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Les Judéens s’opposent entre Juifs partisans de l’hellénisme à outrance et Juifs traditionnels (189)

« Gymnase et éphébie, lieux d’éducation corporelle et intellectuelle de la jeunesse, représentaient les centres de la culture grecque à l’époque de l’hellénisme ». Pour l’historien allemand Peter Schäfer (1), initiée par le grand-prêtre Jason (ex-Josiah), cette marche forcée vers la culture hellène conduisit ce dernier à établir la liste des nouveaux citoyens de cette Antioche de Jérusalem, devenue une polis grecque.

Jérusalem, polis grecque, ce n’est pas qu’un changement de statut modifié d’un trait de plume. Il a un impact social profond. Un récent livre du Dr. Rivka Shpak Lissak (2) met en lumière la stratification sociale sous-jacente à ce nouveau statut de la ville: « Les classes inférieures sont exclues (de la Polis NDLR) et pour en être membre, il faut étudier dans l’Ephybium et le gymnase, ce qui suppose d’en payer l’accès. On estime que seulement 3 000 des habitants de Jérusalem sont devenus membres de la Polis. Lorsque le séleucide Antioche III conquiert le pays des Ptolémées en 198 av. J.-C., il accorda à la Judée une bulle de droits. L’autonomie de la Judée a été ainsi assurée et le droit des Juifs à vivre selon leur foi avait été reconnu. La transformation de Jérusalem en Polis en 175 mit un terme à ce statut juif, c’est-à-dire que la Torah n’est plus reconnue comme le fondement de la vie quotidienne, bien que les Juifs n’étaient pas interdits d’adorer leur Dieu et d’obéir à la religion juive. Le pouvoir du gouvernement a été transféré du Conseil des Sages à l’Assemblée de la Polis, gouvernée par les Juifs hellénisés. »

Pour veiller à ce que la ville ne cède sous la pression des religieux juifs, par définition peu ouverts à l’idéologie hellène, une forteresse, l’Acra a été édifiée par les Séleucides (Apollonius) à proximité du mont du Temple. L’Acra devint pour des dizaines d’années « le symbole du piège redoutable », habité par une garnison composée de farouches Syriens séleucides, armés jusqu’aux dents, suppôt des ennemis d’Israël.

A proximité, Jason fonde un gymnase où les hommes s’exerçaient physiquement nus aux sports de l’époque, un éphébéion, qui assure la formation des nouveaux citoyens de la polis. Il est dit que les jeunes de la dynastie sacerdotale accouraient pour participer à ces nouveaux lieux. Wikipedia explique que « les prêtres se précipitent au gymnase dès que retentit le gong annonçant le début de la distribution d’huile ». Comme l’indique le livre des Maccabées 2, « les prêtres, n’ayant plus aucun zèle pour le service de l’autel, dédaignaient le sanctuaire, négligeaient les sacrifices et s’empressaient de participer dans la palestre aux jeux contraires à la Loi, sitôt donné le signal de lancer le disque ». Il semble que la ville et globalement les gens aisés aient accueilli avec faveur ces nouveaux développements. Flavius Josephe écrit à ce propos dans les Antiquités Juives: « En ces jours-là surgit d’Israël une génération de vauriens qui séduisirent beaucoup de personnes en disant : Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent, car depuis que nous sommes séparés d’elles, bien des maux nous sont advenus ».

Pour autant, ces gens-là voulaient-ils abandonner le judaïsme et délaisser les antiques rites religieux de la loi mosaïque ? Des auteurs s’insurgent contre cette interprétation non fondée et fournissent pour preuves de l’hellénisme tiède de Jason et de ses partisans : « Jason envoie une équipe à Tyr aux concours gymniques en l’honneur d’Héraclès (évènement hellène de grande ampleur NDLR) et ceux-ci dépense leur argent à acheter des trières et non à sacrifier aux idoles. » Pour Schäfer, « l’argent fut investi dans l’armement de navires tyriens. » Selon l’auteur Martin Engel (3), Jason ne cherchait pas à abolir le judaïsme mais juste à le réformer certes pour profiter des bienfaits de la civilisation grecque mais aussi pour en tirer profit personnellement. Mais poussé par le parti hellène, il entend selon l’expression de Wikipedia « gommer les différences entre les Juifs et leurs voisins, les faire rentrer dans le monde moderne, qui est largement hellénisé » (4). Mais cette voie moyenne fut vite balayée par l’histoire quand les traditionnalistes constatèrent que c’est entièrement nus, que les jeunes devaient s’adonner aux pratiques des sports grecs. Spectacle obscène aux yeux des traditionnalistes juifs, citadins ou ruraux, pétris de pudeur, pour lesquels c’était là la mort du Judaïsme. Ces zélés de la Loi (la Thora) étaient révoltés des pratiques des zélés contre la Loi. Car ces jeunes qui étaient le plus souvent circoncis se mirent à vouloir cacher leur prépuce coupé et à chercher à se le faire reconstituer par l’opération appelée épispasme. Déjà, dans le passé, le roi Joachim, de la dynastie davidique, avait initié ce genre de pratiques (5). Il y avait donc là un vrai conflit culturel qui rendait difficile le passage de la réforme de Jason. Enfin, les menées de son successeur au poste de Grand-prêtre, Ménélas allaient finir par tout précipiter : son frère Lysimiaque s’étant emparé de vases sacrés avec sa bénédiction, des émeutes éclatèrent, le voleur mourut dans l’échauffourée, tandis que le roi Antiochus IV constatait que décidément, les Judéens ne se laissent pas faire. Ceux-ci allaient-ils passer de la rébellion passive à la révolte ouverte ? Et le roi Antiochus IV, perdant sur le front égyptien, pouvait-il se laisser humilié par la plèbe juive ?

De plus, l’historien Peter Schäfer (1) se fait l’écho de la volonté des hellénistes de Jérusalem de manifester de façon ostentatoire la « victoire » du roi humilié par les Romains en Egypte. « Le 25 kislev (15 décembre) 167 avant JC, une offrande aurait été faite en l’honneur d’Epiphane, ce qui revenait à l’introduction officielle à Jérusalem du culte du monarque. Ce sacrifice en l’honneur du roi ne paraît pas avoir été exécuté à l’initiative des hellénistes enthousiastes de Jérusalem, mais bien ordonné par les messagers royaux », citant l’historien allemand de la Grèce antique, JG Bunge. Schäfer poursuit : « Le refus de nombreux Juifs de s’associer à l’offrande aurait ainsi conduit Antiochus à promulguer ses fameuses mesures. »

(1) Peter Schäfer, Histoire des juifs dans l’antiquité, éditions du Cerf, Paris, 2007

(2) “Quand et comment la majorité juive de la terre d’Israël a été éliminée” Dr Rivka Shpak Lissak 2015

(3) Martin Engel, « Hellenism and Judaism », tome 1, 1976, Londres

(4) voir article sur la révolte des Maccabées sur Wikipedia

(5) Voir notre article sur ce site web, « Devenu roi de Juda et vassal de l’Egypte, Jojakim brûle le Livre de la Loi » (124)