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L’offensive d’Alexandre le Macédonien sonne le glas de l’empire perse et marque l’ascension de l’empire grec (176)

A vingt-trois ans, le chef d’armée macédonien Alexandre remporte en 333 avant JC la bataille d’Issos (dans la Turquie actuelle) contre le souverain perse Darius III, qui s’enfuit en abandonnant ses insignes royaux. Alexandre avance sur la côte méditerranéenne vers les villes phéniciennes où il reçoit « l’hommage d’Arados, de Marathos, de Byblos et de Sidon qui se rendent sans résistance. Seule la ville de Tyr, réputée inexpugnable (…) refusa au roi l’accès à la cité et au temple (…) Le roi la soumit au terme d’un siège de sept mois » affirme l’historien berlinois Pierre Schäfer (1). The Carta Bible Atlas (2) apporte des précisions sur ce combat : « Sanballat, satrape de Samarie et son armée de 8.000 hommes joignirent Alexandre mais ce dernier n’avait qu’une confiance limitée en eux. »

Après la bataille de Tyr (332 avant l’ère courante), il s’ensuivit comme de toutes les batailles : les hommes sont crucifiés et les survivants vendus comme esclaves, puis le vainqueur procède à l’installation de colons grecs. Alexandre poursuit vers le sud ne rencontrant qu’une faible résistance de deux mois en 331 avant l’ère courante à Gaza, les villes de l’hinterland palestinien et judéen s’étant probablement rendues. Pourtant les circonstances qui entourent le siège de Tyr sont le catalyseur d’une part du schisme samaritain et d’autre part de la rencontre d’Alexandre avec le Grand-prêtre, le Cohen Gadol, de Jérusalem.

  • Le schisme samaritain : Selon l’historien Flavius Josephe, dans les Antiquités Juives (4), l’écrivain judéen passé aux ordres des Romains, Alexandre en prise au siège relativement long de Tyr, Alexandre aurait demandé au grand-prêtre de Jérusalem et une assistance militaire et le versement du tribut payé jusqu’alors au roi perse Darius. Alléguant le serment de fidélité au roi perse, celui-ci aurait refusé. Le gouverneur de Samarie, Sanballat aurait, lui, accepté, obtenant en retour l’autorisation d’édifier un temple. Pierre Schäfer (1) rappelle fort à propos une note ultérieure de Josephe : « Mais Alexandre commanda aux troupes de Sanballat de le suivre en Egypte où il leur donnerait des terres… » Le schisme entre la Judée et les Samaritains était déjà consommé du fait du conflit entre le samaritain Sanballat et l’envoyé officiel perse Néhémia, ce dernier ayant refusé un mariage mixte entre Manassé, frère du grand-prêtre Jaddus et Nicaso, fille de Sanballat, gouverneur de Perse. Craignant l’interdit du mariage mixte, Manassé choisit de fuir à Samarie, fort de la promesse de Sanballat de « lui édifier un temple sur le mont Guarizim et de l’instituer grand-prêtre » (1). L’historien Schäfer soutient, sur la base des papyrus trouvés dans la grotte dite « de la mort » du wadi ed-Daliyé, au nord de Jéricho, que l’existence d’un Sanballat III était avérée à l’époque d’Alexandre, confirmant ainsi la trame du récit de Josephe. Le français Jean-Daniel Macchi rappelle dans son livre sur les Samaritains (4) que Néhémia avait signalé (5), qu’« un des fils de Yohada, fils d’Elyashiv, le grand-prêtre, est gendre de Sanballat le Horonite »
  • Au-delà du mariage mixte, la confusion entoure le temple samaritain qui, selon Schäfer, aurait été édifié sans l‘autorisation d’Alexandre et avant même son arrivée sur les lieux. Alexandre, selon les détails de sa biographie de Quinte-Curce (6) rapportés par Schäfer, avait placé à la tête de Samarie Andromachus, alors gouverneur de Syrie. Le conquérant grec fit alors détruire et brûler la ville après que ses habitants aient brûlé vif le gouverneur, ce qui causa une grande douleur au conquérant, dont il était un compagnon d’armes. Les papyrus trouvés à Wadi Daliah montrent que des réfugiés de Samarie avaient fui dans des cavernes les soldats grecs, qui y mirent le feu. Il semble que dans le cadre de ces péripéties, ait eu lieu la rencontre entre Alexandre le Grand et le Cohen Gadol de Jérusalem que Carta Jerusalem (2) identifie par Jaddua (Jaddus) mais que le Talmud appelle Shimon Hatsadik.

(1) p 16, Pierre Schäfer, Histoire des Juifs de l’antiquité, éditions du Cerf, 2007

(2) Carta Jerusalem : Yohanan Aharoni, Michael Avi-Yonah, Ze’ev Safrai, Anson E Rainey, 2002Flavius Josephe, Antiquités Juives

(3) Les Samaritains: histoire d’une légende ; Israël et la province de Samarie, Jean-Daniel Macchi, Labord Fides, 1994

Alexandre le Grand

Alexandre le Grand

(4) Le livre de Néhémia (13,28), éditions Gallia, Jérusalem, 2003

(5) Oeuvres complètes, Cornelius Nepos,Nisard,Kermoysan,