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Le « silence » de l’occupation perse étonne les historiens juifs (171)

L'empire perse sous Darius (490 avant JC)

L’empire perse sous Darius (490 avant JC)

L’occupation perse de la Palestine a laissé peu de traces. Et les historiens en sont réduits à de simples constats. Pour comprendre cette période, les historiens tentent de discerner les évènements dynastiques de l’empire perse, avec insuccès. Salo WW Baron, l’historien américain d’origine autrichienne, du peuple juif, le déclarait sans ambages : « Les siècles qui suivirent le rétablissement des Juifs en Palestine sont parmi les moins bien connus de l’histoire juive (…) Les sources concernant la période qui va de Nehemia à la révolte des Macchabées, sont en nombre si limité et d’une si pauvre valeur historique que même les lignes essentielles de développement paraissent ambigües (…) La condition  générale du Judaïsme ne subit aucun changement significatif lorsque, un siècle après Néhémia, le domination perse fut remplacée par celle des dynasties macédonienne, ptolémaïque et séleucide. » (1)

Est-il possible que l’occupation perse ait laissé ainsi aussi peu de traces historiques en quelques deux siècles de présence, s’interrogent des historiens ? Heinrich Graetz, auteur de la monumentale Histoire des Juifs (2): « Dans ces deux siècles, je ne vois que deux éclaircies : celle du règne de Darius Ier, qui témoigna aux Judéens une constante faveur, enfin la présence de Néhémie à Jérusalem et l’ardente activité qu’il y déploya. Dans le long espace de près de deux cents ans, — depuis la mort de Néhémie jusqu’à la chute de l’empire perse, — où l’on assura par des lois l’existence de la communauté juive, où l’on éleva l’édifice du judaïsme en élargissant ses éléments propres et en l’enrichissant d’éléments étrangers, pas un seul nom n’est venu jusqu’à nous, pas une des personnalités qui créèrent ce grandiose monument, destiné à résister aux assauts des siècles. ».

Sur la domination perse, écrit pour sa part Jewish Encyclopedia, « les Chroniques sont silencieuses, et les historiens dépendent de Flavius Josephe. » (3)

Plus proches de nous, André et Renée Neher, deux historiens français de renom (4), en sont réduits aux hypothèses : « Selon la première, Assuérus serait Xerxès 1er et l’histoire se placerait alors vers 480, en pleine époque des guerres médiques. Selon la seconde, Assuérus serait Artaxerxès 1er et dans ce cas, les évènements du livre d’Esther se situerait vers 455, quelques années à peine avant l’entrée en scène d’Ezra et !n Néhémie. Selon ces deux hypothèses, l’histoire d’Esther devrait être placée entre le premier et le second retour, et c’est pourquoi, nous rangeant à la majorité des hypothèses, nous l’étudions ici. Enfin, selon la dernière hypothèse, Assuérus serait Artaxerxès II, Esther serait alors contemporaine de Xénophon et aurait régné autour de 400 seulement. »

L’occupation perse de la Palestine aurait duré deux siècles de -539 à -332 avant JC. André Lemaire l’historien français, spécialiste de l’antiquité, qui ne dit pas autre chose dans son ouvrage collectif*, explique ce peu de connaissances par la faiblesse des sources et la division des territoires : « Il n’y a pas de consensus entre les historiens sur la date de la mission d’Ezra : 458 ? 428 ? 378 ?, même si la dernière est la plus probable ». Ainsi, observe l’auteur, Si le 5ème siècle avant JC a été calme, le 4ème a été marqué par l’agitation liée aux guerres entre la Perse et l’Egypte. « En 351/352 (avant JC), Atarxerxes III Ochos échoue dans sa tentative de reconquête de l’Egypte. En 343, il la reconquiert grâce au général Bagoas qui empoisonna son maître (338) mais cette reconquête fut de courte durée car en 332, Alexandre est devant Tyr. »

Mais que s’est-il donc passé pendant ces deux siècles (si on en croit les tenants de l’histoire conventionnelle) d’occupation perse ? La durée exacte de la période perse reste une question qui demeure encore aujourd’hui sans réponse veritable pour les historiens classiques et conventionnels, jusqu’à ce que de nouveaux historiens, tous deux juifs et religieux, recourant à d’autres disciplines, à d’autres sources et à différentes façons de raisonner, en viennent à considérer que ces historiens-là se sont trompés. Et là, les découvertes sur les pratiques des historiens grecs ne manqueront pas d’étonner.

 

  • S. W. Baron, Histoire d’Israël, Quadrige Presses Universitaires de France, juin 1986, Tome 1
  • Heinrich Graetz, Histoire des Juifs
  • Jewish Encyclopedia est publié par l’Institut de Théologie de Philadelphie, USA, créé en 1906
  • André et Renée Neher, Histoire biblique du peuple d’Israël, Adrien Maisonneuve Editeur, mars 1996
  • André Lemaire, La Palestine à l’époque perse, Editions du Cerf, 1994.