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Le boum économique et l’inégalité sociale dégradent les mœurs des deux royaumes (108)

Le logo du site histoirejuive.fr, dédié à l'histoire antique et moderne du peuple juif

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Israël a accès à la puissance économique : il commerce avec le marché araméen, la Galilée est en relations commerciales avec la Phénicie. Le commerce régional s’envole. André Néher est l’historien qui exprime le mieux ces bouleversements économiques : « Les Hébreux arrivent sinon à supplanter, du moins à
concurrencer sérieusement les marchands phéniciens sur terre. Tout le marché araméen est absorbé par Israël et Juda, et des liaisons régulières s’établissent avec la Philistie et l’Egypte. Celle-ci fournit des chevaux, des chars, des objets d’industrie (…) Aram écoule massivement en Israël des objets d’art » selon André Néher*.
Ce développement va de pair avec l’accroissement de l’inégalité sociale. Alors que sur le plan international, l’horizon va s’assombrir, avec la montée en force de l’Assyrie, le royaume du nord, le plus exposé après la Syrie, ne se renforce pas et semble même se dissoudre peu à peu socialement. Heinrich Graetz**, l’historien allemand, en donne une singulière description : « Affamés par-dessus tout de s’enrichir, les princes cherchèrent à s’emparer des champs, des vignes ou des troupeaux des habitants de la campagne et à étendre leurs possessions. Peu à peu ils eurent de vastes domaines, qu’ils firent cultiver par des esclaves ou par des pauvres qu’ils avaient réduits à la servitude. Ils ne craignirent point de vendre les enfants de malheureux débiteurs qui n’avaient pu se libérer ou de les employer à tourner leurs meules. »
A ces disparités sociales, s’ajoute selon le même Graetz, la dépravation morale : « Dans leur capitale Samarie, la sensualité la plus illimitée non seulement n’était pas prohibée, mais encore était, jusqu’à certain point, tenue pour sacrée et faisait partie des rites religieux. Le vin et la débauche avaient perverti l’esprit des grands au point qu’ils demandaient au bois des oracles et au bâton la révélation de l’avenir. »
Mais ce qui était l’apanage du royaume du nord s’étend peu à peu au royaume du sud. « L’immonde idolâtrie, les écarts sexuels, l’intempérance, l’orgueil et le mépris du droit devinrent communs chez les deux peuples. C’est précisément à cette époque de décadence, sous les rois Joathan de Juda et Phacée d’Israël, que surgirent plusieurs hommes de Dieu, qui stigmatisèrent la corruption des grands par des paroles de flamme. Ils formèrent la troisième génération de prophètes, après Élie, Élisée, Amos, Joël et Osée. Le plus grand parmi eux fut Isaïe, fils d’Amoz, de Jérusalem. » Graetz poursuit sa description : « Il portait le costume ordinaire des prophètes, un cilice en poil de chèvre (sak). . Durant plus de quarante années (755-710), il remplit sa mission prophétique avec une entière abnégation, une persévérance infatigable et exempte de crainte. Dans des circonstances d’une haute gravité, où tous, petits et grands, princes et roi, désespéraient, il se montra plein de confiance dans la victoire et sut rallumer l’étincelle de l’espérance et du courage. »
Isaïe apparut à la mort d’Osias (755) à 30 ans. Comme le conte Graetz, « sa vie semble avoir été jusque-là toute mondaine et livrée aux femmes, dont il put ainsi dépeindre le luxe avec tant de détails. (…) Dans un discours, il s’adressa plus spécialement aux princes de Juda, il leur mit sous les yeux l’image de leur folie et de leur démence. Il fit ressortir la signification idéale du peuple d’Israël, de la loi qu’il avait à pratiquer et du Temple qui devait en être le signe visible. »
*Histoire biblique du peuple d’Israël, André et Renée Neher, Adrien Maisonneuve Editeur, 1996
**Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76

Mise en ligne : 6 octobre 2014- Version 1- Israël Antique-Exil 6-108