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Néhémia organise l’administration et assure le fonctionnement du Temple (161)

Néhémia met en place une  organisation propre à assurer le fonctionnement permanent du deuxième Temple Maquette du Musée de David, Jérusalem, Source Wikipedia

Néhémia met en place une organisation propre à assurer le fonctionnement permanent du deuxième Temple
Maquette du Musée de David, Jérusalem, Source Wikipedia

Un obstacle franchi, un autre surgit, que Nehemia doit résoudre et qui illustre la redoutable opiniâtreté du personnage venu de Perse pour aider à consolider matériellement et spirituellement le peuple judéen et l’Etat qui, doucement, péniblement, se mettait en place.

Les Lévites absents. L’historien allemand Heinrich Graetz* : « On s’aperçut que les Lévites, gardiens de ces portes, et même les Lévites des trois classes en général, manquaient. Privés de leurs dîmes pendant toute la période de ruine, ils s’étaient éparpillés dans le pays. (…) Néhémia avait donc fortifié Jérusalem. Dans ce corps, il restait à insuffler l’âme, — la Loi. Mais pour cela il lui fallait le concours des docteurs. C’est alors qu’Ezra, qui était resté dans l’ombre pendant cette période d’activité de Néhémia, rentra en scène. Le premier jour du septième mois, un jour de fête, il réunit tout le peuple, même des provinces, à Jérusalem, sur la vaste place qui s’étend devant la Porte de l’Eau. Là était disposée une haute tribune, d’où Ezra devait faire entendre la lecture de la Loi. Il importait de donner à la cérémonie une solennité saisissante et d’un effet durable. Lorsqu’Ezra déploya le rouleau de la Loi, toute l’assistance se leva, témoignant ainsi son respect pour la sainte doctrine. Et lorsqu’il procéda à la lecture par une formule de bénédiction, le peuple entier, levant les mains, y répondit par un retentissant Amen. Alors Ezra lut à haute voix un chapitre de la Torah, que tous écoutèrent avec une attention profonde. A ceux qui ne pouvaient suivre le texte, des Lévites versés dans les Écritures l’expliquèrent si bien que ceux-là aussi comprirent tout. Fortement émue en entendant la sainte parole, toute cette assemblée populaire éclata en pleurs. Le texte lu par Ezra était, très probablement, le passage du Deutéronome annonçant les terribles châtiments réservés aux violeurs de la Loi ; le peuple, y voyant sa condamnation, sentit vivement sa culpabilité, et son âme contrite se jugea indigne de la grâce divine.Ce ne fut pas sans peine que Néhémia, Ezra et les Lévites purent apaiser les consciences désolées. (…) Ezra donna lecture du chapitre relatif aux fêtes ordonnées pour le septième mois. (…) Pendant chacun des huit jours de cette fête, on lut des passages du livre de la Loi : il faisait dorénavant partie intégrante du culte divin. »
Après avoir rasséréné les consciences, l’heure était à l’organisation d’un mécanisme, permettant d’assurer la viabilité économique du Temple.

Assurer un culte régulier et viable. Il fallait assurer au Temple nouvellement construit, affirme l’historien israélien Haim Hillel Sasson, « une viabilité économique par le versement régulier par le peuple de la dîme (le « maaser ») au bénéfice de la classe sacerdotale mais si les fractions les plus pauvres des Cohanim et des Lévites d’entre elle avaient perdu leurs revenus, ce n’était pas le cas des riches familles qui avaient gagné le contrôle du trésor du Temple et étaient en charge des cadeaux agricoles amenés à Jérusalem par les fidèles. Nehemia élargit le rôle des Lévites à celui de gardiens des portes du Temple et des gardes du quartier du Temple ».
Comment rendre viable ce système sur le long cours ? Tel était le défi qui se posait. De plus, selon l’historien allemand Heinrich Graetz : « Pour donner une assiette durable à ce grand corps ressuscité, Néhémia songea à établir des fonctionnaires capables et dignes de confiance. Il divisa le pays en petits cantons (pélekh), à chacun desquels il préposa un chef chargé de l’administrer et d’y maintenir l’ordre. Néhémia fit aussi construire, au nord du temple, une très forte citadelle, qui devait, en cas de besoin, protéger le sanctuaire ; cette citadelle reçut le nom de Birah (Baris). Il en donna le commandement à un homme fidèle et pieux, Hanania. A Ezra, le scribe, il confia la surveillance du temple. Ce qui le préoccupait avant tout, c’était d’assurer la marche régulière du culte. Pour que les sacrifices ne fussent plus interrompus, il était essentiel que la subsistance des Aaronides et des Lévites fût garantie. Sans doute, les propriétaires de terres s’étaient solennellement engagés à fournir aux uns leur redevance et aux autres leur dîme ; mais cela ne suffisait pas à Néhémia, il fallait veiller à l’exécution régulière de l’engagement. A l’époque de la moisson, les Lévites devaient parcourir les campagnes, recueillir la dîme et l’apporter à Jérusalem. Pour que la distribution de cette dîme — dont les Aaronides, à leur tour, prélevaient le dixième — se fît équitablement et sans léser personne, Néhémia aménagea de grandes salles où grains et fruits étaient emmagasinés, et où se faisait la distribution, surveillée par des employés spéciaux. Nehemia mettait sa fortune au service de tous les besoins. Il avait ainsi créé, en quelque sorte, un nouvel État, qui devait vivre désormais d’après les principes de la Loi. Il administra Juda pendant douze ans en qualité de gouverneur (444-432). »

Mais le gouverneur de Judée avait pris un engagement avec la couronne perse, celui de revenir à ses fonctions précédentes, une fois sa mission accomplie. Et cet homme énergique était un homme de parole. Mais c’était sans compter sur la versatilité de ses adversaires, qui poursuivaient leurs sourdes exactions sans désemparer.
Comme le conte Graetz : « Nehemia rentra en Perse mais à peine fut-il parti, que le grand prêtre Éliasib, dépossédé de son autorité sur le sanctuaire et sur le peuple, se rapprocha des Samaritains, au mépris du décret de la Grande Assemblée. Pour cimenter son alliance avec eux, un membre de sa famille, nommé Manassé, épousa la fille de Samballat, Nikaso. L’exemple de la famille pontificale fut suivi par d’autres encore. Ce fut un changement complet de système. Tobie revint à Jérusalem, où une grande salle fut mise à sa disposition dans le parvis du temple. (…) La masse du peuple était outrée contre le grand prêtre et ses partisans, et leur témoignait ouvertement son mépris. Les possesseurs de terres ne voulurent plus acquitter la dîme ni des redevances sacerdotales. (…) Les Lévites se virent frustrés de leur part, et, pour ne pas mourir de faim, durent quitter une seconde fois temple et capitale. On cessa également de contribuer aux besoins du culte, et les prêtres chargés du soin des sacrifices, ne voulant pas laisser l’autel vide, y présentaient des bêtes malades, infirmes ou mal conformées. Révoltés de cette conduite, beaucoup se désintéressèrent et du Temple et de la chose publique et ne s’occupèrent plus que de leurs intérêts privés, souvent au mépris de la justice et des engagements contractés devant Dieu. (…) »
Mais l’infatigable Nehemia réapparut à Jérusalem. Il avait obtenu l’autorisation de « visiter sa patrie religieuse (entre 430 et 424). Il purgea la communauté de ses éléments impurs. Son premier soin fut d’expulser Tobie l’Ammonite de l’appartement que lui avait offert son parent spirituel Éliasib, et de déposséder ce dernier de ses fonctions. Puis il manda les chefs du peuple et leur reprocha amèrement d’avoir provoqué la désertion des Lévites par leur incurie à l’égard de la dîme. Son appel suffit pour engager les possesseurs de terres à réparer leur négligence, et les Lévites à rentrer à Jérusalem pour le service du temple. Il confia à quatre amis consciencieux la surveillance du dépôt des dîmes et le soin de les distribuer équitablement. Il parait aussi avoir rendu au culte sa dignité et en avoir écarté les serviteurs peu scrupuleux. » Mais il ne s’agissait pas de tout un chacun. Le mauvais exemple était donné d’en haut, du plus haut niveau de la hiérarchie spirituelle.
Haro aux mariages mixtes. « Néhémia obtint la dissolution des mariages mixtes qui étaient reparti de plus belle. Ici, il se trouva en collision avec la famille pontificale. Manassé, un fils ou un parent du grand prêtre Joïada, refusa de se séparer de sa femme Nikaso, fille du Samaritain Samballat : Néhémia eut le courage de le bannir du pays, et d’autres Aaronides ou Judéens, qui ne voulaient pas se soumettre aux prescriptions de Néhémia, subirent le même sort. Après avoir ainsi rétabli l’ordre et le respect de la Loi dans la capitale, il se rendit dans les villes de province, pour y faire pareillement disparaître les abus. Dans la région où les Judéens étaient en contact de voisinage avec des peuples étrangers, Asdodites, Ammonites, Moabites, Samaritains, les alliances matrimoniales avaient eu cette conséquence, que les enfants qui en étaient nés parlaient, pour moitié, la langue de leurs mères et avaient totalement désappris l’idiome judaïque. La pensée de voir des enfants d’Israël devenus ainsi étrangers à leur propre origine remplissait Néhémia d’indignation et de douleur. Il prit à partie leurs pères, les chargea d’imprécations et fit châtier les récalcitrants. Par cette énergique intervention, Néhémia réussit et à rompre les alliances mixtes et à conserver la langue nationale à la jeune génération. »

Quand Néhémia se rendit compte que la transgression du Shabbat se poursuivait, il fit fermer les portes de Jérusalem et demanda aux Lévites de monter la garde contre les commerçants locaux et étrangers qui venaient travailler le jour saint.
Au total, l’œuvre de Nehemia paraît immense bien que selon Jewish Encyclopedia tienne à son égard des propos mesurés : « « Néhémia était un politicien adroit, un chef méfiant et un habile organisateur, quoique non sans pédantisme et fanatisme ; il est probable que Ben Sira, en le nommant après Zorobabel comme l’un de ceux auxquels les Juifs devaient leur restauration en tant que nation, ne soit que justice. Son nom n’était cependant pas très populaire dans la tradition talmudique. (…) Néhémia y est blâmé par les rabbins pour son expression apparemment vantarde, « Pense à moi, mon Dieu, pour tout ce que j’ai accompli pour mon peuple » (Néhémia v. 19, xiii. 31), et pour le dénigrement de ses prédécesseurs (IB. v. 15), dont Daniel. Ces défauts expliquent que cet ouvrage ne mentionne pas son propre nom, mais s’inscrit dans le livre d’Ezra (Sanhedrin 93 b). Selon Baba Batra 15 a, Néhémia a achevé le Livre des Chroniques, écrit par Ezra.»
Malachie prit la succession de Néhémia et il fut le dernier des prophètes. Pendant deux siècles encore, la Judée vécut ainsi, avec un gouverneur nommé par le roi Perse d’une part et avec un grand-prêtre de la lignée de Zadok d’autre part sans que des détails de la vie quotidienne ou politique à cette époque n’aient laissé de trâces.

*Haim Hillel Sasson, A History of the Jewish People (1969), Harvard University Press
**Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76
***Traduction libre à partir d’un article téléchargeable et publié sur le site de Jewish Encyclopedia à l’adresse http://www.jewishencyclopedia.com/articles/11422-nehemiah. Jewish Encyclopedia est édité par l’Institut de Théologie de Philadelphie, USA, créé en 1906