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Néhémia fait reconstruire les murs de Jérusalem malgré les intrigues incessantes des peuplades (158)

La ville de Jérusalem du temps de Nehemia

La ville de Jérusalem du temps de Nehemia

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Afin de rehausser la stature de la capitale et attirer la population,, Nehemia fait reconstruire les murs de Jérusalem

La reconstruction des murs de Jérusalem était à l’ordre du jour car l’environ géopolitique de cet Orient était à nouveau bouleversé : « La sédition de l’Egypte est supprimée en 454 avant JC mais plus tard Megabyzus, le satrape de TransEuphrate, s’est rebellé contre le roi de Perse. Puis les deux personnages se sont réconciliés, et Megabyzus a été à nouveau nommé au même poste » indique l’historien israélien Haim Hillel Sasson*. Cette agitation explique en partie la nécessité de rebâtir les murs de la ville «bien qu’ailleurs en Orient existaient des villes dotées de temples et qui étaient sans murs extérieurs ». De plus, la population craignait de vivre dans une ville non fortifiée et donc vulnérable à une attaque de la ville d’où qu’elle vienne. Elle ne pouvait décemment s’y fixer sans avoir la garantie d’un minimum de défenses.
Selon l’historien allemand Heinrich Graetz**, « La population de la ville était d’ailleurs clairsemée, nombre de maisons étaient détruites ou désertes. Il importait de repeupler Jérusalem. A tous ceux qui avaient abandonné (…) Jérusalem pour cause d’insécurité ou qui, dès le départ, s’étaient domiciliés dans les villes de province, Néhémia adressa probablement un appel pour les inviter à se fixer dans la capitale. Beaucoup des principales familles s’y offrirent spontanément. Mais le nombre de ces volontaires ne suffisant pas à peupler raisonnablement Jérusalem, il fut décidé que le dixième de la population provinciale, désigné par la voie du sort, serait tenu d’y transférer sa demeure. Cependant Néhémia n’estimait pas que chacun fût digne de devenir membre de la sainte cité. Il n’admettait surtout pas qu’en fissent partie ceux qui étaient nés de mariages mixtes. Il se fit donc remettre la liste des familles revenues de Babylone et examina la filiation de chacune d’elles. Cet examen fut des plus sévères. Trois familles, six cent quarante-deux personnes, qui ne pouvaient pas établir la pureté absolue de leur descendance, furent écartées ; et trois lignées d’Aaronides, qui ne pouvaient produire leurs tables généalogiques, furent déclarées, par Néhémia, déchues du sacerdoce jusqu’à nouvel ordre. »
Le Livre d’Ezra n’évoque pas cette question dont on trouve trace dans des documents araméens, explique encore Sasson. Arrivé à Jérusalem treize ans après Ezra le Scribe, « Néhémia resta invisible pendant trois jours, indique Graetz. Il voulait d’abord faire connaissance avec le théâtre de son activité et avec le monde à qui il aurait affaire. En attendant, il organisa une sorte de cour au petit pied : car il avait une fortune de prince et dépensait à l’avenant. Du reste, il dissimula le but de son arrivée, au point de ne pas même s’en ouvrir aux principaux Judéens, auxquels il se fiait peu. Une nuit, il sortit à cheval, seul, pour se rendre compte de l’étendue des désastres et aviser au meilleur moyen de les réparer. Ensuite, il convoqua les chefs de famille, même ceux qui habitaient la province, et leur déclara, à leur grande surprise, qu’il avait reçu plein pouvoir du roi Artaxerxés, non seulement de restaurer les murs, mais encore d’administrer tout le pays, et qu’il était résolu de mettre fin à la honte et à la misère de l’État judaïque. Il trouva tous ces hommes prêts à le soutenir, à lui prêter même un concours actif (…)»
Toujours est-il qu’une pétition hostile à ces travaux est adressée au souverain perse, où les auteurs qui habitent la Judée et Samarie, disent-ils depuis deux siècles suite à la guerre avec l’Assyrie, soulignent leur origine nobiliaire. Leur argument tient en un mot : « Une fois les murs de la ville restaurés, les revenus de la couronne perse vont diminuer car Jérusalem est une ville rebelle depuis des temps immémoriaux » (Sasson). Les Judéens furent l’objet de railleries de la part des Samaritains et des Ammonites : « Rendront-ils la vie aux pierres tirées des tas de poussière et qui ont été brûlées ? Qu’ils bâtissent toujours : il suffira d’un renard montant dessus pour renverser leur muraille de pierre ! », rappelle fort à propos le suisse Arthur Weil*****.
Le livre de Nehemia évoque encore les multiples escarmouches qu’il affronta et dont il sortit vainqueur: « Je n’avais pas encore posé les battants des portes, lorsque Samballat, Tobia, Guéschem, l’Arabe, et nos autres ennemis apprirent que j’avais rebâti la muraille et qu’il n’y restait plus de brèche (6,1) ; Alors Samballat et Guéschem m’envoyèrent dire : Viens, et ayons ensemble une entrevue dans les villages de la vallée d’Ono. Ils avaient médité de me faire du mal (6,2) ; Sanballat m’envoya ce message une cinquième fois par son serviteur, qui tenait à la main une lettre ouverte (6,5). Et je reconnus que ce n’était pas Dieu qui l’envoyait. Mais il prophétisa ainsi sur moi parce que Samballat et Tobia lui avaient donné de l’argent (6, 12). Souviens-toi, ô mon Dieu, de Tobia et de Samballat et de leurs oeuvres ! Souviens-toi aussi de Noadia, la prophétesse, et des autres prophètes qui cherchaient à m’effrayer ! (6,14) Un des fils de Jojada, fils d’Eliaschib, le souverain sacrificateur, était gendre de Samballat, le Horonite. Je le chassai loin de moi (13,28). » Néhémia n’y était pas allé de main morte avec ses ennemis auxquels il cria : « Vous n’avez pas de part, pas de droit ni de lieu à Jérusalem » (Néhémia 2-11,20). La dénonciation de Samballat auprès du roi perse fut d’abord couronnée de succès, indique le livre d’Ezra (4, 8, 16), et ces nobles de Samarie vinrent à Jérusalem exiger l’arrêt des travaux. Echec et mat pour Ezra.
Sans murs, Jérusalem ne pouvait pas à l’époque être un lieu d’importance et avoir une population résidente adaptée à sa taille. Néhémia dirigea lui-même les opérations. Graetz : « Chaque famille patricienne fut chargée de réparer une portion de la muraille, de mettre en place et d’assujettir une des portes de la ville. » Plus encore, le mur fut divisé en quelque quarante sections et groupes pour toutes les classes de la société jérusalmite. En plus de l’engagement physique des prêtres, des corporations de métiers de la ville (commerçants, orfèvres, mélangeurs d’huiles) (3-8, 31) étaient actifs dans ce projet. Toutefois, des opposants à cette action se firent jour en la personne des peuplades éconduites par les dignitaires judéens : Les Samballat et Tobie envoyèrent des hommes de mains s’en prendre aux travailleurs et détruire ce qu’ils venaient d’achever. Mais Nehemia était déterminé à réaliser sa tâche : des gardes en armes protégeaient les travailleurs et les murs à peine reconstruits. Lui-même était sur place, ayant à ses côtés un homme chargé des signaux. Samballat et Tobie multiplièrent les intrigues, médisant sur « Néhémia qui avait l’intention selon eux, une fois Jérusalem bien fortifiée, de se faire proclamer roi par les Judéens et de se déclarer indépendant de la Perse. » On lui envoya même un faux prophète (Shemaïa fils de Delaiah) et une fausse prophétesse (Noadiah) pour l’effrayer et l’inciter à s’enfuir au Temple, mais Néhémia réussit à démasquer le stratagème. Néhémia fit « procéder à l’inauguration des murs restaurés par ses soins. Là encore, comme précédemment à la lecture de la Loi, femmes et enfants furent appelés à figurer. (…) Il organisa une procession, divisée en deux colonnes, qui, partant d’un même point dans deux directions opposées, firent le tour des murs et se rejoignirent dans le Temple. ».
L’historien français André Neher**** souligne l’idée que derrière la barrière des murs de protection chers à Ezra et Néhémia, se profile la barrière spirituelle qui protégerait le peuple juif de toute influence étrangère : « Le seul moyen de sauver le Judaïsme était de l’entourer d’un mur, d’un ‘guéder’. Il symbolise l’idéal auquel on doit aspirer en Judée (…). Lorsqu’Ezra adresse au roi de Perse – et à Dieu en même temps, une prière pour tenir la permission de partir pour la Judée, il est également question d’un mur à construire mais ici le terme est ‘homa’ ; il désigne avec précision les murailles matérielles de la ville de Jérusalem et celles du Temple » (Néhémia 2,8).
Selon Jewish Encyclopedia, Nehemia avait le titre « peḥah » ou « tirshatha, » ce qui équivaut à « vice-roi », pour douze années successives (384-372) et apparemment à nouveau à une période ultérieure. Devant l’opiniâtreté du personnage, les peuplades qui empoisonnèrent l’atmosphère Nehemia, durent faire contre fortune bon cœur. Selon Flavius Josephe (Antiquités Juives) cité par Sasson*, « quand la fille de Samballat épousa Manassé, fils du grand-prêtre de Jérusalem, Manassé fut expulsé par les Sages de Jérusalem et avec l’aide de Samballat, il construisit un Temple sur le Mont Guezirim, près de Sechem (l’actuelle Naplouse). Il en devint le Grand-Prêtre. »
*Haim Hillel Sasson, A History of the Jewish People (1969), Harvard University Press
**Salo W Baron, Histoire d’Israël t1 des origines au début de l’ère chrétienne, Quadrige, PUF, Juin 1986
***Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76
****Histoire biblique du peuple d’Israël, André et Renée Neher, Adrien Maisonneuve Editeur, 1996
*****Jewish Encyclopedia éditée par l’Institut de Théologie de Philadelphie, USA, 1906
******Traduction libre à partir d’un article publié sur le site de Jewish Encyclopedia à l’adresse http://www.jewishencyclopedia.com/articles/11422-nehemiah

******Arthur Weil, Histoire Sainte Illustrée, Editions Victor Goldschmidt, Bâle, 1969