Imprimer Imprimer

Le Grand-Prêtre Onias III évincé, Jason et Ménélas se disputent son poste aux dépens des Jérusalmites (185)

Vue du Second Temple Source source-commons-wikimedia-org

Vue du Second Temple source-commons-wikimedia-org

La tombe du Grand-Prêtre pro-hellène Jason à Jérusalem (source-wikimedia-commons)

La tombe du Grand-Prêtre pro-hellène Jason à Jérusalem (source-wikimedia-commons)

Le pouvoir grec accentue la pression sur la Judée et entend ravir aux Judéens le trésor de leur Temple et leur imposer un homme à lui pour le poste de Grand-Prêtre, à la fois grand sacrificateur et chef de la communauté judéenne. Mais ce premier conflit oppose pour l’heure -en -175/-168- moins Juifs et Grecs directement que Juifs hellénisants et Juifs traditionnalistes. C’est-à-dire Tobiades (pour Jason) et Oniades (pour Onias III). En ligne de mire, le poste de Grand-Prêtre.

Antiochus IV Epiphane (1) doit en effet arbitrer entre les deux frères et il choisit Jason, le pro-hellène. « Jason –appellation grécisée de Yeoshoua, Josué, Jean NDLR) obtient la permission d’ériger à Jérusalem, un gymnase et un ephebeum*, l’octroi aux habitants de Jérusalem de privilèges et le titre de citoyens d’Antioche. A ce dernier titre seul, il a promis de payer 150 talents », nous dit Jewish Encyclopedia (2). Pendant les trois années de l’administration de Jason, il fit de l’excès de zèle : « Une délégation est envoyée aux Jeux Olympiques de Tyr pour faire un sacrifice à Hercule ». Pourtant, Jason est déposé par Antiochus IV Epiphane à la fin de la troisième année de service (-174 à -171). Pourquoi ? Les Tobiades le jugeaient encore trop attaché au judaïsme et préféraient y déléguer Ménélas à sa place. Malgré l’excès de zèle dont il fit preuve, : ainsi, « ne délégation est envoyée aux Jeux Olympiques de Tyr pour faire un sacrifice à Hercule ». Fureur du peuple de Jérusalem, qui manifeste car à tout prendre, il lui préfère Jason, pour lequel la situation a un goût de triomphe, qui sera de courte durée.

En -172, Antiochus IV nomme donc un certain Ménélas, membre du clan des Tobiades, à la charge de grand-prêtre alors qu’il n’est même pas prêtre. L’origine de Ménélas n’est pas claire : est-il comme le croit Maccabées II, « frère de Simon qui avait dénoncé Onias III à Antiochus IV Epiphane » (Jewish Encyclopedia) ? « Ayant été envoyé à Antiochus pour payer le tribut annuel, il en profita pour surenchérir sur Jason (…) Un officier nommé Sostrates fut envoyé par Antiochos avec une troupe de soldats pour vaincre toute opposition des adeptes du grand prêtre Jason déchu et recueillir en même temps la somme que Ménélas avait promis. »

Menelas succède donc à Jason comme grand-prêtre et pour une durée de dix ans (-171 à -161). Que fit-il ? Il « s’empara des vases sacrés du Temple afin de satisfaire à ses nouvelles obligations pécuniaires, écrit Jewish Encyclopedia. Cet acte sacrilège, considéré par les Grecs comme odieux, parvint aux oreilles d’Onias III, le grand-prêtre déchu, qui l’accusa publiquement de voler le Temple. Ce dernier, apeuré des conséquences de cette accusation, décida de se débarrasser d’Onias avant que la plainte n’ait été déposée auprès du roi. Ménélas continua à piller les trésors du Temple jusqu’à ce que la population outrée de ces actes, manifeste sur la voie publique avec violence. Son frère Lysimaque trouva la mort. Ménélas introduisit alors devant le roi une accusation contre le peuple de Jérusalem, accusé d’être pro-égyptien (…) Cette accusation provoqua l’exécution de plusieurs Juifs ».

Prompts à s’enflammer devant les outrances et les actes contre-nature du pseudo Grand-Ptrêtre, les Jérusalmites voulurent chasser Ménélas de son trône et rétablir Jason à sa place. Or, Jason qui n’avait pas abandonné ses prétentions à la grande-prêtrise, « réussit à se rendre maître de Jérusalem et força Ménélas à se réfugier dans la citadelle. Antiochus jugea que cette procédure était un affront à sa Majesté, marcha contre Jérusalem, massacra ses habitants et pilla le Temple, assisté par Ménélas. Selon II Maccabées, Ménélas persuada Antiochus IV Epiphane d’helléniser le culte juif, ce qui provoquera alors le soulèvement des Judéens. »

« Antiochus IV Epiphane, forcé par les Romains d’abandonner sa campagne contre l’Égypte, saisit l’occasion offerte par le soulèvement favorable à Jason, pour marcher contre Jérusalem. » Quand la ville fut reprise, Jason fuya vers les fils d’Ammon. Le livre 1 des Maccabées (1, 16) conte ainsi cette portion d’histoire : « Il monte contre Israël et contre Ieroushalaîm avec un peuple lourd. Il vient au sanctuaire avec orgueil, prend l’autel d’or, le candélabre de lumière et tous ses objets, la table des rangées, les gobelets, les aiguières, les cassolettes d’or, le rideau, les couronnes, les ornements d’or sur la façade du palais et enlève le tout. Il prend l’argent et l’or, tous les objets précieux, il prend les trésors cachés qu’il trouve. Ayant tout pris, il retourne vers sa terre, fait une grande tuerie et parle avec beaucoup d’orgueil. C’est un grand deuil en Israël, en tous lieux. » L’historien français Fadiey Lovsky (2) raconte encore : « Un an plus tard, à la faveur d’un sabbat, les troupes gréco-syriennes renouvelaient le pillage et le massacre, détruisaient l’enceinte de la ville et installaient un «intellectuel» grec, chargé de seconder l’action militaire par une «mise au pas» religieuse et morale. On aurait étonné le roi en parlant de persécution religieuse ; il pensait briser l’opposition «arriérée» à une fusion assimilatrice qui, espérait-il, provoquerait le ralliement des Juifs à la civilisation commune. »

Pour s’être opposé à cette nomination, Onias III le paye de sa vie. Après sa fuite à Sparte et son retour à Antioche où il vit en exil, il meurt assassiné à Daphné, dans la périphérie d’Antioche au début de -170. Le fils d’Onias III, Onias IV, s’enfuit pour sa part  en Égypte. Là, grâce au roi Ptolémée VI Philométor (181-145) et à sa femme Cléopâtre II, il s’établit sur un territoire au sud du Delta, la « terre d’Onias ». Il fonda la cité de Léontopolis. Chef d’une unité militaire juive autonome, il construisit un temple et créa une dynastie. Le temple ne disparut qu’en 73 de notre ère, détruit par les Romains sur ordre de Vespasien.

(1) Jewish Encyclopedia

(2) Fadiey Lovsky, Antisémitisme et mystère d’Israël, 1955 

* Epiphane, est le surnom que se donne le roi Antiochus IV: Il veut dire ‘Dieu visible’ ou ‘illustre’, nous indique Marianne Picard mais les Juifs le surnomment Epimane (le fou) selon Marianne Picard, Juifs et judaisme, PACEJ, Editions Polyglottes, 1987 Epimane (le fou) selon Marianne Picard, Juifs et judaisme, PACEJ, Editions Polyglottes, 1987

* L’ephebeum était une partie du gymnase où les moins de seize ans s’assemblaient pour faire des exercices physiques