Imprimer Imprimer

Les Leviim rejettent les nouveaux cultes de Jéroboam, roi d’Israël (79)

Jeroboam cède à l'idolatrie, précipitant le départ des membres de la trbu de Levi Wikimedia

Jeroboam cède à l’idolatrie, précipitant le départ des membres de la trbu de Levi Wikimedia

La dérive idolâtre dans le jeune Etat d’Israël, où règne Jéroboam, ne passe pas bien partout. Comme l’écrit Heinrich Graetz* dans son Histoire des Juifs : « D’après les Septante (Rois IV, 15, 25), Jéroboam avait également épousé une sœur de la reine d’Égypte, du nom d’Anô, et par conséquent était uni de la façon la plus intime à la cour égyptienne. De là l’introduction du culte du taureau, c’est-à-dire de l’Apis égyptien, dans son royaume. Suivant les Chroniques (II, 11, 15), il importa aussi le culte des boucs, encore d’origine égyptienne. Enfin Jéroboam introduisit également dans ses États le calendrier égyptien, calculé sur l’année solaire, tandis qu’en Juda l’on comptait d’après l’année lunaire, plus courte. De là aussi le défaut de concordance chronologique entre les règnes synchroniques des rois d’Israël et de Juda. »
Effarouchés par ces pratiques venues d’ailleurs, les Leviim quittent le Royaume d’Israël pour la ville de Jérusalem. Dans les Temples, Jéroboam introduit des statues de veaux, symbole de fécondité (reprenant ainsi le concept du veau d’or) et s’arroge les fonctions de grand-prêtre. Neher précise : « Jéroboam organise autour de ces idoles un culte parodiant celui de la Thora (c’est ainsi par exemple qu’il recule au 8ème mois Marhesvan, les fêtes que la Thora prescrit au 7ème mois, Tishri) et il en confie la responsabilité à un chargé recruté au hasard sans consécration lévitique. (…) L’objectif du nouveau souverain est double : rompre avec la religion de Salomon et ne pas rétablir le culte pur de la Thora qui accorde au Temple de Jérusalem un rôle central. » Cela lui permet de se débarrasser d’une force d’opposition, les prêtres Cohanim et Leviim et qui de plus, devenaient inutiles car elles n’avaient plus de rôle dans l’édifice religieux en construction.
Pourtant, Jéroboam ne pouvait avancer au rythme qu’il voulait. Il rencontre une première opposition religieuse, les Leviim, comme le souligne Graetz : « Mais la tribu de Lévi l’embarrassait fort. Aucun de ses membres ne pouvait se résigner à servir un pareil culte, tant était forte et durable l’influence des doctrines de Samuel sur cette tribu. Afin de ne pas être contraints, les Lévites domiciliés dans les villes israélites émigrèrent dans le royaume de Juda. Quel parti devait prendre Jéroboam ? Les Lévites, notamment les descendants d’Aaron, étaient le clergé attitré, les intermédiaires-nés entre Dieu et les hommes, au moyen des sacrifices et des cérémonies religieuses. Or, ces mêmes Lévites l’abandonnaient, et, par cela même, répudiaient et condamnaient son système. Pourtant il ne pouvait se passer de prêtres. Il les prit donc où il put, acceptant le premier venu qui s’offrait à lui; et lui-même, à une fête, remplit les fonctions de prêtre, pour les relever aux yeux du peuple, ou peut-être à l’imitation des mœurs égyptiennes. C’est ainsi que Jéroboam arriva par degrés à détruire l’essence même du judaïsme. » Les sacrificateurs et les Lévites quittent Israël et s’installent à Jérusalem en Juda, abandonnant leurs propriétés car Jéroboam et ses fils les empêchèrent de remplir leurs fonctions comme sacrificateurs de l’Eternel (Chroniques II 11,14. Les fidèles du Dieu d’Israël suivirent les Lévites à Jérusalem pour sacrifier à l’Eternel, le Dieu de leurs pères (Chroniques II 11,16). Neher** précise : « Cette nouvelle religion se développe avec une rapidité très grande : dans le royaume d’Israël dont le régime politique est extrêmement trouble, elle constitue un lien unifiant fortement les sujets et un élément de grande stabilité. Vers la fin du premier demi-siècle, la différence entre les deux Etats peut se définir en termes religieux : Juda est fidèle à la Tora et Israël fidèle à la doctrine de Jéroboam ». Le vieux prophète de Silo, Ahiah, celui-là même qui avait identifié Jéroboam comme futur roi d’Israël, ne le critiqua pas publiquement mais prédit, lors d’une visite de sa femme, une fin malheureuse à la maison de Jéroboam. Le nouveau culte instauré par Jéroboam « resta donc en vigueur pendant toute la durée du royaume d’Israël, et pas un des successeurs de Jéroboam ne tenta même de l’abolir » (Graetz).
*Histoire des Juifs d’Heinrich Graetz, 1874-76

** Histoire biblique du peuple d’Israël d’André et Renée Neher chez Adrien Maisonneuve Editeur, 1996

Mise en ligne : 7 septembre 2014- Version 1- Israël Antique – Le schisme 5-79