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Occupation perse : Seder Olam, chronique de l’histoire juive antique, contredit l’histoire conventionnelle (172)

Seder OlamEst-il possible que l’occupation perse ait laissé si peu de traces historiques en quelques deux siècles de présence, s’interrogent des historiens ? Heinrich Graetz, auteur de la monumentale Histoire des Juifs (1): « Dans ces deux siècles, je ne vois que deux éclaircies : celle du règne de Darius Ier, qui témoigna aux Judéens une constante faveur, enfin la présence de Néhémie à Jérusalem et l’ardente activité qu’il y déploya. Dans le long espace de près de deux cents ans, — depuis la mort de Néhémie jusqu’à la chute de l’empire perse, — où l’on assura par des lois l’existence de la communauté juive, où l’on éleva l’édifice du judaïsme en élargissant ses éléments propres et en l’enrichissant d’éléments étrangers, pas un seul nom n’est venu jusqu’à nous, pas une des personnalités qui créèrent ce grandiose monument, destiné à résister aux assauts des siècles. ». Sur la domination perse, écrit pour sa part Jewish Encyclopedia, « les Chroniques sont silencieuses, et les historiens dépendent de Flavius Josephe. » (2)

Plus proches de nous, André et Renée Neher, auteurs français de l’histoire biblique du peuple d’Israël (3), en sont réduits aux hypothèses : « Selon la première, Assuérus serait Xerxès 1er et l’histoire se placerait alors vers 480, en pleine époque des guerres médiques. Selon la seconde, Assuérus serait Artaxerxès 1er et dans ce cas, les évènements du livre d’Esther se situerait vers 455, quelques années à peine avant l’entrée en scène d’Ezra et !n Néhémie. Selon ces deux hypothèses, l’histoire d’Esther devrait être placée entre le premier et le second retour, et c’est pourquoi, nous rangeant à la majorité des hypothèses, nous l’étudions ici. Enfin, selon la dernière hypothèse, Assuérus serait Artaxerxès II, Esther serait alors contemporaine de Xénophon et aurait régné autour de 400 seulement. »

Mais que s’est-il donc passé pendant ces deux siècles (si on en croit les tenants de l’histoire conventionnelle) d’occupation perse ? La durée exacte de la période perse reste une question qui demeure encore aujourd’hui sans réponse veritable pour les historiens classiques et conventionnels, jusqu’à ce que de nouveaux historiens, tous deux juifs et religieux, recourant à d’autres disciplines, à d’autres sources et à différentes façons de raisonner, en viennent à considérer que ces historiens-là se sont trompés.

 

Qu’apporte donc Seder Olam ? Première chronique postexilique en langue hébraïque, le livre Seder Olam (« L’Ordre du Monde ») de Jose Ben Halafta, tanna et élève de l’illustre Rabbi Akiva (né cinquante ans après JC et mort 137 ans après), connait une fortune toute récente. Bien qu’il n’ait pas été traduit encore de l’hébreu, il sert de base à l’offensive menée par des historiens anglo-saxons (voir article….). De quoi s’agit-il ?

Seder Olam est évoqué dans le Talmud de Babylone (Yevamot 82 b ; Niddah 46 b) et cité par Rachi, le plus grand commentateur juif. Ce registre rédigé au 2ème siècle de notre ère, s’étend « d’Adam à la révolte de Bar Kokhba, sous le règne d’Hadrien mais la chronique n’est complète que jusqu’à l’époque d’Alexandre le grand. », précise un article de Jewish Encyclopedia (1) qui ajoute : « Respectant attentivement les textes de la Bible, il s’est efforcé non seulement d’élucider de nombreux passages, mais aussi de déterminer certaines dates non indiquées dans la Bible, mais qui peuvent être déduites par calcul. Dans de nombreux cas toutefois, il a donné des dates selon la tradition et inséré, par ailleurs, proverbes et halakhot de précédents rabbins et de ses contemporains. Sur la chronologie biblique, il a suivi trois principes: présumer que l’intention du rédacteur biblique était, dans la mesure du possible, de donner des dates exactes ; attribuer à chaque série d’événements la plus courte durée possible si nécessaire, afin d’être en accord avec le texte biblique et adopter le moins élevé des deux chiffres possibles. »

Selon Encyclopedia Judaica (2), le livre Seder Olam correspond à deux midrashim, œuvres chronologiques intitulées respectivement Seder Olam Rabba (« le grand Seder Olam« ) et Seder Olam Zuta (« le petit Seder Olam « ). « L’ouvrage est divisé en trois sections. La première énumère les dates des événements majeurs de la création du monde jusqu’à la mort de Moïse et au passage du Jourdain par les Israélites sous Josué ; la deuxième part de la traversée du Jourdain au meurtre de Zacharie, roi d’Israël ; la troisième du meurtre de Zacharie à la destruction du Temple par Nabuchodonosor et de la destruction du Temple à la conquête de Babylone par Cyrus. Enfin, la période Perse, d’une durée de 34 ans, résume la conquête de la Perse par Alexandre jusqu’à la révolte de Bar Kokhba (…) Yose ben Ḥalafta, l’auteur présumé de Seder Olam Rabba a probablement eu accès aux vieilles traditions qui sous-tendent également les calculs de la chronologie juive du pro-grec Demetrius (IIIe siècle avant JC). » Toujours selon la même source,  « Yose ben Halafta aurait pensé que Zorobabel (VIème siècle avant JC), Malachie, Esdras, Néhémie (Ve siècle avant JC) et Simeon le juste (IIIe siècle) étaient tous contemporains. » (3)

S’agissant des grands évènements de l’histoire juive antique, Jewish Encyclopedia écrit (1) à propos de Seder Olam: « Les 420 années du Second Temple sont divisées ainsi : la domination des Perses, 34 ans ; des Grecs, 180 ans ; des Maccabées, 103 ans ; d’Hérode, 103 ans. On verra que l’allocation, contrairement à des faits historiques, de seulement 34 ans de domination perse est nécessaire pour être en accord avec le texte biblique qui dit (Daniel. IX. 24) que le deuxième exil devait avoir lieu après les 70 Sabbats (= 490 ans).  Si on retranche à ce chiffre les 70 ans de la première captivité, et le début de la domination d’Alexandre sur la Palestine, répartis, conformément aux preuves Talmudiques, à 386 ans avant la destruction du Second Temple, il reste seulement trente-quatre pour la domination perse. De la destruction du Second Temple qui, selon Seder Olam eut lieu à la fin de la dernière semaine de l’année sabbatique, à la répression de la révolte de Bar Kokhba, ou la destruction de Betar, Seder Olam dénombre une période de 52 ans. » Voici des dates et des durées qui viennent perturber le calendrier que l’on a en tête. En particulier celle-ci : la durée de la période perse a été de 34 ans quand les autres historiens parlent de un, voire deux siècles et de « silence de l’histoire ».

  • Heinrich Graetz, Histoire des Juifs
  • Jewish Encyclopedia
  • Jewish Encyclopedia Traduction libre d’un article publié sur le site web de Jewish Encyclopedia à l’adresse URL suivante : http://www.jewishencyclopedia.com/articles/13377-seder-olam-rabbah

Jewish Encyclopedia est publié par  l’Institut de Théologie de Philadelphie, USA, créé en 1906

(4) Source : Encyclopedia Judaica. Traduction libre d’un article publiée à l’adresse URL suivante http://go.galegroup.com/PS/i.do?id=gale%7CCX2587517919&v=2.1&u=imcpl1111&IT=r&p=GVRL&SW=w&ASID=0e99e04be78f3463c17f2fb2507dc99f

(5) Une note de bas de page  de l’édition Gallia (2009) en français du Livre de Daniel, explique que « pour Jérusalem, à partir du jour de destruction du premier Temple à l’époque de Sédécias (Tsidquiayhou), jusqu’à la destruction du deuxième Temple-les semaines désignant des semaines d’années, ce qui fait 490 ans » p 119.