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Le schisme conduit à deux Etats hébraïques : Juda et Israël (77)

 

Le royaume unifié d'Israël  se divise entre le royaume du nord, dit des dix tribus avec Jéroboam à sa tête et le royaume du sud, dit des deux tribus, où règne Roboam, fils du roi Salomon

Le royaume unifié d’Israël se divise entre le royaume du nord, dit des dix tribus avec Jéroboam à sa tête et le royaume du sud, dit des deux tribus, où règne Roboam, fils du roi Salomon

A Sichem, « où on avait voulu renouer avec les plus anciennes traditions et restituer l’atmosphère des grandes assemblées populaires de l’époque pré-royale »(Neher)*, la cérémonie tourne court. La rupture est consommée entre les deux parties. Les tribus se partagent entre les deux royaumes. Au nord, le royaume des dix tribus (Israël) et au sud, Roboam voit les tribus de Juda, Siméon, et Benjamin, rester avec lui.

Un fossé existe déjà depuis des années entre Juda et Joseph. Juda est considéré comme une tribu séparatiste, commente Alex Israël*, qui cite à l’appui le livre de Samuel : « Saul les compta à Bezek et les enfants d’Israël étaient 300.000 et les hommes de Juda 30.000 » (11-8) » et « Aussi Saul regroupa les hommes et les compta à Telaim : 100.000 fantassins et 10.000 hommes de Juda » (15-4). Déjà après la mort de Saul, le royaume fut séparé en deux pendant 7,5 ans : Juda avait David pour roi mais les autres tribus avaient suivi Ishbochet (Samuel II, 2-10). La division est donc historique. A l’époque, le cri de bataille était déjà : « Nous n’avons pas de part dans David et pas d’héritage du fils de Ichay ! Chaque homme à sa tente, ô Israël ».

Pour l’heure, quid des Sichémistes et des Ephraimistes ? L’historien allemand Heinrich Graetz** commente : « Roboam songea à les ramener à l’obéissance, par la force des armes; et peut-être y fût-il parvenu, si Jéroboam n’avait pris des mesures pour exploiter cette défection à son profit. Il sut persuader les Éphraïmites que, seul un roi serait en état d’opposer une résistance efficace aux attaques de Roboam, et qu’ils n’avaient pas d’autre moyen d’échapper au sévère châtiment que leur réservait la défaite. » Aussi, les Ephraimistes et les tribus transjordaniennes choisirent-elles elles aussi, Jéroboam, qui bénéficie d’un territoire à la surface double de celle de Juda. Résultat : les 9/10ème de la population hébraïque passent sous Jéroboam. Roboam régnera 19 ans sur Judah de – 931 à – 910. Et Jéroboam sur Israël de -931 à -913.
La course aux alliances fait partie des priorités des deux souverains car ils cherchaient à se protéger. Roboam fit alliance avec le nouveau royaume de Damas pour tenir en respect Jéroboam, qui fort de ses contacts, noua alliance avec l’Egypte. Ainsi, chacun évitait que l’autre ne l’attaque. Du moins le pensait-il, car très vite, la fragilité de ces alliances éclata au grand jour. Heinrich Graetz : « Jéroboam empêchait ainsi Roboam d’entreprendre des guerres sérieuses contre Israël. Pour se défendre à la fois du côté d’Israël et du côté de l’Égypte, Roboam établit une ceinture de forts autour de Jérusalem, dans un périmètre de plusieurs lieues. Mais, à l’heure du danger, ces défenses se trouvèrent absolument insuffisantes. Scheschenk entreprit contre Roboam, alors dans la cinquième année de son règne (972), une vaste expédition composée de forces écrasantes en infanterie, cavalerie et chariots de guerre. Accablées par le nombre, les places fortes cédèrent l’une après l’autre, et Scheschenk s’avança jusqu’à Jérusalem. »
Allait-il faire tomber le malheureux Roboam ? Non, nous dit Graetz : « À ce qu’il semble, la capitale se soumit sans résistance. Aussi le vainqueur se borna-t-il à s’emparer des trésors cachés par Salomon dans le palais et le temple, à prendre tout l’or qui se trouvait dans Jérusalem, les boucliers et les lances d’or que portaient les gardes accompagnant le roi lorsqu’il se dirigeait vers le Temple. » Pharaon n’a commis qu’une simple action de pillage des trésors du roi et du Temple sans vouloir renverser le royaume ou mettre à mort le roi.
Les conséquences économiques de ce schisme se révélèrent rapidement: D’abord la politique de puissance salomonienne subit un coup d’arrêt. Ensuite, la dislocation de l’empire a un effet négatif : « Roboam, n’étant plus maître de l’Idumée, ne pouvait plus envoyer de vaisseaux au riche pays d’Ophir, et dès lors sa principale ressource était anéantie. Les autres ressources d’ailleurs lui faisaient également défaut. Le commerce des chevaux et des chars de guerre, qu’une société royale de négociants tirait de l’Égypte et exportait au loin jusqu’aux bords de l’Euphrate, se trouvait supprimé par l’établissement du royaume d’Israël, qui empêchait toute communication avec les pays du nord. La luxueuse splendeur du règne de Salomon était éteinte (…). La Judée était devenue un pays pauvre, n’ayant d’autre moyen d’existence que l’agriculture, comme avant l’établissement de la monarchie. Dans le royaume d’Israël non plus, les choses n’allaient pas à souhait pour Jéroboam. Selon Arthur Weil**, « Le royaume d’Israël est aussi appelé Ephraim ou Yoseph. »

* Histoire biblique du peuple d’Israël d’André et Renée Neher chez Adrien Maisonneuve Editeur, 1996
** Kings 1 Torn in two, de Alex Israel chez Koren Publishing, 2013
*** Histoire des Juifs d’Heinrich Graetz, 1874-76
Mise en ligne : 7 septembre 2014- Version 1- Israël Antique – Le schisme 5-77