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Nehemia provoque la rupture des mariages mixtes par un engagement public solennel (160)

Nehemia exige la rupture des mariages mixtes conformément au code de la Torah

Nehemia exige la rupture des mariages mixtes conformément au code de la Torah

Après avoir renforcé la ville de Jérusalem physique en reconstruisant et en consolidant ses murs extérieurs, Néhémia devait franchir une nouvelle étape celle de la reconstruction spirituelle du peuple juif sur des bases plus solides. On le sait la découverte que nombre de Judéens restés au pays avaient noué des relations maritales avec les filles des peuplades cananéennes était l’un des puissants facteurs qui avaient déclenché le retour des déportés. L’historien américain Salo W. Baron explique à ce sujet: « La sainteté idéale que le peuple juif devait réaliser grâce à une vie à part du reste des nations, eut pour contrepartie l’importance qu’Ezra et Nehemia attachèrent à la pureté ethnique qu’ils voulurent maintenir en interdisant les mariages avec les étrangers. Seul cet exclusivisme ethnique (1) put, durant les siècles qui suivirent, assurer (même en Palestine) la conservation du peuple juif. »
Une fois prévenu de cet état des choses, Nehemia réagit sans tarder. Etaient-ce des rumeurs ? Des médisances ? Des vérités ? Comment savoir. Tel Moïse dans la Thora, il se lança comme le conte l’historien allemand Heinrich Graetz : « Néhémia institua une enquête sur la généalogie des habitants de Jérusalem en vue de dégrader les étrangers (…) Il mit ainsi à jour que des familles sacerdotales étaient liées par mariage avec les étrangers et il dut user de son arbitraire pour mener à terme sa politique. (…) Ezra et Néhémia songèrent à profiter de ces saintes dispositions pour engager ceux qui étaient encore en état de mariage mixte à renoncer volontairement. A cet effet, il institua un jeûne public, fixé au 24 tischri (octobre). Tous vinrent à l’assemblée, vêtus de deuil et couverts de cendres. On lut d’abord et on commenta la section du livre divin qui interdit d’épouser des Ammonites et des Moabites ; puis les Lévites récitèrent la confession des péchés au nom du peuple. Alors, sans désemparer, ceux qui avaient des femmes d’origine étrangère se séparèrent d’elles, et tous renoncèrent formellement à s’allier avec les Samaritains et autres étrangers. (…) Sans perdre de temps, l’assemblée s’engagea, par un pacte solennel, à observer la Loi dans toutes ses parties, à ne plus se mettre en faute à l’avenir et à ne pas retomber dans les péchés d’omission trop fréquents jusqu’alors (…). L’esprit de la Loi de Moïse devait seul régner désormais. Tous (…) promirent par serment de rester fidèles aux obligations qu’ils venaient de contracter, et dont les principales étaient : d’abord, de ne pas marier leurs filles à des étrangers ni d’épouser eux-mêmes des étrangères, point qu’Ezra et Néhémia placèrent en première ligne, parce qu’il leur tenait le plus au cœur. » Cette séparation, on pourrait dire cette volonté de mener un existence à part avec ses rites propres, était le premier point de l’offensive engagée par Néhémia. La seconde porta sur le respect du Shabbat.
Graetz poursuit : « secondement, de chômer le shabbat et les fêtes ; et de ne rien acheter, ces jours-là, des marchandises qu’apportaient les étrangers. Item, de laisser les terres en friche et de faire abandon des créances, chaque septième année ».Il fallait remettre le Temple en état de fonctionnement pérenne.
« Pour l’entretien et les besoins du temple, chaque adulte paierait annuellement un tiers de sicle (un franc) et fournirait à tour de rôle, à des époques fixées par le sort, du bois pour l’autel. On apporterait tous les ans au Temple les prémices des fruits de la terre, on acquitterait les redevances des prêtres et des Lévites ; bref, on ne laisserait en souffrance aucun des intérêts du sanctuaire. La teneur de ces engagements fut consignée sur un rouleau, souscrite et scellée par les chefs de famille de toutes classes. En tête des signatures était celle de Néhémia, sous laquelle quatre-vingt-trois ou quatre-vingt-cinq hommes notables apposèrent la leur. D’après une tradition, l’acte fut authentifié par la signature de cent vingt représentants du peuple, corps imposant qui fut appelé la Grande Assemblée (Kenesseth ha-ghedolah). Ce que Néhémia accomplit en si peu de temps est prodigieux. Non seulement il avait reconstitué l’État livré au désarroi, lui avait assuré la stabilité en, fortifiant sa capitale la mettant à l’abri des coups de main et des invasions, mais il avait aussi réconcilié le peuple avec son antique doctrine. » Ce qu’en d’autres termes reconnaît l’historien Salo W Baron* par sa formule sur « la rapidité inouïe avec laquelle la minorité juive de Babylonie (et semble t-il d’Egypte) se releva des désastres de la ruine nationale et des misères de la déportation. »
Enfin, l’historien français André Neher*** nous indique que l’action d’Ezra et Néhémia a été durable en ce sens que « dans la suite de l’histoire juive , on ne voit plus de mariages mixtes sur grande échelle comme ce fut le cas à l’époque du second retour. Les mariages mixtes devinrent des actes isolés et dans l’ensemble fort rares ».
(1) Ailleurs dans son ouvrage, Mr Baron écrit même : « Les interdictions portant sur le mariage mixte, mentionnées de temps à autre et semble-t-il bien observées avant l’exil étaient devenues une nécessité vitale dont dépendaient la préservation du peuple de la Captivité et l’existence de la communauté qui s’était rétablie en Palestine. Seule cette considération nous permet de comprendre l’extrêmisme raciste d’Ezra et de Néhémia (…) »
*Salo W Baron, Histoire d’Israël des origines au début de l’ère chrétienne, Quadrige, PUF, Juin 1986
**Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76
***Histoire biblique du peuple d’Israël, André et Renée Neher, Adrien Maisonneuve Editeur, 1996