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Ras-le-bol fiscal et déférence à la princesse égyptienne expliquent la fronde sociale (74)

Le logo du site histoirejuive.fr, dédié à l'histoire antique et moderne du peuple juif

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La question fiscale était-elle le seul motif de conflit ente le peuple et le roi ? Non. Un jeune auteur, Alex Israël*, évoque une autre cause du conflit entre Jéroboam et le roi Salomon, ce qu’on appellerait aujourd’hui, une affaire de « favoritisme immobilier ». Mr Israël l’évoque dans son livre « I Kings Torn in Two » publié en 2013 où il dissèque l’affaire du Millo, c’est-à-dire du Palais que le roi Salomon fit construire pour la princesse égyptienne, la première épouse qu’il eut: « Elle se transporta de la cité de David dans la demeure que Salomon lui avait construite : c’est ensuite qu’il édifia le Millo » (Rois I, 9-24.) Au-delà du coût de la construction du Palais lui-même (treize ans de travaux, presque deux fois plus que le Temple !), sa localisation a été à l’origine d’une vive polémique. Selon Alex Israël : « Un évènement particulier mit en colère Jéroboam : le projet de construction de Millo.» Jéroboam proteste d’une part, contre l’appropriation d’un terrain public pour le palais de la fille de Pharaon et d’autre part, contre la réparation d’une brèche dans le mur. L’auteur écrit qu’il s’agit d’un mur fortifié à des fins militaires (Samuel II, 5-9 et Chroniques II 32-5). En quoi est-il un enjeu ? C’est un lieu qui connecte la cité de David au Mont du Temple, « le royal et le sacré. Cette jointure, c’est le Millo ! » L’auteur fait appel au Talmud (Sanhedrin 101b) : « Jéroboam dit à Salomon : ton père David a créé des passages dans le mur de Jérusalem pour faciliter l’accès des pèlerins au Temple. Comment peux-tu fermer ces passages pour ériger une construction pour la fille de Pharaon ? »
Mr Israël se réfère dans sa démarche sur Rabbi Yosef Kra, qui va plus loin encore : « David a laissé un espace libre pour tout Israël, un lieu de rencontres et de recherche de Dieu en présence de l’Arche. Salomon la ferma pour la fille de Pharaon. » Et le nom de Rallbag est avancé par Alex Israël : « Il ferma le passage dans le mur de la ville. C’était un lieu où les gens pouvaient approcher librement et facilement le roi pour faire entendre leur point de vue ou une réclamation. » Comme le résume Mr Israël, il protesta « contre l’expansion de la royauté contre le domaine du citoyen, qu’on désapproprie de sa terre ». Ainsi, on aurait d’une part, le terrain sur lequel il a été bâti, était un espace communautaire pour les Israélites pèlerins, espace qui se trouvait dans le prolongement de la muraille qui entourait Jérusalem. D’autre part, une brèche dans cette muraille par laquelle tout un chacun entrait à Jérusalem et accédait au parvis sur lequel les sacrifices, étaient dirigés par le Cohen Gadol, Tsadok se déroulaient. De l’autre côté, se trouvait le Palais de justice par lequel le roi rendait la justice. Ce double accès avait valeur de symbole : il signifiait que n’importe quel israélite pouvait accéder à l’autorité politique en la personne du roi et à l’autorité religieuse suprême en la personne du Cohen Gadol. Et que le roi Salomon a supprimé ce lieu, ce qui heurta Jéroboam. Là encore, comme pour sa révolte fiscale, Jéroboam s’insurge au nom du peuple.
* Kings 1 Torn in two, de Alex Israel chez Koren Publishing, 2013
Mise en ligne : 7 septembre 2014- Version 1- Israël Antique -Le schisme 5-74