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L’histoire contestée du roi Salomon (68)

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L’histoire du roi Salomon est, comme pour beaucoup d’autres grands hommes, contestée. Et les thèmes ne manquent pas.
– Salomon n’a jamais existé : A ceux qui mettent en doute jusqu’à l’existence du roi Salomon, la Biblical Archaeology Review évoque des découvertes liées au temple de Salomon et à la «Maison de David : « Ce qui semble être un reçu écrit sur un ostracon (tesson de poterie) établi à l’occasion d’un don de trois sicles d’argent au Temple de Yahweh est récemment apparu sur le marché des antiquités. C’est la plus ancienne mention extrabiblique du Temple de Salomon jamais découverte. Les mots BTT YHWH, la maison du seigneur, inscrits sur le tesson, se lisent sans difficulté. Daté du IXe siècle avant notre ère, ce tesson a été authentifié par des spécialistes. De même, le 17 janvier 2008, la découverte d’un sceau portant le nom d’une famille (Temech) dont les membres étaient employés comme serviteurs du premier Temple a été exhumé lors des fouilles archéologiques dans la ville de David à Jérusalem. Selon le livre de Néhémie, la famille Temech servait dans le premier Temple. » (Jean-Pierre Perraud, sur les traces du roi Salomon)
– Contestation sur l’étendue du territoire du « Grand Israël » du temps de Salomon. Selon l’historien allemand Heinrich Graetz*, « Par son excellente organisation, par son accroissement extérieur, par les richesses prodigieuses qu’y avait accumulées Salomon, le pays d’Israël était devenu une véritable puissance, digne de rivaliser avec les plus grands États du monde antique. Des princes et des peuples, divisés entre eux, avaient recours au maître de ce pays et sollicitaient l’arbitrage de ce monarque, dont la sagesse était vantée partout. Mais la principale gloire du règne de Salomon, ce fut la paix, la sécurité complète dont jouit son royaume. De Dan à Bersabée, tout Israélite pouvait goûter paisiblement les joies du foyer, chacun sous sa vigne et sous son figuier. » Le récit biblique évoque, selon Encyclopedia Judaica*, un royaume qui s’étendait « au-delà de la rivière de (Euphrate) jusqu’à la frontière de l’Egypte » (Rois I 5:1). « Le verset est une glose tardive, définissant le territoire de Salomon de façon anachronique et tente de faire de Salomon un roi au rang des grands empires néo-assyrien, néo-babylonien et peut-être persane. L’expression « Au-delà de la rivière » (Hébreux ever ha-nahar est l’équivalent de l’akkadien nāri eber, utilisé deux siècles après Salomon dans des sources néo-assyriennes à l’ouest de l’Euphrate » (Cogan, 213)). En effet, depuis l’apparition de la première édition de l’Encyclopaedia Judaica, il y eut une révision sur la grandeur de Salomon, les indices archéologiques d’une part et l’étude critique des textes bibliques d’autre part. J.M. Miller (apud Handy 1 – 24) sépare deux figures : le Salomon historique et le Salomon de la légende, avec 4 arguments avancés:
. « L’empire Davidique–Salomonique de l’ampleur décrite dans la Bible ne semble pas adapté à la situation qui suivit l’effondrement du système international à l’âge du Bronze 1200 avant JC.
. Si l’effondrement de l’Empire Hittite et le retrait de l’Egypte d’Asie ont permis l’essor de l’empire centré en Canaan, un tel empire aurait dû laisser des sources épigraphiques qui font défaut.
. Les descriptions bibliques d’exploitation territoriale de Salomon ne sont pas d’une pièce. Un examen attentif révèle que certains passages pointent vers un Royaume relativement plus modeste.
. Les recherches archéologiques disponibles à l’heure actuelle n’ont rien révélé d’un un empire centré dans le pays des collines palestinienne au 10ème siècle. Le pays des Philistins n’était certainement pas inclus dans son Royaume mais il est clairement indiqué que Salomon dominait « Gaza » (Rois 5:4 [04:24]). » Il est peu probable, poursuit l’Encyclopedia Judaica* que la domination de Salomon s’étendait vers le nord sur le Royaume néo-hittite de Hamath, où, selon les chroniques, il aurait construit des villes-entrepôts jusqu’à Tadmor (Palmyre) dans le désert, où il se serait également fortifié (II 8:3–5 Chroniques.). (…) Enfin, si Rezon a tenu Damas, Salomon n’aurait pu détenir beaucoup de territoire araméen. De même, s’il a remis 20 villes à Hiram, il n’a pas dominé davantage la Phénicie. » Cela dépend quand et les dates font cruellement défaut.
Grand bâtisseur du Temple, de monuments et de places fortes, Salomon laissa des traces dans plusieurs sites (Guézer, Meguiddo, Hatsor), sur lesquels l’archéologue israélien Ygael Yadin mena des recherches. A Hatsor lors de recherches entreprises entre 1955 1958, il data ces constructions de l’époque de Salomon grâce aux tessons de poterie. En comparant les portes des villes d’ Hatsor, Meguiddo et Guézer, l’archéologue démontra qu’il s’agissait du même type de construction, relevant de la même époque. Cela au moins ne peut être contesté.

– Autre objet de polémique : la richesse supposée du pays à l’époque du roi Salomon. Israël devint une plaque tournante pour le commerce international. A cet effet, il lui fallait un accès vers les mers du sud, vers la mer rouge. Salomon ouvrit des chantiers navals A Etsion Gueber, près d’Eilat. Et à quelques kilomètres de Eilat, le lieu Timna, où se trouvaient des mines de cuivre, essentielles pour la fabrication d’armes, les « mines du roi Salomon ». Les fouilles archéologiques ont confirmé l’exploitation de mines de cuivre dès le 14ème siècle avant J.C. Toujours selon Encyclopedia Judaica, Salomon a eu une part dans les échanges entre les Nord et le sud du pays, comme en témoigne le passage obscur (Rois I, 10:28, 29) qui raconte l’histoire d’ »opérateurs du roi » et d’ »importation par Salomon de chevaux »(cf. II Chroniques 01:16). Salomon a importé d’Anatolie des chevaux qu’il a vendus à l’Égypte. Il a vendu des chars d’Égypte à l’empire araméen et aux royaumes néo-Hittites en Syrie, selon l’expression « à tous les rois des Hittites et les rois de la Syrie. » Cependant, Na’aman (apud Handy, 71) fait remarquer qu’au 7ème-8ème siècle l’Égypte et Quwe (Assyrie) étaient des centres d’exportation de chevaux et de chars, et que le rôle des négociants de Salomon est emprunté à celui des commerçants de l’empire néo-assyrien tamkāru. Plus probablement, Salomon assurait le contrôle de la route commerciale qui passe par la Jordanie, sur le chemin d’Arabie à Damas. De plus, la Reine de Saba, qui est venue à Jérusalem « avec un très grand cortège, avec des chameaux portant des épices et beaucoup d’or et de pierres précieuses » (Rois I 10:2). « On n’avait jamais vu une telle abondance d’épices » (10:10 ; II 9:1–9 Chroniques) qu’elle donna à Salomon. La Reine était venue pour tester la sagesse légendaire de Salomon. L’utilisation de l’expression ḥiddot, « énigmes » (Rois I 10:1), reste un mot emprunté à l’araméen du 6ème siècle. Néanmoins, le début du commerce avec l’Arabie du Sud avec bois et épices (certains disent de la drogue), transportés à dos de chameaux de Mésopotamie est attesté au début du 9ème siècle et aurait commencé dès le 10ème siècle (Na’aman apud Handy, 72–3). «
Selon l’historien allemand Graetz*, « l’existence d’un nombreux harem impliquait une domesticité considérable. Salomon dut s’entourer d’une cour brillante. Les ambassadeurs des rois tributaires et amis, envoyés fréquemment à Jérusalem pour apporter leurs hommages ou leurs tributs au roi, avaient droit à une réception pompeuse. Salomon attachait d’ailleurs un grand prix à déployer en tout temps de la magnificence, et il fallait de grosses sommes pour l’entretien de sa cour. Comment faire face à ces énormes dépenses ? La maison royale ne possédait point de grands domaines. C’est donc le peuple qui dut supporter les frais de tout ce luxe. »
Toujours selon Encyclopedia Judaica*, Salomon a eu une part dans les échanges entre les Nord et le sud du pays, comme en témoigne le passage obscur (Rois I, 10:28, 29) qui raconte l’histoire d’ »opérateurs du roi » et d’ »importation par Salomon de chevaux »(cf. II Chroniques 01:16). Salomon a importé d’Anatolie des chevaux qu’il a vendus à l’Égypte. Il a vendu des chars d’Égypte à l’empire araméen et aux royaumes néo-Hittites en Syrie, selon l’expression « à tous les rois des Hittites et les rois de la Syrie. » Plus probablement, Salomon assurait le contrôle de la route commerciale qui passe par la Jordanie, sur le chemin d’Arabie à Damas. De plus, la Reine de Saba, qui est venue à Jérusalem « avec un très grand cortège, avec des chameaux portant des épices et beaucoup d’or et de pierres précieuses » (Rois I 10:2). « On n’avait jamais vu une telle abondance d’épices » (Rois I, 10:10 ; II 9:1–9 Chroniques) qu’elle donna à Salomon. La Reine était venue pour tester la sagesse légendaire de Salomon. Dans le commerce de troc entre Hiram et Salomon, Israël a fourni Tyr en blé et huile, tandis que Tyr fournit Israël en bois de cèdre et de cyprès et en or (Rois I 5:22–25 [8]; 09:11). Hiram et Salomon ont coopéré dans la construction du Temple. La réalisation par Hiram, le maître artisan du métal (à ne pas confondre avec le roi du même nom) n’était apparemment pas un cas isolé ou exceptionnel. La coopération avec Hiram s’étendait aux expéditions navales et au troc. Salomon importait -cuivre et fer d’Anatolie et Chypre et créa des fonderies de bronze pour les besoins du Temple dans la plaine du Jourdain (07:46). Une autre source de cuivre était Edom, avec la grande fonderie de cuivre de Feinan en Jordanie du 9ème – 10ème siècle.
L’historien allemand Graetz conclut dans Histoire des Juifs* »: « En retour de ces fournitures, Salomon dut lui céder vingt villes de la tribu d’Aser, limitrophes de la Phénicie et du territoire israélite. Elles n’étaient pas importantes et ne plaisaient guère à Hiram ; toujours était-ce une portion du domaine d’Israël qui était ainsi livrée aux Phéniciens. Hiram y transplanta diverses peuplades ; c’est pourquoi ce pays fût appelé le canton des Peuplades (Ghelil ha-Goyim), ultérieurement la Galilée. » Selon l’encyclopédie américaine, Salomon eut un jour une vision que le Temple serait détruit par les Babyloniens. Aussi, il fit construire un lieu souterrain où l’Arche fut cachée (Mikraote Guedolote d’Itshak Abravanel Rois I vi. 19). Pour chacun des dix chandeliers fabriqués par Salomon (Rois I, vii. 49; Chroniques II iv. 7) le roi utilisa 1.000 talents d’or qui une fois passés 1000 fois au four, étaient réduits à un talent. Salomon fit planter dans le Temple différents types d’arbres dorés qui portaient leurs fruits à la bonne saison. Plus tard, quand les païens entrèrent dans le Temple pour le détruire, ces arbres se sont desséchés mais ils refleuriront à nouveau à l’avènement du Messie selon Yoma 21 b.

*Jean-Pierre Perraud, sur les traces du roi Salomon
** Traduction libre à partir d’un article publié à l’adresse suivante  http://www.jewishencyclopedia.com/articles/13842-solomon dans Jewish Encyclopedia publié par la Société de Théologie Juive de Philadelphie, créée en 1906

***   Traduction libre à partir d’un article paru dans Encyclopedia Judaica à l’adresse suivante  http://go.galegroup.com/ps/retrieve.do?sgHitCountType=None&sort=RELEVANCE&inPS=true&prodId=GVRL&userGroupName=imcpl1111&tabID=T003&searchId=R4&resultListType=RESULT_LIST&contentSegment=&searchType=AdvancedSearchForm&currentPosition=1&contentSet=GALE%7CCX2587518817&&docId=GALE|CX2587518817&docType=GALE

**** Histoire des Juifs d’Heinrich Graetz,  1874-76

Mise en ligne : 10 septembre 2014- Version 1- Israël Antique Salomon 4-68