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Pour s’affermir par rapport à Jérusalem, Jéroboam, roi d’Israël, dérive vers l’idolâtrie (78)

Jéroboam, ancien fonctionnaire du roi Salomon, introduit le culte idolâtre dans le royaume du nord, aussi appelé royaume des dix tribus Gravure de F.B. Schell tirée de ‘l’Histoire de la Bible’ de Charles Foster

Jéroboam, ancien fonctionnaire du roi Salomon, introduit le culte idolâtre dans le royaume du nord, aussi appelé royaume des dix tribus
Gravure de F.B. Schell tirée de ‘l’Histoire de la Bible’ de Charles Foster

Pour s’affermir par rapport à Jérusalem, Jéroboam, roi d’Israël, dérive vers l’idolâtrie (78)

Jéroboam, premier roi d’Israël, Etat séparatiste de Juda, quitte au bout de quelque temps Sichem dont les habitants sont aussi turbulents que désobéissants. Il établit sa résidence à Thirza où il bâtit son palais et un château fort pour se prémunir des menées des Moabites et des Ammonites. Inquiet de l’attrait de la ville de Jérusalem et de son Temple pour les pèlerins, Jéroboam craint que ceux-ci ne se réconcilient avec la maison de David à son insu. Heinrich Graetz* : « Pour parer à cette éventualité, Jéroboam imagina une abomination qui allait faire reculer Israël jusqu’à la barbarie et au paganisme. Pendant son séjour de plusieurs années en Égypte, il avait fait connaissance avec la religion du pays, et avait pu constater que l’adoration des animaux, particulièrement celle du taureau, était fort avantageuse aux rois. Ce culte grossier avait abêti le peuple, et pourrait lui être, à lui aussi, le parvenu, d’une haute utilité politique. Il se concerta donc avec ses conseillers pour l’introduire dans son royaume. Il voyait d’ailleurs, dans cette innovation, un autre intérêt encore, celui de conserver la faveur de la cour d’Égypte. »
Jéroboam craignait que les visites régulières du peuple au Temple de Jérusalem ne les conduisent à préférer le pouvoir du roi Roboam au sien. Aussi par crainte de perdre son pouvoir, préféra-t-il modifier la religion israélite, la corrompre. Calcul égoïste. Rois I, 12 : 26 à 31 : « Jéroboam dit en son coeur : le royaume pourrait bien maintenant retourner à la maison de David. Si ce peuple monte à Jérusalem pour faire des sacrifices dans la maison de l’Eternel, le coeur de ce peuple retournera à son seigneur, à Roboam, roi de Juda, et ils me tueront et retourneront à Roboam, roi de Juda. » L’historien Graetz poursuit: « Avant tout, Jéroboam interdit les pèlerinages de Jérusalem et fit représenter le Dieu d’Israël sous la forme d’un jeune taureau. Il fit faire deux de ces images ou veaux d’or, qu’on érigea dans deux villes déjà antérieurement considérées comme lieux saints : Béthel et Dan, l’une pour les tribus du sud, l’autre pour celles du nord. Jéroboam s’accommodait ainsi aux convenances des tribus, et épargnait aux plus éloignés, à l’époque de la fête annuelle, l’ennui d’un long voyage. Lorsque les deux simulacres furent installés, Jéroboam fit proclamer : Ceci est ton Dieu, Israël, qui t’a fait sortir d’Égypte ! A Béthel, où il se proposait d’assister en personne aux cérémonies, il éleva un plus grand temple. Pour mieux déshabituer le peuple de prendre part aux fêtes d’automne dans Jérusalem, il décida que ces dernières seraient célébrées un mois plus tard (le huitième au lieu du septième). Il est probable que le calendrier fut également réformé d’après celui des Égyptiens, et l’année lunaire remplacée par l’année solaire, plus longue. La généralité du peuple, loin d’être choquée du nouveau régime, le considéra effectivement comme un retour au culte primitif. Il ne détruisait pas d’ailleurs la doctrine fondamentale, la croyance, déjà fortement enracinée, à l’unité de Dieu. Jéroboam n’avait pas introduit le polythéisme, il s’était borné à prêter au Dieu unique d’Israël une forme matérielle, symbole de la puissance et de la fécondité. » Graetz note encore à propos de Jéroboam: « D’après les Septante (Rois IV, 15, 25), Jéroboam avait également épousé une sœur de la reine d’Égypte, du nom d’Anô, et par conséquent était uni de la façon la plus intime à la cour égyptienne. De là, l’introduction du culte du taureau, c’est-à-dire de l’Apis égyptien, dans son royaume. Suivant les Chroniques (II, 11, 15), il importa aussi le culte des boucs, encore d’origine égyptienne. Enfin Jéroboam aurait introduit également dans ses États le calendrier égyptien, calculé sur l’année solaire, tandis qu’en Juda, l’on comptait d’après l’année lunaire, plus courte. D’où le défaut de concordance chronologique entre les règnes synchroniques des rois d’Israël et de Juda. » Cette fois, Jéroboam est allé trop loin et cela lui vaudra, selon le Talmud de Babylone de ne pas avoir droit au monde futur (Rosh Achana 17a).

Comme l’écrit André Neher**, « dorénavant, il n’y aura pas seulement deux Etats hébraïques séparés mais également deux religions hébraïques distinctes (…) Jéroboam choisit comme lieux de culte centraux susceptibles de concurrencer Jérusalem, deux sanctuaires qui n’avaient d’ailleurs jamais été fidèles au culte de la Thora : le sanctuaire de Bethel, tout près de la frontière de Juda et le sanctuaire de Dan, à l’extrême nord (…) »
* Histoire des Juifs d’Heinrich Graetz, 1874-76
* Histoire biblique du peuple d’Israël d’André et Renée Neher chez Adrien Maisonneuve Editeur, 1996

Mise en ligne : 7 septembre 2014- Version 1- Israël Antique – Le schisme 5-78