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La rencontre d’Alexandre et de Shimon HaTsadik évite l’effusion de sang et une nouvelle destruction de Jérusalem (178)

Nul ne conteste la rencontre entre Alexandre et le Grand-prêtre de Jérusalem, huitième à officier au début du second temple vers le 3ème siècle avant l’ère courante. Mais si Flavius Josephe (1) et la littérature rabbinique indiquent qu’elle eut lieu à Jérusalem, qu’Alexandre se prosterna devant le Cohen Gadol et qu’il ait offert un sacrifice au Temple, Pierre Schäfer (2) y voit un effet de ce qu’il appelle la propagande juive : « Cette narration est en grande partie une légende dépourvue de valeur historique », sert « à alléguer la supériorité du dieu juif, et se range donc dans le domaine de la propagande religieuse ».

Pourtant, Schäfer reconnaît lui-même que le Talmud n’a jamais évoqué une telle rencontre à Jérusalem. Selon lui, ils se retrouvèrent dans la plaine côtière à Antipatris (l’actuel ville israélienne Kfar Saba), la délégation de dignitaires religieux juifs venant à sa rencontre (et non l’inverse). Selon le même historien, Alexandre ne serait pas intervenu dans la gestion des affaires du pays, poursuivant la politique d’autonomie mise en vigueur par les Perses. L’historien américain Mattis Kantor, auteur d’une chronologie de l’histoire juive (3), affirme que les Cuthéens (Kittim, qu’on appelle ailleurs les Samaritains) reçurent d’abord Alexandre et lui demandèrent la permission de détruire le Temple de Jérusalem, arguant que c’était là un foyer de rébellion contre les Grecs. Convaincu par ses arguments, elui-ci aurait acquiescé.

Mais quand Alexandre le Grand pénétra en Judée en l’an 333, le Cohen Gadol, Shimon Hatsadik vint le 25 Tevet selon Mattis Kantor, à sa rencontre, revêtu de sa robe sacerdotale blanche qu’il revêtait uniquement lors de la fête de Yom Kippour et jamais à l’extérieur du Temple, écrit le Talmud (Yoma 69). Il était accompagné de compagnons, l’entourant à pied et tenant des torches. Dès que le macédonien vit le souverain, il arrêta sa monture, descendit de son char et s’inclina respectueusement devant lui. Devant son escorte médusée et stupéfaite pour cette déférence face à celui qui n’était qu’un être inférieur aux Grecs, il rétorqua qu’il avait eu une vision nocturne du grand prêtre, et que celui-ci lui prédisait sa victoire dans son offensive en Asie et qu’avant chaque bataille, le visage de cet homme lui apparaissait.

Le moment de fascination passée, Alexandre exigea que sa statue soit placée dans le Temple mais le Grand Prêtre lui expliqua que c’était impossible face à la sainteté du lieu. Shimon lui proposa en échange que tous les fils nés des Cohanim de l’année en cours adoptent son prénom Alexandre, et que l’ère séleucide soit introduite dans la datation hébraïque en cette année où Alexandre sortit victorieux de Judée. L’historien Stéphane Encel (4) indique qu’ «on lui montra alors le livre de Daniel (écrit bien plus tard) annonçant qu’un prince grec détruirait l’empire des Perses. Pour finir, Alexandre accéda à la requête des Juifs : vivre selon leur loi, en Judée comme en diaspora et une exemption fiscale sabbatique (la septième année, année de la Chemita NDLR) ; il assura également que la religion d’Israël serait respectée au sein de l’armée, ce qui encouragea les Juifs à s’enrôler ».

Ce fut le début de ce qu’on appela le « Minyan Shtarot », première année où tous les documents légaux de Judée ont revêtu l’année en cours. Ce système débuta le 1er tishri 3449 et, selon Mattis Kantor, était encore en vigueur 1500 ans plus tard. Lors de cette visite du Beth Hamigdach, l’empereur aurait alors retiré son soutien de départ aux Cuthéens pour détruire le Temple de Jérusalem. Depuis, le 25 Tevet est appelé Yom Haguezirim. Alexandre aurait accordé à ses interlocuteurs judéens de faire au temple samaritain ce que les Cuthéens avaient demandé : qu’il soit détruit.

Durant son mandat de Cohen Gadol qui dura quarante ans et de chef du Sanhedrin, Shimon Le Juste vit sept miracles se produire , rapporte Jewish Encyclopedia (5) : « les bénédictions (1) sur les premiers-fruits, (2) sur les deux pains sacrificiels et (3) sur les miches de pains se maintinrent et chaque prêtre reçut une part de la taille de l’olive, qu’il mangea et en fut rassasié, sans même avoir tout consommé ; (4) la part réservée à Dieu (voir Lévitique xvi. 8) vint toujours dans la main droite ; (5) le fil rouge autour du cou du Bélier devint invariablement blanc le jour des Expiations (Yom Kippour), signe de la pureté d’Israël ; (6) la lumière dans le Temple n’a jamais manqué ; et (7) le feu sur l’autel se contenta de peu de bois pour rester brûlant (Yoma 39 b) ».

Signe de la souplesse relative des Grecs, l’autorité administrative de Judée eut même, selon Pierre Schäfer, un gouverneur perse dénommé Bessos entre 329 et 325 avant JC. Toutefois, des pièces de monnaie frappées au nom d’Alexandre le Grand, furent introduites. Gloire de courte durée, car Alexandre mourut à 33 ans à Babylone, après son retour d’Inde (le 10 juin 323 avant l’ère courante), au faîte de sa gloire. Mattis Kantor (4) indique « toutes les archives de Judée qui avaient été confisquées par les Babyloniens (en -423) furent transférées à Aristote, mentor d’Alexandre. »

(1) Flavius Josephe, Antiquités Juives

(2) p 16, Pierre Schäfer, Histoire des Juifs de l’antiquité, éditions du Cerf, 2007

(3) The Jewish Timeline Encyclopdia, Mattis Kantor, A Jason Aronnson book, Bowman Littlefield Publishers, 1992

(4) Stéphane Encel, Les Hébreux, Armand Colin, 2009

(5) Jewish Encyclopedia

Alexandre le Grand a toujours séduit le monde rabbinique. Un livre de Rav Sadin: alexandre le grand et les sages d'Israel

Alexandre le Grand a toujours séduit le monde rabbinique. Un livre de Rav Sadin: alexandre le grand et les sages d’Israel