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Le royaume d’Israël vit une crise sociale dénoncée par les prophètes Amos, Joël et Osée (105)

Le prophète Osée, Gravure de Gustave Doré

Le prophète Osée, Gravure de Gustave Doré

Le prophète Joel

Le prophète Joel

Le prophète Osée du Duccio di Buoninsegna

Le prophète Osée du Duccio di Buoninsegna

 

Le royaume d’Israël retira de ces guerres un très large butin, qui fit entrer l’opulence dans la classe dirigeante, avec ses effets négatifs sur Israël. « Le culte du taureau subsistait toujours parmi les dix tribus à Béthel et à Dan. La première de ces villes fut même érigée (…) au rang de métropole religieuse, sous l’autorité d’une sorte de grand pontife » (Graetz*). Baal et Astartée étaient de retour, produisant le dérèglement des moeurs, la luxure et la dépravation. On ne pensait plus qu’à s’enrichir à tout prix. « On vendit comme esclaves les débiteurs insolvables ou leurs enfants. Les miséreux portaient plainte mais les juges étaient complices » accuse encore Graetz.

Le prophète contemporain Amos dressa une peinture saisissante de cette vie de débauche. Les jeunes se plaignaient de cet état de choses. Certains virèrent au naziréat. Mais la liberté de parole était acceptée (…) « Amos, de la ville de Thekos, n’appartenait point à la communauté des prophètes. Un jour qu’il prenait soin de ses troupeaux, (…) sous l’impulsion qui le poussait, il se rendit à Béthel, siège du sanctuaire royal et résidence de Jéroboam II, pour y accuser les déportements et les vices des grands et faire ressortir les conséquences de leurs iniquités (…) » L’accueil ne fut pas toujours positif à ces paroles accusatrices des iniquités sociales. Le prêtre idolâtre Amazias le dénonça à Jéroboam II (1), qui se refusa à réagir. Amos durcit son discours : « Voilà que les yeux du Seigneur sont fixés sur le royaume pécheur, Je le détruirai de dessus la surface de la terre, Mais je ne détruirai pas la maison de Jacob. » A cette époque, nous indique Graetz, « la population de Jérusalem et du pays s’épuisait en jeûnes et en lamentations, déchirait ses vêtements en signe de deuil, et, rassemblée autour du temple, pleurait et priait pour fléchir la colère divine. Les prêtres partageaient le découragement général. »  Le prophète Joël tenta de remonter le moral du peuple, pour lui faire comprendre que « la grâce divine ne s’était pas retirée de lui et que Sion restait la montagne sainte. »

« Bien que l’ascension politique d’Israël ait précédé celle de Juda, le royaume du sud commença à montrer une puissance politique accrue. Ce fut évident dans les dernières années du règne de Jéroboam II et il est possible, nous indique Haïm Hillel Ben-Sassoon, auteur de « A history of the jewish people », qu’après sa mort, Juda ait imposé son hégémonie sur tout le territoire d’Israël et peut-être aussi d’Aram. Cette supposition serait renforcée si Uzziah/Azariah était identifié avec Azriyau des Annales de Tiglath-pileser ».

Graetz évoque enfin le dernier prophète: « Le troisième prophète du temps de Jéroboam II et d’Osias, Osée, fils de Béèri, s’exprima d’une façon plus catégorique encore contre les dix tribus et en faveur de la maison de Jacob. Osée tonna contre l’apostasie d’Israël, retombé dans le culte de Baal. Il (…) dépeint l’introduction du culte de Baal chez les dix tribus comme l’infidélité d’une femme envers son époux » Cette critique des prophètes contre la maison de Jéhu fit son œuvre. Jéroboam II mourut en paix, vieux. Son fils Zacharie monta à peine sur le trône (vers 769), que par un complot de Salloum, fils de Yabesch, il fut assassiné au bout de six mois, sort partagé par ses femmes et enfants. Comment les choses se sont-elles passées ? Salloum se rendit à Samarie mais un habitant de l’ancienne capitale Thirza, Menahem Ben Gadi le mit à mort. Toutefois ce nouvel usurpateur vit des villes se refuser à lui. Tipsach (Tapouach), en particulier lui ferma ses portes. Il en fit le siège et fit massacrer tous les habitants. Il retourna à Samarie et prit le trône de Jéhu, supprima le culte de Baal mais conserva celui du taureau.

Comment analyser cette floraison de prophètes en ce temps-là ? L’historien israélien Haïm Hillel Ben-Sassoon, auteur de A history of the jewish people ** propose une explication: « Le mouvement des prophètes qui avait combattu pour le culte divin authentique et contre l’importation des cultes étrangers du temps de Achab, prirent un virage draconien après la victoire de Jéroboam II. Le prophète Jonathan ben Amitaï, qui avait prédit le succès d’Israël et la défaite d’Aram était devenu proche de la cour, voire même prophète de cour. Le mouvement prophétique en prit un coup. Moins préoccupés par les questions de justice sociale, ils essayaient de promouvoir l’idée nationale, promettant l’imminence du jour du seigneur quand le Dieu d’Israël punira tous les ennemis historiques d’Israël ». Vinrent alors ce que l’historien israélien appelle « les prophètes littéraires », au premier rang desquels Amos, qui lui, insista sur la justice sociale.

Jéroboam II régna sur Israël de -789 à -748 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)

*Heinrich Graetz Histoire des Juifs 1874-76

**Haïm Hillel Ben-Sassoon, “A history of the jewish people “

Mise en ligne : 17 septembre 2014- Version 1- Israël Antique  5-105