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La crise mine l’empire du roi Salomon (65)

Le roi Salomon se met aux cultes idolâtres Gravure de F.B. Schell tirée de ‘Bible Story’ de Charles Foster

Le roi Salomon se met aux cultes idolâtres Gravure de F.B. Schell tirée de ‘Bible Story’ de Charles Foster

Le roi Hiram de Phénicie coopéra avec le roi Salomon mais fut déçu du rendement des vingt villes du nord d'Israël que le roi Salomon, endetté auprès de lui, lui céda

Le roi Hiram de Phénicie coopéra avec le roi Salomon mais fut déçu du rendement des vingt villes du nord d’Israël que le roi Salomon, endetté auprès de lui, lui céda

L’orgueil tiré de la construction du Beth Amigdach et de la splendeur de son règne, suscita les critiques des Tannaim, les Sages de la Thora. La construction de ce magnifique édifice, disaient-ils, a rempli Salomon de fierté, selon Jewish Encyclopedia. Aussi, quand il inaugura le sanctuaire de l’arche de l’Alliance, les portes ne se sont pas ouvertes. Salomon a ensuite récité 24 hymnes, en vain. Ensuite, il a chanté: « Lève la tête, O ye portes et le Roi de Gloire entrera  » (Psaume xxiv. 7). Les portes, pensant que Salomon parlait de lui-même « Roi de gloire » étaient sur le point de tomber sur la tête, quand elles lui ont demandé, « Qui est ce Roi de gloire? » Salomon répondit: « Le Seigneur fort et puissant » etc. Il a ensuite prié: « Ô Seigneur Dieu, ne détourne pas la face de ton oint, n’oublie pas la miséricorde de David ton serviteur » (II Chroniques. vi. 42). Alors seulement les portes du Sanctuaire se sont-elles ouvertes et l’Arche a-t-elle été admise (Shabbat. 30 a). Enfin, s’agissant de sa sagesse, Laurent Cohen*, dans son livre sur le roi Salomon écrit : « En lui suscitant ces deux femmes (les deux prostituées), Dieu fait à Salomon cette allusion : qu’il ne s’enorgueillisse devant nul être humain. »
L’historien allemand Heinrich Graetz* enfonce le clou : « Salomon était heureusement doué. Cependant, il commit plus d’une faute. La plupart sont dues à l’idée exagérée qu’il se faisait de la dignité royale. A l’exemple de ses voisins, le roi de Tyr et celui d’Égypte, avec lesquels il entretenait d’actives relations, il s’imaginait, — prétention outrée pour un mortel, — que le roi est l’âme, le centre, la personnification de l’État, que le roi est tout et le peuple rien. Ce fut là la pierre d’achoppement de la sagesse de Salomon. Et ce sage roi justifia, plus encore que ne l’avaient fait ses prédécesseurs, les menaçantes prévisions que Samuel avait fait entendre lorsqu’il s’agit d’instituer la royauté. »
Israël passe d’une société pastorale et nomade à une société féodale et sédentaire. Les historiens Neher** dressent un tableau préoccupant de la fin du règne du roi Salomon, avec une peinture sociale originale. Selon eux, l’accroissement des besoins de l’Etat parallèlement à l’émergence d’une classe improductive et dépensière (les nobles) les conduit à un besoin d’augmenter les impôts. Mais Salomon était prisonnier de sa réforme administrative qui donnait à des gouverneurs locaux les pouvoirs et donc aux fermiers généraux l’opportunité de s’enrichir sur le dos du peuple. A cela s’ajoute la mise en place de la corvée civile qui, ajoutée au service militaire, ne fut pas très populaire. Les travaux publics du roi Salomon exigent la création de la corvée civile obligatoire pour les Israélites. Au service militaire obligatoire se rajoute désormais la main d’œuvre obligatoire, jusque-là limitée aux Cananéens indigènes. Les Israélites doivent au roi des périodes de travail non rétribué. Au départ, cela reste conforme à la législation de la Thora : un mois chaque trois mois. Mais bientôt les périodes de corvée civile s’allongent, les conditions de pénibilité empirent. Hier citoyens libres, « les Israélites sont réduits au rang de serfs royaux » (Neher).
La classe paysanne est en déclin avec l’émergence des commerçants fournisseurs du roi et des fonctionnaires. Certes l’image d’Epinal de l’empire de Salomon est que chaque Israélite vit sous sa vigne et son figuier mais la multiplication des échanges est telle que le pays ploie sous l’afflux permanent d’or. Les inégalités sociales se développent : une noblesse d’épée (armée), de robe (la cour) et ajoutons, de fonction (les fonctionnaires d’un Etat organisé) apparaît tandis que le pays vit en régime de croissance économique et dans une certaine euphorie car Salomon bénéficia d’une période de calme inespérée. Mais le talent de Salomon a des limites : il doit de l’argent à Hiram, roi de Phénicie et devant les coûts de ses mariages et de la cour, il lui remet 20 villes du nord mais Hiram a le sentiment d’avoir été berné car ces villes ne l’intéressent pas. Donc les relations avec le pays du nord s’enveniment.
Comme l’écrit l’historien allemand Heinrich Graetz*, « Toutefois, cette royauté même de Salomon, si glorieuse au dedans et au dehors, renfermait le germe destructeur de l’édifice politique si merveilleusement construit. Malgré ce temple, qui donnait un centre au pays ; malgré les efforts de Salomon pour remplacer les groupes isolés des tribus par une rigoureuse unité, il n’était pas encore parvenu à réaliser la fusion intime de ces tribus en un corps national. Seule, la tribu de Benjamin restait étroitement attachée à celle de Juda, parce que Jérusalem et le temple se trouvaient sur son propre canton, et que des familles notables Benjamites s’étaient fixées dans la nouvelle capitale ; Salomon lui-même, d’ailleurs, peut avoir donné aux Benjamites, sa tribu natale, une préférence sur les autres tribus. Mais, d’un autre côté, la mutuelle antipathie de la maison d’Israël et de la maison de Juda, c’est-à-dire des tribus du nord et de celles du midi, n’avait pas discontinué. Les tribus du nord nourrissaient un profond mécontentement à l’égard de Salomon, en dépit du bien-être dont elles lui étaient redevables, elles aussi ; elles ne sentaient que la pesanteur du joug que leur imposaient les prestations continuelles exigées pour l’approvisionnement de la cour et pour la construction des édifices. Le mécontentement, il est vrai, était contenu et silencieux, mais il n’attendait qu’une occasion pour éclater en révolte. Quelque sage que fût Salomon, sa sagesse n’était pas assez clairvoyante pour pénétrer l’avenir, pour comprendre que lui-même, par ses fautes, ébranlait les solides assises de l’État. »

*Histoire biblique d’Israël d’André et Renée Neher chez Adrien Maisonneuve Editeur, 1996
** Histoire des Juifs d’Heinrich Graetz, en format numérique, 1874-76
***Traduction libre à partir d’un article publié à l’adresse suivante  http://www.jewishencyclopedia.com/articles/13842-solomon dans Jewish Encyclopedia publié par la Société de Théologie Juive de Philadelphie, créée en 1906

****Le roi Salomon, une biographie de Laurent Cohen, éditions du Seuil

Mise en ligne : 10 septembre 2014- Version 1- Israël Antique Salomon 4-65