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L’historien Salo W Baron : « La royauté visait à éviter une catastrophe nationale » (25 A)

Au-delà de la succession de guerres et d’événements qui perturbe l’installation et la vie des Hébreux en terre de Canaan, il faut s’interroger sur la première crise politique à laquelle est confronté le peuple avec le régime des Juges, crise que vit pleinement le dernier juge, Samuel.

André Chouraqui, dans les Liminaires au livre remarquable du très regretté Salo W Baron*, affirme la nécessité du dépassement de l’histoire juive factuelle : «L’œuvre de Salo Baron –toute entière consacrée à l’histoire d’Israël- a pour caractère essentiel de réintégrer avec force l’histoire d’Israël dans les perspectives de l’histoire universelle. [frax09alpha]

Elle s’attache en outre, poursuit Mr Chouraqui, à dégager la signification générale de l’événement au lieu de l’enfermer comme le firent ses illustres prédécesseurs Graetz et Doubnov, dans des perspectives purement factuelles et chronologiques. L’originalité de l’auteur est d’entraîner son lecteur derrière la superstructure des faits –supposés connus- pour lui faire atteindre à la trame économique, sociale et religieuse (sinon théologique) sur laquelle se détachent les événements qu’elle conditionne et qu’elle explique.»

Oui mais quand les faits de base ne sont pas connus, que devient l’analyse globale ? Précisément, Salo W Baron, l’écrivain américain d’origine autrichienne, nous montre au début du tome 1 (des origines au début de l’ère chrétienne) que le peuple hébreu avait fort à faire avec les Philistins. A défaut d’une nouvelle organisation politique adaptée à la situation, son morcellement et ses divisions pouvaient conduire à un quasi holocauste : « L’établissement de la monarchie dans l’ancien Israël fut consécutif à une catastrophe nationale, eut dut fit partie d’un grand redressement national. Un moment, les Philistins menacèrent de conquérir toute la Palestine et de subjuguer les tribus israélites séparées. D’origine lycio-carienne, les Philistins appartenaient probablement à un type racial basané et ressemblaient à bien des égards aux Grecs de l’Asie mineure et de l’Hellade, lesquels aussi avaient absorbé beaucoup d’éléments crétois. Leur apparition soudaine dans l’histoire fut un épisode d’un mystérieux ébranlement des « peuples de la mer » en 1187 environ, avant l’ère chrétienne, ils s’établirent dans l’ouest de la Palestine pendant que les Hébreux achevaient d’en conquérir l’est et le sud. Par ironie du sort, le pays tout entier porte encore leur nom, simplement parce que la plaine côtière fut la première à attirer l’attention du monde grec.»
A l’époque, les Philistins étaient regroupés dans des villes comme Ashdod, Achkelon, Gad et étaient liés par une alliance entre ces cités-Etats. De plus, ils avaient une avance stratégique certaine en termes d’armement par rapport aux Hébreux. « Les Philistins gardèrent aussi leurs méthodes personnelles de combat, bien supérieures à celles des tribus locales », poursuit Mr Baron. Note de l’auteur: « Bien que le fer ait fait son apparition à peu près à la même époque, en Transjordanie également, les Philistins l’employèrent bien davantage dans leur armement facilitant ainsi sans aucun doute leurs rapides conquêtes. (Salo W Baron évoque un livre de A. Alt « qui essaie de montrer qu’à l’instar des Israélites, les Philistins s’infiltrèrent lentement dans la zone côtière avant de se lancer dans une lutte ouverte et qu’ils furent soutenus par les Egyptiens qui s’efforçaient ainsi de les détourner de leurs propres rivages )».

Mais quel a été le legs de ces sept siècles de royauté israélite ? Donnons la parole à l’historien israélien Haim Hillel Ben-Sassoon, auteur d’ « A history of the jewish people », la monarchie israélite dura 700 années depuis les débuts comme monarchie nationale jusqu’à sa transformation en communauté autonome ethno-religieuse. L’importance de cette période pour notre époque est double selon Haim Hillel Ben-Sassoon : d’abord pour l’histoire juive en elle-même mais aussi « pour son effet profond sur la nature de la civilisation occidentale. » Pour lui, « la première de ces institutions était la monarchie, et en particulier la monarchie davidique. L’image de David a été promue de fondateur d’une monarchie au symbole de la monarchie idéale. Son image était celle du ‘royaume de la vérité et de la droiture’ qui, après l’exil babylonien, quand la monarchie cessa d’exister, poursuivit son existence comme élément d’un système eschatologique où le ‘fils de David’ devint un sauveur national autant qu’universel- le Messie qui apportera in fine paix et justice. »

Dans cet ordre, précise Ben Sassoon, deux autres piliers sont associés à la royauté : la capitale Jérusalem et le Temple. C’est pourquoi, on évoque souvent la période du premier Temple, le retour à Sion, la restauration du Temple. Pendant la période perse, toute l’histoire juive est dominée par Jérusalem et le Temple.  Cette période vient aussi clôturer le mouvement prophétique, qui avait joué un rôle si crucial comme critique des rois, des pratiques du Temple et des dérives du peuple.

*Salo W Baron, Histoire d’Israël tome 1 des origines au début de l’ère chrétienne, Quadrige, PUF, Juin 1986

**A History of the Jewish people H.H. Ben Sasson Harvard University Presss.

Mise en ligne : 13 octobre 2014- Version 1- Israël Antique- Juges 25A