines tenir son palais alors qu’il fuyait son fils : « Couche toi avec les concubines de ton père (…) et quand Israël entendra que tu as osé défier ton père, alors ceux qui te soutiennent seront encouragés. »

Abiathar, ancien prêtre de confiance de David, qui avait comploté avec Adoniya, est chassé de Jérusalem. Le roi Salomon lui dit : « Tu mérites de mourir mais je ne te mettrai pas à mort ce jour car tu as porté l’arche divine (l’ephod) devant mon père David et tu endureras la souffrance que mon père David a endurée » (I Rois 2, 26). Il le renvoie à la ville de prêtres Anathoth, à ses propres champs et le prive de son office sacerdotal. Salomon ne le met pas à mort pour ne pas procéder comme Saul avec les Cohanim de Nov, explique Alex Israël (KingsI Torn in two). Mais après cette mesure d’exclusion, il fut rappelé au cabinet du roi car son nom figure en toutes lettres dans la liste des membres.

Joab, le guerrier sanguinaire de son père David, apprend le sort dévolu à Adoniya et Abiathar, et comprend que son compte est bon. Il fuit vers l’autel pour y rechercher refuge. Il avait de quoi se reprocher : partenaire du coup d’Etat d’Adonya, Joab avait par le passé menacé l’unité nationale en s’opposant à la réconciliation d’Abner, le chef militaire de Saul. De plus, il était responsable de la mort de Asahel, était jaloux d’Abner et n’avait pas apprécié la nomination de Amasa, le chef militaire –par volonté pacificatrice- comme chef d’état-major de l’armée du roi David, ce qui le mettait à l’écart Joab. Aussi, Benaja le tue.

Schimeï, fils de Gera, qui avait maudit et lapidé David, reçut l’ordre explicite de rester à Jérusalem sans sortir de sa demeure. Mais suite à l’évasion de deux esclaves en Philistie, il quitta la ville et tomba sous l’épée du sanglant Benaja. C’était un leader des tribus du nord que le roi Salomon avait voulu ménager car il pouvait pousser davantage à la rébellion de la tribu de Benjamin contre la tribu de Juda. L’historien Graetz** conclut : « C’est seulement alors que la stabilité du trône de Salomon parut assurée. Mais cette sécurité, c’est par un triple meurtre qu’on l’avait achetée. »

Enfin, Salomon tire parti d’un empire pacifié. Le roi hérite de David une position extérieure forte : David lègue à Salomon un empire pacifié par « la disparition d’Edom, de Moab, d’Amnon en tant qu’Etats indépendants (Neher, Histoire biblique d’Israël***), avec des gouverneurs israélites à Cova et Damas ». Les frontières sont ceux du Grand Israël : Euphrate à l’est, mer rouge au sud-est. Les voisins sont la Babylonie et l’Egypte. Salomon ne mènera pas de guerre.

*Kings 1 Torn in two, de Alex Israel chez Koren Publishing, 2013
**Histoire des Juifs d’Heinrich Graetz, 1874-76
***André et Renée Neher, Histoire biblique du peuple d’Israël
Mise en ligne : 10 septembre 2014- Version 1- Israël Antique Salomon 4-55