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L’assemblée exige moins de taxes du roi, qui s’y refuse et brutalise les Anciens (76)

Roboam, fils de Salomon, va à Sichem pour faire avaliser par les Anciens sa succession mais maladroit, il rejette leurs demandes avec mépris, les chasse et fait donner la troupe Photo de Datuopinion

Roboam, fils de Salomon, va à Sichem pour faire avaliser par les Anciens sa succession mais maladroit, il rejette leurs demandes avec mépris, les chasse et fait donner la troupe
Photo de Hans Holbein The Younger

La cérémonie d’investiture populaire du successeur de Salomon, son fils aîné Roboam (fils de Naamah, la moabite), se déroule à Sichem en présence des prêtres, de dignitaires du royaume et des Anciens, chefs de tribus etc. Le choix de la ville est tout un symbole : le roi quitte Jérusalem et se rend dans le nord, traditionnel antagoniste du sud davidien. Parmi les présents, Jéroboam, rentré d’Egypte à l’annonce de la mort du roi Salomon. Parmi eux aussi, le prophète Ahya, avec ses revendications religieuses et ses critiques sur la dérive spirituelle du régime. « Une assemblée qui passe contrat avec le nouveau souverain » (Neher*). On assiste en fait moins à un concert de doléances qui aboutit à une exigence : le peuple pose ses conditions à sa soumission. Alex Israel** nous explique, en citant Sanhedrin 102a, que selon un tanna expliquant une parole de Rabbi Yose, « la ville de Sichem est un lieu de tragédie. Là Joseph fut venu par ses frères, là le royaume de David fut divisé. » On pourrait aussi évoquer le viol de Dina, la fille de Jacob. C’est donc une assemblée revendicative qui accueille le successeur désigné du roi Salomon. Neher affirme : « L’assemblée du peuple avait ainsi pour objet en fin de compte le choix entre les deux prétendants au trône. Roboam n’avait pour lui que le droit héréditaire tandis que Jéroboam était auréolé par une investiture prophétique, bien plus conforme aux tendances profondes du droit de l’antique Israël. » Et que disent-ils alors à Roboam ?
« Ton père a rendu notre joug dur; toi maintenant, allège cette rude servitude et le joug pesant que nous a imposé ton père. Et nous te servirons » (Rois I 12,4). Roboam consulte les anciens qui lui conseillent : « Si aujourd’hui tu rends service à ce peuple, si tu leur cèdes, et si tu leur réponds par des paroles bienveillantes, ils seront pour toujours tes serviteurs » (Rois I, 12, 7). Au lieu d’interroger l’Eternel, Roboam consulte ensuite ses jeunes conseillers, amateurs de plaisirs, qui le poussent à la manière forte : « Maintenant, mon père vous a chargés d’un joug pesant, et moi je vous le rendrai plus pesant; mon père vous a châtiés avec des fouets, et moi je vous châtierai avec des scorpions (fouets dont les lanières sont munies de clous (Arthur Weil***) » (Rois I 12,11). Roboam répond donc durement au peuple.
Apparemment, dès l’assemblée convoquée, le peuple demande à Jéroboam de rentrer d’Egypte. On lui demande même d’aborder lui-même les questions fiscales avec le roi. Le roi Roboam demande à gagner du temps. Il se donne un délai de 3 jours pour répondre aux doléances. Ses conseillers sont divisés : les plus anciens lui disent : accepte toutes les revendications et n’en satisfait aucune. Les plus jeunes lui prêchent la dureté. Roboam accumule donc les maladresses en misant sur les conseils « incendiaires » (Alex Israël) de ses jeunes conseillers. Roboam répond de façon vulgaire : « Mon petit doigt est plus fort que n’étaient les reins de mon père ! S’il vous a châtiés avec des verges, moi je vous flagellerai avec des scorpions. » Comme le conte encore Neher, l’assemblée vota le jour même une adresse : « Qu’avons-nous en commun avec David, en héritage avec le fils de Ichaie ? A tes tentes ô Israël ! Allons, veille tout seul à ta maison, David ! » La réaction de Roboam fut catastrophique : il envoya la troupe, ce qui provoqua une révolte armée. Pire encore, Roboam nomma Adorinam, le surintendant des corvées et comme tel détesté, à la tête de ses troupes. Il fut lapidé. Roboam s’enfuit à Jérusalem. La rupture était désormais irréparable. Pour autant, le roi Roboam n’est pas complètement négatif : il ne mobilise pas ses troupes pour contrarier la sécession et remettre tout en ordre. Alex Israël précise : Et quand le prophète Shemaiah lui dit que cette division est une décision divine, il s’incline. Noble attitude sachant qu’il perd la majeure partie de son royaume.

* Histoire biblique du peuple d’Israël d’André et Renée Neher chez Adrien Maisonneuve Editeur, 1996
** Kings 1 Torn in two, de Alex Israel chez Koren Publishing, 2013 *** Histoire Sainte Illustrée, Arthur Weil, Editions Victor Goldschmidt, Bâle, 1969

Mise en ligne : 7 septembre 2014- Version 1- Israël Antique – Le schisme 5-76