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L’Iduméen Hérode prend le pouvoir, transforme la Judée en satellite de Rome malgré l’épisode Antigone (210)

 

Fils d’Antipater, le ministre d’Hyrcan II, Hérode prend le pouvoir grâce à son ambition effrénée, son sens inné des situations, sa servilité à l’égard des romains Peinture de 1883 par Théophile Lybaert (1848-1927)

Les Judéens n’appréciaient point Antipater : d’abord il n’était pas à leurs yeux, légitime. Ce n’était pas un Judéen de pure souche. Il était un converti forcé, Iduméen marié à une Nabatéenne, deux ethnies d’origine arabe ; ensuite sa servilité à l’égard de Rome et enfin, ils méprisaient sa façon de placer ses fils aux postes clés : Phasaël préfet de Jérusalem et de la Judée, et Hérode gouverneur de Galilée. Le mécontentement grondait. Aussi le pays commençait à voir pulluler des bandes de brigands ou d’opposants armés. Ainsi, une bande de judéens, dirigée par un certain Ezekias se souleva contre les romains avec un soutien tacite du peuple.

Fidèle à la pratique de son père, Hérode usa et abusa de flatterie à l’endroit des Romains. Pour se concilier la faveur de Rome, il poursuivit la bande d’Ézékias et la fit décapiter, sans autre jugement, ce qui était contraire à la loi judéenne. Reconnaissant, Sextus César, gouverneur de la Syrie (47-46), combla Hérode de faveurs, tandis que les patriotes judéens, attristés par cette situation, souffraient de voir Hyrcan si humilié et incapable d’agir devant la toute-puissance d’Antipater. et de ses fils, jugés comme des parvenus illégitimes. Hyrcan, impuissant à agir, résolut de… réagir. Heinrich Graetz : « A la fin, Hyrcan permit au tribunal d’appeler Hérode à comparaître devant lui, dans un délai fixé, pour se justifier au sujet de l’exécution d’Ézékias et de ses hommes. (…) Hérode vint mais muni d’une lettre de Sextus César pour le roi Hyrcan, qui le rendait responsable de la vie du favori. » Le jour du jugement, Hérode apparut, tout sauf humblement : il est armé, escorté et vêtu de pourpre, dans une posture destinée à impressionner les juges du tribunal. « Seul Chamay ose prendre la parole pour fustiger la lâcheté de ses collègues qui devraient condamner Hérode. ‘Sachez que Dieu est grand et que cet homme que vous voulez absoudre par égard pour Hyrcan vous châtiera un jour, vous et Hyrcan lui-même », résume Marianne Picard (2). Craignant un basculement des membres du tribunal en faveur de Chammay, Hyrcan qui est grand prêtre, intervient pour ordonner la remise du jugement. Craignant une sentence sévère, Hérode, prend la fuite à Damas, où Sextus César le nomma gouverneur de la Coelésyrie en -46.

Le peuple de Judée n’aime pas davantage Hérode que Antipater, son père mort assassiné, mais il le craint et par-dessus tout son extrême brutalité. Au milieu de ces péripéties, la nouvelle du meurtre de César en -44 fut pour la Judée la source de nouveaux ennuis. Le républicain Cassius Longinus vint de Syrie réunir des légions et ramasser de l’argent pour participer aux actions de Jules César. De la Judée, il exigea sept cents talents. Cassius était si pressé qu’il fit vendre comme esclaves les habitants de quatre villes du sud de Judée (Gophna, Emmaüs, Lydda et Thamna), jugées peu promptes à payer la taxe imposée. Mais le pouvoir était maintenant aux mains d’Hérode, devenu l’homme-lige des romains. A son retour à Jérusalem, celui-ci reçut les palmes triomphales des mains d’Hyrcan qui résolut d’attacher Hérode à sa maison en le fiancant avec sa petite-fille Mariamne, célèbre par sa beauté.

L’armée républicaine romaine avait été vaincue à la bataille de Philippes (automne de 42) et Brutus et Cassius avaient trouvé la mort. A Rome, de nouveaux triumvirs apparurent : Octave, le neveu de César, Antoine et Lépide. Antoine combla Hérode de distinctions honorifiques et mit en prison ou fit décapiter les plaignants venus de Judée. Quant aux deux frères, Phasaël et Hérode, Antoine les nomma gouverneurs de la Judée, sous le titre de tétrarques.

Une seule fois le vent tourna pour les frères iduméens lorsque les Parthes accomplirent une percée militaire marquante en Asie Mineure et en Syrie. Ils en voulaient à Hérode et à Phasaël, alliés de Rome. L’objectif était de détrôner Hyrcan et de donner la couronne au fils d’Aristobule, Antigone Matthatias. Les Parthes s’avancèrent en deux corps, le long de la côte et à travers l’intérieur du pays, sur Jérusalem. Au mont Carmel, beaucoup de Judéens se joignirent à l’armée des Parthes pour prendre part à la lutte.

Les Judéens prirent les devants, entrèrent à Jérusalem et assiégèrent le palais des Hasmonéens. Même le bas peuple, quoique sans armes, souteint les combattants dévoués à la cause d’Antigone. La fête des Semaines (Chavouot) avait amené à Jérusalem, de toutes les parties de la Judée, une masse de gens  qui prit parti pour le fils d’Aristobule. Phasaël se suicida et Hyrcan fut retenu prisonnier. Pour le rendre désormais impropre aux fonctions de grand prêtre, les Parthes le mutilèrent en lui coupant selon les uns les oreilles, selon d’autres le lobe d’une oreille. Hérode s’enfuit de nuit avec sa fiancée Mariamne et sa famille et gagna la forteresse de Massada, poursuivi par les imprécations du peuple. Antigone fut aussitôt institué roi de la Judée et grand prêtre en – 40. Prisonnier, Hyrcan fut emmené par les Parthes et conduit en Babylonie. Antigone Mattathias crut son pouvoir si affermi qu’il fit frapper des monnaies à son effigie. Après le départ des Parthes, Antigone chassa les garnisons romaines des forteresses qu’elles occupaient. La Judée était délivrée de l’étranger et pouvait de nouveau s’abandonner à l’illusion de l’indépendance reconquise, après trente ans de troubles et de luttes sanglantes. Illusion car Hérode s’est enfuit mais il n’est pas loin. Et puis Marianne Picard juge : « Antigone Mattathias n’a pas les qualités nécessaires pour maintenir l’indépendance de la Judée car il ne sait pas profiter de ses deux atouts : l’attachement de son peuple et la faiblesse passagère de Rome. »

Quant à Hérode, il ne renonça pas au pouvoir. Il se rendit à Rome. Là, il demanda à Antoine de le nommer roi de Judée. Le sénat romain accepta. Hérode fut alors élu roi de Judée. Deux légions accompagnèrent son retour en Judée. Là, il épousa Mariamme, assiégea Jérusalem pendant quatre mois puis, ayant pénétré dans la ville, fit décapiter Antigone Mattathias. La ville fut livrée, dit-on, à la troupe qui se déchaîna.

 

  1. Heinrich Graetz, Histoire des Juifs
  2. Claude Simon Mimouni, Le Judaisme Ancien, PUF 2012
  3. Marianne Picard, Juifs et Judaisme, PACEJ, 1987