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Le refus des mariages mixtes purifie le peuple mais pousse Samaritains et Ammonites à ralentir la reconstruction du Temple (153)

Un rouleau de la Torah conservé à la British Library par PlateX. Henry Frowde de l'université d'Oxford 1896. La Torah interdit expressément le mariage mixte en particulier avec les Moabites et les Ammonites. La raison: leur hostilité à l'égard des Hébreux qui, lors de l'exode, leur demandaient de simplement passer par leur terre

Un rouleau de la Torah conservé à la British Library par PlateX. Henry Frowde de l’université d’Oxford 1896. La Torah interdit expressément le mariage mixte en particulier avec les Moabites et les Ammonites. La raison: leur hostilité à l’égard des Hébreux qui, lors de l’exode, leur demandaient de simplement passer par leur terre

Les Judéens restés au pays s’étaient engagés dans des relations de bon voisinage avec les peuplades environnantes, dont certaines, à la faveur du départ des déportés vers Babylone, avaient noué des relations conjugales avec les Judéens, foulant au pied une règle de la Torah, interdisant les relations maritales avec les Moabites et les Ammonites pour leur mauvaise conduite à l’égard des Hébreux, lors de la conquête de C anaan.
L’historien Graetz* explique la situation: « Cette impitoyable exclusion des peuples voisins, Samaritains, Ammonites et autres, produisit, comme on pouvait s’y attendre, de tristes conséquences. (…) Ce divorce brutal qui leur était signifié changea brusquement en hostilité leurs dispositions amicales (…) ». Graetz semble critique de cette pratique : « Une telle sévérité était-elle donc justifiée ? Ne trouvait-on pas, dans les souvenirs du passé, nombre d’exemples d’Israélites ayant épousé des femmes étrangères ? Dans le livre de Ruth. » Et l’historien Graetz de reprendre les fameuses paroles du personnage biblique de Ruth, la moabite à Noémi, sa belle-mère : « Où tu iras, j’irai ; ta maison sera ma maison ; ton peuple sera mon peuple, ton Dieu sera mon Dieu ; où tu mourras, je mourrai, et la mort seule nous séparera ! Et Ruth, la Moabite, tint parole. Et lorsque plus tard elle épousa Booz, — un Judéen, — le peuple ravi s’écria : Dieu bénisse cette femme qui entre dans ta maison, et la fasse devenir comme Rachel et Léa, qui ont édifié la maison d’Israël ! Et le fils que Ruth donna à son époux eut pour descendant David, le pieux roi d’Israël. »
Paradoxe : « La famille royale d’Israël descendait d’une Moabite et cette même Moabite, après s’être attachée au peuple de Juda et s’être abritée sous les ailes de Dieu, avait déployé toutes les vertus qui sont l’apanage des filles d’Israël, chasteté, délicatesse, esprit de dévouement et de sacrifice. (…) Parmi ces femmes répudiées ou menacées de l’être, n’y en avait-il point qui fussent semblables à Ruth ? Mais rien n’y fit : Ezra et le sénat de Jérusalem persistèrent, avec une inflexible rigueur, à exclure de la communauté tous les éléments qui n’étaient pas d’origine judaïque, de la semence sainte. »
Ces peuplades ne se limitaient pas aux seuls Ammonites, Moabites, et Cuthéens mais comprenaient aussi selon Ezra (chapitre 4, 9) les Dinéens, Afarsatkéens, Tarpeléens, Afarséens, Arkawéens, Babyloniens, Chouchankéens, Déhavéens et Eilamites » (éditions Gallia 2009). Ces ennemis de Juda utilisent plusieurs techniques pour interrompre les travaux: « La ruse, Les accusations mensongères, La violence. Les ennemis utilisent également d’autre moyens: Ils les découragent, Ils les intimident pour empêcher la construction, Ils soudoient les conseillers avec de l’argent » (Ezra 36). Selon Encyclopedia Judaica, « Tobie appartient à une famille de notables, les Tobiad, qui eut une importance politique dans l’histoire d’Israël, selon Encyclopedia Judaica. Le prophète Zacharie a mentionné dans son livre (6:9 et 14) le nom de Tubyahu, « bras » et « serviteur » du roi. La famille disposait d’un vaste domaine à Tyros, en Jordanie. Néhémia a évoqué dans son livre Tobyah, « le serviteur, l’Ammonite » (Néh. 02:10), l’un des adversaires les plus coriaces, quand il vint reconstruire les murs de Jérusalem en 445 avant JC. Comme Tobyah était alliée des grands propriétaires terriens Samballat de Samarie et de Geshem l’Arabe (02:19 (1), leur opposition était principalement due à la réforme foncière imposée par Néhémia (05:11). Tobyah est bien relié à d’autres familles aristocratiques juives par serment (06:17-18) et à la prêtrise par mariage. Il reçut d’Eliachib, le grand prêtre une chambre à la Salle des offrandes du Temple, mais Néhémia l’en expulsa et insista sur le fait que le lieu devait être rituellement purifié par la suite (13:4 – 11). » Le titre de serviteur est donné péjorativement à Tobie par Néhémia, « le serviteur, l’Ammonite » de façon probablement péjorative, ce qui implique que « le pedigree de ce Tobyah n’était pas irréprochable car, à leur retour de l’exil, le clan de Benei Tobyah n’avait pas pu prouver qu’ils étaient d’Israël » (7:61 – 62).
La réaction des peuplades ne se fit pas attendre. Furieux du refus de Zorobabel de les associer à la reconstruction du Temple, leurs représentants vont se déchaîner contre les Judéens et leur projet.
– En attaquant leurs œuvres : Samballat et ses compagnons Samaritains « firent des brèches aux murailles de la ville, mirent le feu à leurs portes de bois et détruisirent nombre de maisons, Jérusalem eut l’aspect d’un monceau de ruines. Toutefois, ils épargnèrent le temple (…) » Résultat: la plupart des habitants de Jérusalem, privés de la protection de leurs remparts, s’éloignèrent de la ville.
– En démobilisant la classe sacerdotale : « Les Aaronides (Cohanim) et les Lévites, qui ne touchaient plus leurs redevances et leurs dîmes rurales, se sentirent démobilisés et durent abandonner le Temple pour aller chercher ailleurs des moyens d’existence. »
– En renouant les relations maritales avec les peuplades interdites : « Beaucoup de familles notables se raccommodèrent avec leurs voisins, reprirent les femmes qu’elles avaient répudiées ou contractèrent de nouveau de semblables unions. (…) Pour le moment, l’oeuvre d’Ezra semblait avortée et l’existence même de l’État compromise. »
– En usant de l’arme de la corruption avec les travailleurs.
Des Judéens partent pour la Perse alerter Néhémia, l’échanson du roi Artaxerxés, et dont le parent, Hanani, avait été témoin de ces faits et gestes. Graetz : « Ils lui firent une peinture épouvantable de la situation des Judéens dans leur pays et du délabrement de la ville sainte. Néhémia frémit d’horreur en apprenant ces détails (…) Il résolut sur-le-champ de se rendre lui-même à Jérusalem et de mettre un terme à cette affreuse situation. Mais comment s’éloigner ? Son service l’enchaînait à la cour. (…) Un jour qu’il servait à boire au roi et à la reine, Artaxerxés fut frappé de l’altération de ses traits et lui en demanda la cause. Néhémia la lui dévoila. Profitant aussitôt de cette disposition favorable, il exprima le voeu de se rendre à Jérusalem et de porter remède à sa malheureuse situation. Le roi, plein de bienveillance, lui accorda tout ce qu’il désirait, lui permit d’entreprendre le voyage, de relever les murs, de rétablir l’ordre dans les affaires de l’État. (…) Il lui donna même une escorte de soldats à pied et à cheval, et l’institua gouverneur (péhha) de la Judée. (…) » Samballat et Tobie, apprenant qu’un Judéen, serviteur d’Artaxerxés, était institué gouverneur de la province, firent grise mine sans pour autant interrompre leur guérilla anti-judéenne.

(1) Haim Hillel Sasson* explique que « Geshem l’arabe était apparemment le roi des Kédarites, une tribu puissante du nord de l‘Arabie qui avait une sorte de monopole sur le si profitable commerce de l’encens » et étaient armé pour le défendre grâce à ses cavaliers et ses archers.

*Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76
**Traduction libre à partir d’un article paru à l’adresse suivante:  http://go.galegroup.com/ps/quickSearch.do?quickSearchTerm=ezra&stw.option=publication&optionIndex=2&stw.publication.option=collectionId&edition=2&collectionId=Encyclopaedia+Judaica&tcode=5GVQ&workId=1&entryTitle=&stw.contentSet=&userGroupName=imcpl1111&searchType=BasicSearchForm&prodId=GVRL&pageType=&searchId=&tabID=&boolCnt=1&nwf=y

dans Encyclopedia Judaica, Keter Publishing House, 2007

*** Haim Hillel Sasson, A History of the Jewish People (1969), Harvard University Press