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Le conflit des fils d’Alexandre Yanaï attire le voisin nabatéen et l’empereur romain Pompée (208)

Soixante-dix ans après avoir déclenché la lutte contre les Gréco-syriens, la mort de la régente Alexandra à 73 ans, après neuf ans de règne, provoqua le retour des guerres fratricides entre hasmonéens, le fougueux Aristobule II et le faible Hyrcan II. Craignant qu’Hyrcan ne soit désigné comme successeur par Alexandra, Aristobule II se constitue une armée avec ce que les Sadducéens peuvent lui apporter comme soldats. Hyrcan a pour lui les Pharisiens et les mercenaires. Leurs troupes respectives s’affrontent à Jéricho. Hyrcan perdit la bataille, s’enfuit à Jérusalem où il se rendit. Les frères mirent fin à l’embrouillamini familial et se reconciliérent en se répartissant les pouvoirs : A Aristobule la royauté et à Hyrcan la grande prêtrise. Pour sceller le traité, le fils d’Aristobule épousa la fille d’Hyrcan, Alexandra.

Cette guerre entre les deux frères est reprise dans le Talmud (Taanit 23a) avec l’épisode de Honi HaMeaguel (source Wikipedi)a. Ce sage de la Thora était considéré comme un faiseur de miracles depuis qu’à la demande du peuple souffrant de famine, ses prières répétées et pressantes aboutissent, après des péripéties, à la pluie, tant souhaitée. Ce sage mourut un jour et selon Flavius Josephe, dans son livre Antiquités Juives, dans des conditions dramatiques. Hyrcanus II fit venir de force le sage Honi et exigea de lui qu’il prie pour la défaite de l’autre parti. Le sage refusa et fut aussitôt exécuté. Cette anecdote illustre la réalité crue du conflit entre les deux frères.

Mais bientôt un autre personnage allait faire son entrée sur la scène politique : Antipater, issu d’une noble famille d’Idumée, contrainte vers -134 par Jean Hyrcanus à la conversion et qui avait été gouverneur de l’Idumée sous le règne d’Alexandre et de sa veuve. Manipulateur, il convainquit Hyrcan de se réfugier à Petra (Idumée) et de solliciter l’aide du roi des Nabatéens, Arétas. Celui-ci exigea en retour la récupération de quelques villes conquises jadis par le roi Yannai. Marché conclu. Le roi se rendit en Judée avec une armée de 50.000 hommes, avec les partisans d’Hyrcan. Au printemps, Arétas assiégea Jérusalem. L’historien Heinrich Graetz (1) explique: « Le siège dura plusieurs mois, la solidité des murs suppléant à la faiblesse des guerriers d’Aristobule. »

Le bruit de cette guerre fratricide parvint aux oreilles de Rome qui tourna son regard de convoitises vers la Judée. Objectif : en faire la vassale. « Pompée avait déposé en – 64 la dynastie séleucide », précise Claude Simon Mimouni (2). Et le voilà donc en force pour emporter la partie en Judée. Son bras armé en orient, Scaurus, légat de Pompée, avide de gloires et d’argent faciles en Orient, jeta son dévolu sur la Judée, si divisée. Les frères ennemis lui envoyèrent des députations et des cadeaux. « Les présents d’Aristobule l’emportèrent. En effet, il lui avait apporté quatre cents talents, tandis que Hyrcan, ou plutôt Antipater, s’était borné à des promesses. Mais Arétas le nabatéen, était là.  Scaurus exigea qu’il lève aussitôt le siège de Jérusalem, le menaçant, en cas de refus, de la colère de Rome. » Arétas obéit et retourna dans son pays avec son armée, poursuivi par les troupes d’Aristobule. Selon Graetz, Aristobule adressa un somptueux présent à Pompée : une vigne d’or, d’une valeur de 500 talents, que le roi Alexandre avait fait faire pour orner le temple. Pompée envoya cette oeuvre d’art à Rome, où on la plaça dans le temple de Jupiter Capitolin, au grand dam des Judéens pieux.

Pompée déclara aux envoyés des frères ennemis, Antipater et Nicodème, que leurs maîtres devaient comparaître en personne devant lui à Damas. Les deux princes obtempérèrent. Hyrcan invoqua son droit d’aînesse ; Aristobule prétendit être le plus digne du pouvoir. Un troisième parti s’était présenté devant Pompée : il venait défendre les droits du peuple vis-à-vis des princes ennemis, qui voulaient placer le pays uniquement sous le régime de la Loi et se plaignaient surtout des derniers Hasmonéens, qui avaient changé la constitution judaïque et remplacé le pontificat par une monarchie oppressive. Mr Mimouni (2) écrit à propos de ce troisième parti en citant Flavius Josephe : « Le peuple n’était d’accord ni avec l’un ni avec l’autre, demandant à ne pas avoir de rois car la tradition était d’obéir aux prêtres du Dieu qu’ils honoraient et ces hommes qui descendaient des prêtres qu’ils avaient voulu amener  le peuple à changer de gouvernement pour le réduire en servitude. »  Peter Schäfer (3) conclut que « la pierre du conflit est donc la forme de gouvernement et la royauté introduite au plus tard par Alexander Yannai. (…) Vers la fin de l’automne  63 avant JC, Pompée enlevait la colline du Temple par le nord et réduisait tout Jérusalem à l’autorité romaine ».

Pompée n’écouta ni les uns ni les autres. Gabinius, légat de Pompée, partit avec Aristobule pour prendre possession de Jérusalem et faire main basse sur l’argent qu’il pouvait récupérer sur place. Mais les patriotes judéens s’opposèrent à ces projets et lui fermèrent les portes de la ville. Nouveau siège pour Jérusalem, qui n’en demandait pas tant. Pompée s’avança avec son armée et la ville lui fut livrée par un parti qui s’y était formé, « le parti du pain à tout prix » selon l’expression de Graetz. Mais les patriotes se retirèrent sur la colline du Temple, coupèrent le pont qui le reliait à la ville et s’y défendirent. Pompée dut faire un siège en règle. Il fit venir des machines de Tyr pour abattre les murailles  et combler les fossés avec des arbres amenés. Le siège traîna pendant quelques mois. Un jour de sabbat (mois de sivan, juin 63), une des tours du temple fut terrassée, ouvrant une brèche, par où les Romains se précipitèrent. Graetz affirme qu’« en ce jour, environ 12.000 hommes de Juda périrent. » L’historien Mimouni précise pour sa part en se référant aux écrits de Flavius Josephe, qu’à cette occasion, « Pompée pénétra au Temple dans le Saint des Saints avant d’ordonner pour le lendemain  la purification du sanctuaire et la reprise des rites ». Marianne Picard (4) indique pour sa part que « Pompée, très impressionné par le silence et l’absence d’images dans le Temple, ne toucha pas au Beth Hamigdach où il pénétra en -63 le jour de Kippour. »

Pompée enleva à Hyrcan le titre de roi, ne lui laissant que la dignité de grand prêtre et le titre d’ethnarque. Il le plaça sous la curatelle d’Antipater, qui fut nommé administrateur du pays. Les murailles de Jérusalem furent abattues et la Judée dut rentrer dans les étroites frontières du temps précédant les Hasmonéens. Pompée érigea en villes libres les cités de la côte habitées par les Grecs, les abandonnant à leurs anciens habitants. Les villes jadis incorporées à la Judée furent placées sous la juridiction du gouverneur de la Syrie. Comble de l’humiliation : Pompée fait défiler en -61 à Rome Aristobule, son fils Antigone, ses deux filles et son oncle Absalon. Flaccus mit la main sur la collecte de l’impôt du demi-shekel des communautés judéennes, provenant de certaines contrées, s’élevant environ à deux cents livres d’or. Il prétendait selon Graetz, qu’un décret du sénat qui défendait les sorties d’or des provinces romaines.

Après le départ de Pompée, Antipater maintint l’alliance avec Rome afin d’avoir un appui contre la haine du peuple de Judée. Alexandre II, l’aîné des fils d’Aristobule, s’enfuit de Rome, où il était retenu captif, et arriva en Judée. Il parvint à réunir 10.000 fantassins et 1.500 cavaliers, qu’il mena contre Jérusalem. Antipater quitta la ville. Alexandre crut bon de fortifier les citadelles d’Alexandrion, d’Hyrcanion et de Machérous en -59. Mais Aulus Gabinius réagit efficacement d’abord en mettant fin à la tentative d’Alexandre qu’il exila à Rome, puis en affaiblissant la Judée en  décrétant en que la Judée soit divisée administrativement et que le pays soit divisé en cinq territoires, ayant chacun son Sanhédrin (Sanhédrion) : Jérusalem, Gazara, Emmaüs, Jéricho et Sepphoris. « A la tête de ces sanhédrins, précise Graetz, on mit des Judéens dévoués aux Romains, sans doute choisis parmi l’aristocratie sadducéenne, qui ménageait Rome ». Mais l’oppression romaine provoqua des soulèvements d’Aristobule puis de son fils Alexandre qui tournèrent court.

Rome vit l’alliance de Jules César, Pompée et Crassus. Une alliance de courte durée. Crassus voulut se rendre à Jérusalem pour s’emparer du trésor du temple (les deux mille talents auxquels Pompée n’avait pas voulu toucher). Graetz : « Pour satisfaire sa cupidité, le pieux Éléazar, le trésorier, lui remit une poutre d’or du poids de trois cents mines, qui, grâce à un revêtement de bois habilement travaillé, était restée ignorée des autres prêtres. Crassus promit solennellement de ne pas toucher au reste du trésor. Mais qu’était-ce, pour un Romain, qu’un serment à des Judéens ? Il prit la poutre, les deux mille talents et les vases d’or du temple, qui valaient environ huit mille talents (54). » Aristobule, captif à Rome,  caressait l’espoir de remonter sur le trône de ses pères et de rejeter le traître Antipater. Pour affaiblir l’influence de Pompée, César avait rendu la liberté à Aristobule et lui avait confié deux légions p

Aristobule II fut Grand Prêtre et roi de Judée de -66 à -63. Source : Gravure de Guillaume Rouille (1518?-1589) — « Promptuarii Iconum Insigniorum »

our faire basculer la Judée et la Syrie en sa faveur. Mais les partisans de Pompée empoisonnèrent Aristobule et décapitèrent son fils aîné, Alexandre.

Mais Pompée mort en Egypte, Antipater se rangea du côté de César et le souteint contre les partisans de Pompée. Il pourvit à tous les besoins de l’armée de secours amenée par Mithridate, roi de Pergame, auquel il ajouta 3.000 Judéens. Aux Judéens d’Égypte formant la garnison d’Onion, Antipater leur montra une lettre du grand prêtre Hyrcan, qui les rassura et les fit basculer en faveur de César à un moment clé. Antipater contribua ainsi à la victoire finale en -48 de César, En récompense de ses services, César le fit citoyen romain, l’exempta, lui et sa famille, de tout impôt et le nomma gouverneur de la Judée. Graetz : « Par complaisance pour Antipater, César confirma Hyrcan dans sa dignité de grand prêtre et d’ethnarque et accorda quelques faveurs à la Judée elle-même. Il lui permit de reconstruire les murs de Jérusalem et de reprendre les territoires qui lui avaient appartenu, comme la Galilée, les villes de la plaine de Jezréel et Lydda. Les Judéens furent dispensés des lourdes charges liées au cantonnement des légions romaines dans leurs quartiers d’hiver. Cependant les propriétaires de biens-fonds étaient obligés, tous les deux ans, de fournir le quart de leur récolte pour les besoins des troupes. Ils n’étaient dispensés de cet impôt en nature qu’à l’année sabbatique où les champs restent sans culture. (…) les Judéens d’Alexandrie obtinrent confirmation de leurs droits politiques et de leurs privilèges, entre autres notamment celui d’être gouvernés par un chef de leur nation (ethnarque, alabarque) et d’être placés sous sa juridiction. Le décret de César qui confirmait ces privilèges fut gravé, par son ordre, sur une colonne. »

 

  1. Heinrich Graetz, Histoire des Juifs
  2. Claude Simon Mimouni, Le Judaisme Ancien, PUF 2012
  3. Peter Schäfer, Histoire des Juifs dans l’antiquité, éditions du Cerf, mai 1989
  4. Marianne Picard, Juifs et Judaisme, PACEJ, 1987

 

 

Hyrcanus II permit à Hérode de devenir roi de Judée