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Le peuple hébreu du royaume du nord est déporté en deux vagues à Babylone (111)

La première dispersion des dix tribus du royaume du nord

La première dispersion des dix tribus du royaume du nord

Les Assyriens implantent des étrangers à la place du peuple de Samarie déporté, mais des lions les dévorent Gravure de Gustave Doré

Les Assyriens implantent des étrangers à la place du peuple de Samarie déporté, mais des lions les dévorent
Gravure de Gustave Doré

Comment les Hébreux furent-ils déportés et par qui furent-ils remplacés ? Le processus se fit en deux temps : d’abord, l’Assyrie annexa les confins nordiques et orientaux (Rois II xvi. 7-9) du royaume d’Israël, aux frontières des tribus de Zebulon, Asher et Naphtali et celles du territoire à l’est de la Jordanie qui appartenaient aussi à Israël. Il conduisit les habitants de ces provinces en Assyrie et les y a établis (Rois II 15, 29). Ensuite, la seconde expulsion eut lieu après la conquête de Samarie en 722, suivie par la démolition du royaume du nord. Le dernier roi de ce pays, Osée (1), renonça à l’allégeance à Salmanazar IV (Rois II xvii. 4), conduisant ce dernier à assiéger la ville de Samarie pendant trois ans (724-722). Ce fut son successeur, Sargon qui captura la capitale hostile, comme en témoignent des inscriptions cunéiformes (en contradiction avec Rois II 17, 3), pour qui la conquête a été l’œuvre de Salmanazar lui-même.
Là, plus de 27.280 personnes ont été prises en captivité et déportées, en partie dans la province assyrienne de Gozan (en Mésopotamie) et en partie en Médie. Dans le même temps, des colons d’autres nationalités ont été installés en Samarie et dans le territoire environnant pour prendre la place de ces déportés. De cette façon, non seulement un peuple conquis et hostile a été complètement perturbé, mais il a été remplacé par des sujets fidèles à la couronne assyrienne laquelle prit des prérogatives spéciales, pour renforcer leur allégeance. Les premières personnes à être envoyées comme colons araméens sur les terres hébraïques (721) étaient de Babylone. Dès la fin de l’insurrection babylonienne, cependant (647), Assurbanipal envoya des contingents supplémentaires de Babylone, des Cuthéens et de Sippara, de la ville de Suse et d’Élam (Rois II, 17, 24, et 17, 11 ; Esdras 4, 4-10). L’Assyrie ne menait plus une simple guerre d’escarmouches faîtes de simples recherches de butins matériels et humains. Elle pratiquait désormais une autre politique de transplantation des populations consistant dans le brassage des populations, les déportés d’un pays étant implantés dans un autre pays, perdant ainsi tout lien avec leur terre d’origine et partant, leur identité nationale et leurs revendications ancestrales.
Arthur Weil (Histoire Sainte Illustrée) explique comment procéda le souverain assyrien: « Afin de repeupler le pays d’Israël qu’il avait dévasté, Samalnazzar y transporta des colons idolâtres. Au commencement ces colons païens, établis surtout dans le territoire de Samarie eurent beaucoup à souffrir des lions, qui en firent périr un grand nombre. On rapporta ce fait au roi d’Assyrie. Celui-ci envoya alors un prêtre israélite exilé en Assyrie, avec l’ordre d’enseigner à ces colons le culte de l’Eternel. Ainsi, ces païens devinrent adorateurs de Dieu, mais uniquement par crainte et ils continuèrent à adorer en même temps leurs idoles. Ils se mêlèrent aux quelques familles israélites restées dans le pays. C’est de ce mélange que sortit le peuple qu’on appela dès lors les Samaritains et dont les débris subsistent jusqu’à nos jours ». Marianne Picard écrit dans Juifs et judaïsme (Pacej) précise que « cette population, les Samaritains (Chomromim ou Cutim), adoptent en partie la loi écrite d’Israël tout en gardant leurs propres divinités ».
Comme le résume Heinrich Graetz, l’historien allemand, « le royaume des dix tribus fut emporté d’assaut, après deux siècles d’existence. Le dernier roi de cet empire, Osée, se vit traiter encore, jusqu’à un certain point, avec ménagement : le vainqueur se contenta de le déposséder de la couronne et de le retenir en prison jusqu’à la fin de ses jours. Aucune plume n’a retracé le nombre des victimes qui succombèrent par milliers dans cette lutte suprême, ni le chiffre de ceux qui furent emmenés en captivité : le royaume était devenu tellement étranger à ceux qui d’ordinaire tenaient note de l’histoire du peuple, les Lévites et les prophètes, qu’ils n’en ont relaté la chute qu’en peu de lignes. Nulle élégie ne se fit entendre sur ses ruines, comme si sa triste destinée n’eût rencontré que de l’indifférence chez les poètes. La prophétie s’était accomplie. Éphraïm n’existait plus ; les idoles de Dan, de Samarie et d’autres villes s’acheminaient vers Ninive, et avec elles d’innombrables captifs. » Et encore : « Isaïe, qui avait annoncé à la pécheresse Samarie que la couronne d’orgueil dominant sur la grasse vallée des ivrognes d’Éphraïm serait comme un fruit hâtif, aussitôt consommé ; Isaïe, dont la prédiction s’était réalisée, trouvait maintenant des auditeurs plus dociles. A quoi avait-il tenu que Jérusalem ne partageât le sort de Samarie ? A un simple caprice du conquérant assyrien. La crainte ramena l’humilité dans les cœurs et rendit Jérusalem attentive à ceux qui lui montraient la bonne voie. »
Que devient donc le territoire d’Israël ? L’historien français Stéphane Encel* nous l’indique dans son livre Les Hébreux: « Le territoire d’Israël devient une province assyrienne sous le nom de Samerina ».
(1) Osée (Hosea) régna 9 ans sur Juda de -733 à -724 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)
*Arthur Weil, Histoire Sainte Illustrée, Editions Victor Goldschmidt, Bâle 1969
**Heinrich Graetz, Histoire des Juif, 1874-76
***Stéphane Encel, Les Hébreux, Armand Colin, 2009
Mise en ligne : 6 octobre 2014- Version 1- Israël Antique-Exil 6-111