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La nouvelle offensive de Nabuchodonosor plonge Juda dans le désarroi (128)

Le prophète Jérémie dicte à son secrétaire Baruch ses prophéties Gravure de Gustave Doré

Le prophète Jérémie dicte à son secrétaire Baruch ses prophéties
Gravure de Gustave Doré

A nouveau, les troupes de Babylone sont aux portes de Jérusalem. Après Sennacherib, Nabuchodonosor. Après la bévue d’un roi, l’erreur d’appréciation d’un autre.

Comment s’étonner de la complainte du prophète Jérémie, décrite par l’historien allemand Heinrich Graetz : « Le roi Nabuchodonosor lança une nouvelle guerre de conquête. L’Assyrie araméenne ou Syrie, morcelée en petits États, se soumit apparemment sans résistance, puis ce fut le tour de la Phénicie, dont le prince Ithobat II devint également vassal de Nabuchodonosor. Mais l’objectif véritable de Nabuchodnosor, c’était l’Égypte. Joachim était bercé de promesses par l’Egypte, comme au temps d’Ézéchias, et menacé de devenir le champ de bataille des deux puissances. (…) Dans l’attente des renforts d’Égypte ou d’un miracle, Joachim et ses conseillers remettaient d’un jour à l’autre leur décision. Dans l’universelle inquiétude, on fit proclamer un jeûne pour le neuvième mois (hiver 600), et le pays tout entier fut appelé à Jérusalem, pour y supplier Dieu de sauver Juda. »

Jérémie va poursuivre ses imprécations et prédictions pendant des années. Quand la soldatesque ennemie est à quelques kilomètres de Jérusalem, le peuple est dans le plus grand désarroi, comme le conte Graetz* : « L’agitation du peuple était extrême ; anxieux au dernier point, il afflua sur la place du temple, comme si elle eût dû lui offrir un refuge assuré. Jérémie dit à son disciple Baruch de mettre par écrit le discours prophétique où, plusieurs années auparavant, il avait parlé de l’empire chaldéen, alors nouveau, et annoncé que son irrésistible puissance subjuguerait toutes les nations établies autour de Juda et Juda lui-même. Baruch obéit, traça la prédiction dans un rouleau. Jérémie lui commanda ensuite d’aller en faire lecture devant le temple, à tout le peuple assemblé de la capitale et de la province : il ne pouvait, ajouta-t-il, le faire lui-même, Baruch devait le remplacer. Ce message (…) fit une impression profonde. La foule en fut bouleversée. Un jeune homme, qui se trouvait également sur la place du temple, Michée, fils de Ghemaria, vola auprès des princes réunis dans une salle du palais et, sous le coup de son émoi, leur fit part de ce qu’il venait d’entendre. Non moins troublés, ils invitèrent Baruch à lire une seconde fois, eux présents, le texte qui confirmait la prophétie de son maître. Chaque mot les atteignit au cœur, l’angoisse les saisit. Ils résolurent d’avertir le roi, dans la pensée qu’il partagerait leur émotion et renoncerait à toute idée de résistance. »

Selon l’expression, la population de Juda et de Jérusalem ne savait pas à quel saint se vouer. Le siège de Jérusalem débuta en 588 avant JC et prit fin un an et demi après, avec la mise à mort des fils de Sédécias et le spectacle écœurant des yeux crevés de Sédécias, régent de Juda. Comme l’indique l’historien français Stéphane Encel, Les Hébreux**, « Jérusalem avait été un centre religieux, politique et économique, renforcé par les différentes réformes et la centralisation du pouvoir, sa chute a signifié l’effondrement du royaume, et d’abord au niveau démographique ».

*Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76
**Stéphane Encel, Les Hébreux, Armand Colin, 2009
Mise en ligne : 6 octobre 2014- Version 1- Israël Antique-Exil 6-128