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L’historicité des évènements liés à l’avènement de la dynastie Hasmonéenne est encore l’objet de polémiques  (211)

Encore aujourd’hui, le régime des hasmonéens est l’objet de controverses entre historiens. Certains affirment que la guerre faite aux Juifs et à la Thora par Antiochus IV n’avait rien de religieux et n’était que politique. Faut-il croire dès lors que la guerre menée par lui ne visait qu’à imposer plus vigoureusement encore sa férule ? Pour autant, que la politique ait aussi joué un rôle déterminant est indéniable mais qu’elle soit l’élément exclusif des relations judéo-hellènes paraît difficile. Parmi les tenants de cette thèse, l’historienne israélienne Sylvie Honigman (1). Selon elle, « bien que Jason et Ménélas étaient de grands prêtres hellénisés, nous n’avons aucune raison de croire, qu’ils aient jamais nui au Temple, comme l’a soutenu Maccabées II ou que Ménélas ait participé à la persécution religieuse de ses compatriotes Juifs, comme le prétendent certains experts ». Cette thèse a reçu un certain écho mais un autre historien israélien, Bezalel Bar Kochva, l’a contesté dans une revue de recherche connue, Tarbiz (*). Donnons la parole à l’un et l’autre.

Dans son introduction, Mme Honigman nous dit : « Les premiers et deuxième livres des Maccabées racontent les événements qui ont eu lieu en Judée de -170 et à travers les 150 qui ont finalement conduit à la montée de la dynastie hasmonéenne : le renversement du dernier souverain sacrificateur de la dynastie des Oniades, la transformation de Jérusalem dans un polis grecque, la prise d’assaut par Antiochos IV de Jérusalem, la profanation du temple et sa prétendue persécution des Juifs, la libération de la ville et la nouvelle consécration de l’autel du Temple par Judas Maccabée, la Fondation de la Fête commémorative de Hanoucca et les guerres subséquentes contre les troupes Séleucides. Le 1er livre des Maccabées couvre les actes de Mattathias, l’ancêtre de la famille Maccabéenne/hasmonéenne et ses trois fils, Judas, Jonathan et Simon, prenant son histoire jusqu’à la mise en place de la transmission dynastique du pouvoir au sein de la famille Hasmonéenne lorsque John, fils de Simon, succéda à son père. Considérant que Maccabées II, qui part de la visite de Heliodoros à Jérusalem sous le Grand Prêtre Onias III, met l’accent sur Judas et la ré-inauguration du temple, plus affiche un intérêt pointu dans le rôle de martyrs à côté de celle de Judas. En raison de cette différence dans le champ chronologique et l’accent, on considère généralement que 1es livres de Maccabées sont une chronique dynastique, écrite par un historien de la Cour, alors que Maccabées II est le œuvre d’un auteur pieux dont l’attitude envers les Hasmonéens a été diversement appréciée — de soutien doux, de l’indifférence, à l’hostilité. En outre, le lieu de la rédaction de 2 Maccabées, Jérusalem ou Alexandrie, fait débat. Tant à cause de son style relativement flamboyant et de l’auteur allégué principalement des préoccupations religieuses, Maccabées II est considéré comme une source peu fiable des éléments de preuve sur les causes de la révolte de Judée. »

Honigman propose dans son livre une analyse littéraire spécifique : « Le modèle narratif de la fondation du temple est bien connu des inscriptions royales Mésopotamiennes de construction et les traditions judaïtes/Judée relatives à la Fondation du temple de Jérusalem par le roi Solomon et sa refondation du teemps de la Perse. Je soutiens qu’il informe les Livres 1 et 2 des Maccabées, ce qui veut dire que l’histoire de la libération et purification du temple central de la fête juive de Hanouka (le « dévouement ») est remanié dans ces deux ouvrages en un récit de refondation du temple. Il a été établi depuis longtemps que le modèle narratif de construction du temple a été un vecteur important de l’idéologie royale à la fois en Mésopotamie et à Juda, l’acte de construction (ou la reconstruction) de la maison de la divinité protectrice ayant une fonction intrinsèque de légitimation — pour les aspirants rois et usurpateurs. Etant mis en forme par le même schéma narratif, les livres 1 et 2 Maccabées doivent avoir la même base que l’histoire de Hanukkah pour la refondation de temple, qui, sous cette forme narrative spécifique a nécessairement une fonction de légitimation. En d’autres termes, les livres 1 et 2 des Maccabées racontent le mythe de la Charte de la dynastie hasmonéenne. »

Pour l’historien israélien Bar Kohba, « les persécutions religieuses d’Antiochus Epiphane sont une réalité historique » et Honigman conteste un volet clé de l’histoire juive. « Certains chercheurs ont prétendu que les persécutions religieuses d’Antioche Épiphane n’avaient aucun motif historique. Cette thèse est couplée à une volonté d’actualiser la recherche sur l’histoire juive antique en utilisant des disciplines modernes et des méthodes innovantes. Ce déni de l’historicité de l’un des événements les plus célèbres et les plus décisifs de l’histoire du peuple juif est présenté principalement dans le livre de Sylvie Honigman.

« Le livre, poursuit Bar Kochva, « tente de prouver que les persécutions religieuses d’Antiochus Epiphanes ont été inventées par les historiens de la Cour de la dynastie hasmonéenne pour glorifier les Hasmonéens comme sauveurs de la religion juive et du Temple et justifier ainsi leur usurpation de l’autorité laïque et religieuse. Selon Honigman, le traitement violent par Antiochus de la ville de Jérusalem et ses habitants en 168 avant J.-C. était simplement typique de la politique habituelle des souverains hellénistiques et Séleucides. Cependant, peu de temps après, Antioche Épiphane fit preuve de respect envers le Dieu juif et accorda des dons précieux à son Temple. La véritable cause des troubles en Judée était la lourde taxe imposée sur le Temple déjà à l’époque de Séleucos IV, prédécesseur d’Epiphane et ses persécutions non religieuses. Honigman prétend qu’un historien de la Cour, vivant à Jérusalem à l’époque de John Hyrcanus, s’est engagé à promouvoir la propagande dynastique hasmonéenne ».

Bar Kochva poursuit dans le démontage de la thèse de Mme Honigman. Elle soutient, dit-il que « les activités du gymnase établi à Jérusalem par Jason n’étaient pas inacceptables aux Juifs, et aucune des accusations imputées à Jason par le livre Maccabées II ne peut être considéré comme une infraction à la loi juive et aux pratiques traditionnelles. Maccabées I & II a adopté une mode courante dans la littérature mésopotamienne qui consiste à justifier la montée au pouvoir des souverains « justes » et le dépôt des rois « méchants » pour légitimer la dynastie hasmonéenne. La structure de base de ces deux livres est conforme au mode opératoire de la Mésopotamie. (…) L’affirmation dans les livres des Maccabées, que les sacrifices païens ont été contraints sur les Juifs à Jérusalem et dans les zones rurales, reflète seulement l’existence d’autels païens, desservant les colons militaires étrangers à Jérusalem et leur affectation agricole en milieu rural. La réelle motivation de la révolte des Juifs a été l’augmentation importante des taxes, en particulier la taxe imposée sur le Temple. La preuve ? L’inscription d’Olympiodoros découverte à Marisa, datée de la dernière année de Séleucos IV. Il n’existait pas de parallèle à des persécutions religieuses imputée à Antiochus IV dans l’histoire grecque et hellénistique, et une telle politique aurait été incompatible avec les conceptions religieuses grecques et celles des autres religions polythéistes. »

Bar Kochva réfute les arguments de Mme Honigman un par un. Parmi ces contre-arguments : « Le rôle du gymnase, comme lieu de nudité public et en particulier de la palestre, comme centre d’activité intense de l’homosexualité dans la ville sainte, non loin du Temple juif, comme indiqué très clairement dans Maccabées II; la signification pour les Juifs de ces pratiques et des parades provocatrices des éphèbes dans les rues de Jérusalem ». De plus, L’historienne évoque  « la construction par Siméon de son palais dans l’Akra de Jérusalem » affirmation rejetée par Bar Kochva : « Simeon construit son palais de Gazara, la forteresse située au bord de la plaine côtière. Il n’a jamais eu un palais dans l’Akra ». De plus, il souligne « l’absence d’une preuve réelle pour la fondation d’une colonie militaire à l’Akra de Jérusalem ».

Enfin, il soutient que « le système de taxation des Séleucides en Judée à l’époque de Antiochus IV a été modéré par rapport aux autres régions de l’empire séleucide et nettement inférieur à celui de Ptolémée. La discussion se développe surtout sur la symbolique taxe imposée sur le Temple de Jérusalem et son calendrier, et sur les incidences de l’inscription Olympiodoros. La taxe de shekel sur le Temple n’aurait pas pu être la cause qui a généré la longue révolte juive, ni le système de taxation en général. » Les Juifs orthodoxes de Jérusalem ont lancé une révolte avant l’invasion de la ville par Épiphane en 168 av. J.-C. Le roi a apparemment souffert de cycles de dépression et de manie, qui correspondaient au développement de ses réactions radicales contre les Juifs révoltés. Pour Bar Kochva, « les sources sur les persécutions religieuses qui ne peuvent être suspectées de partialité pro-hasmonéenne : le livre de Daniel (07:25), écrit au début de la révolte, plusieurs années avant que la dynastie Hasmonéenne ait été établie, par un homme qui attendait une intervention divine et ne s’attendait pas à un grand mouvement de la résistance; les authentiques documents officiels Séleucides, écrits sous le règne d’Antiochus IV et de son fils, Antiochus V, mentionnent explicitement les persécutions religieuses (Maccabbées 11 :24-26, 31) ; (c) les récits sur la persécution religieuse en Judée conservés par les premiers auteurs hellénistiques qui connaissaient personnellement l’histoire Séleucide et les historiens contemporains de la Cour séleucide. »

Enfin, Bar Kochva réfute l’affirmation d’Honigman, « les batailles de Judas Macchabée et ses frères sont imaginaires ». Il souligne enfin le manque de pertinence et l’inadéquation des disciplines et méthodes appliquées par Mme Honigman. Celle-ci, que nous avons invitée par courriel à répondre à Bar Kochva, s’est refusée à tout commentaire.

(1) Département d’histoire de l’Université de Tel Aviv, Contes des grands prêtres et Taxes : les livres des Maccabées et la révolte de Judée contre Antiochos IV (University of California Press, 2014).

 

*Tarbiz est la revue phare de l’institut Mandel d’études juives. 2017 marque sa 74ème année de publication. La revue couvre l’étude de la pensée juive, la littérature hébraïque, la Bible, la langue hébraïque, le folklore juif et les champs supplémentaires des études judaïques. L’Institut Mandel d’Etudes Juives a été créé en décembre 1924, quelques mois avant l’ouverture officielle de l’Université hébraïque de Jérusalem.