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Jojakin succède à Jojakim mais est aussitôt jeté en prison à Babylone (126)

Les ruines de la ville de Karkemish en Turquie lieu de la bataille entre Assyriens et Egyptiens Source Wikimedia

Les ruines de la ville de Karkemish en Turquie lieu de la bataille entre Assyriens et Egyptiens Source Wikimedia

Le roi impie de Juda est mort, après un règne de quatre ans, un règne imbécile qui conduisit à ramener aux portes de Jérusalem les troupes de Nabuchodonosor. Ce sont ces mêmes troupes qui le tuèrent. « Le bref règne de Jojakim (609-598) fut le témoignage de nombreux changements. D’abord, il y eut trois ans suzeraineté égyptienne, nous dit l’historien israélien Hillel Haim Ben-Sasson dans A history of the jewish people*. Puis, en 605, la bataille décisive de la guerre entre l’Egypte et la Chaldée s’engagea. Les deux armées s’affrontèrent à Karkemish sur le haut de l’Euphrate. Nabuchodonosor, l’héritier de Nabopolassar et le chef de l’armée défit l’égyptien Necho. »
« C’est dans cette situation précaire que Joachim mourut (597), explique l’historien allemand Heinrich Graetz**. Il eut pour successeur son fils, âgé de dix-huit ans, Jéchonias (Yoyachin, Yechonia, par abréviation Khonia) ou plutôt sa mère Nechreschta, qui avait pris les rênes du pouvoir. » Jojakin (ou Jechonias), fils de Jojakim, devient roi à 18 ans, et il règne 3 mois. Nabuchodonosor assiège Jérusalem puis ramènera à Babylone tous les trésors du Temple et du Palais du roi et de nombreux prisonniers. Il ne resta bientôt dans Juda que le peuple pauvre.

Graetz : « Jéchonias eut également la présomption de se croire assez fort pour lutter avec Nabuchodonosor et s’abstint de lui rendre hommage. Il persista, comme son père, dans tous les dérèglements de l’idolâtrie. Mais son aveuglement et celui de sa mère ne furent pas de longue durée. Nabuchodonosor put enfin détacher de Tyr une armée nombreuse, qui soumit sans peine toute la contrée jusqu’au fleuve d’Égypte (Rhinocolura) ; le royaume de Juda fut occupé en entier (…) Nabuchodonosor envoya donc quelques-uns de ses généraux mettre le siège devant Jérusalem. Le fils de Joachim n’eut pas même le temps d’aviser, la rapide détresse des assiégés ne le lui permit pas. Il venait d’entrer en pourparlers pour la reddition de la place, lorsque Nabuchodonosor arriva lui-même au camp. Le roi, la reine mère et leur suite se transportèrent auprès de lui pour demander grâce. Mais ils le trouvèrent inflexible : Jéchonias dut abandonner le trône et se rendre en exil à Babylone avec sa mère, ses femmes, ses frères et sœurs et ses eunuques. (…) Nabuchodonosor fit preuve d’une grande modération en leur laissant la vie et s’abstenant de faire couler le sang. (…) S’il frappa une contribution sur les trésors du palais et du temple, ce ne fut point violence particulière, mais pratique usuelle du droit de guerre de l’époque. Il laissa subsister l’État, épargna la ville et ses murailles et ne toucha point au temple. Le premier monarque étranger aux mains duquel tomba Jérusalem, après environ cinq siècles d’existence, lui montra plus de générosité que ne fit maint conquérant dans les temps qui suivirent. »
On raconte dans Jewish Encyclopedia* qu’ « à Daphné, près d’Antioche, Nabuchodonosor reçut le Grand Sanhédrin, à qui il annonça qu’il ne détruirait pas le Temple, si le roi lui était livré, Jojakin entendit cette résolution de Nabuchodonosor, il alla alors sur le toit du Temple et, se tournant vers le ciel avec les clés du Temple, il lança: « Comme vous ne me considérez plus digne d’être de vos ministres, prenez les clés que vous nous aviez confiées jusqu’à présent. » Puis un miracle se produit : une main ardente apparut et pris les clés, ou, comme disent les autres, les clés restèrent suspendues dans l’air, là où le roi les avait jetées. (…) Comme Jojakin se repentit de ses péchés il fut pardonné par Dieu, qui a abrogé le décret précisant qu’aucun de ses descendants ne soit jamais roi (Jérémie xxii. 30). Il est même devenu l’ancêtre du Messie (Tan., Toledot, 20 [éd. Buber, i. 140]). C’était surtout sa fermeté dans l’accomplissement de la loi qui lui a restauré la faveur de Dieu. Il a été gardé par Nebucadnetsar en cellule d’isolement, et donc séparé de son épouse. Le Sanhédrin, qui avait été expulsé avec lui à Babylone, craignit qu’à la mort de cette reine, la maison de David disparaisse. Il réussit à obtenir les faveurs de la Reine Sémiramis, qui demanda à Nabuchodonosor d’améliorer le sort du roi captif afin de permettre à son épouse de partager sa prison. Comme il manifesta alors une grande maîtrise de soi et l’obéissance à la Loi, Dieu lui pardonna ses péchés (Lev. R. xix., fin). Jojakin vécut assez pour voir la mort de son conquérant, Nabuchodonosor, qui lui apporta la liberté. Dans les deux jours de la mort de son père, Evil-merodach ouvrit la prison dans laquelle Jojakin avait langui pendant tant d’années. »

Jewish Encyclopedia poursuit mais ce récit, vrai ou romancé, se heurte à la suite des événements: « La vie de Jojakin est la meilleure illustration de la maxime, « dans la prospérité, un homme ne doit jamais oublier la possibilité de malheur ; et dans l’adversité, il ne doit pas désespérer du retour de la prospérité » (Seder ‘ Olam R. xxv.). Sur les conseils de Jojakim, le fils de Nabuchodonosor dépeça le corps de son père en 300 morceaux, qu’il donna à 300 vautours, afin d’être sûr que Nabuchodonosor ne reviendrait jamais pour s’inquiéter de lui (« chroniques de Jérémie, » lxvi. 6). Evil-merodach a traité Jojakin comme un roi, le vêtit de pourpre et d’hermine et pour lui, libéra tous les Juifs emprisonnés par Nabuchodonosor II (Targ. Sheni, vers le début). Jojakin érigea un magnifique mausolée sur la tombe du prophète Ezechiel (selon Benjamin de Tolède dans ses écrits). Dans le Second Temple, il y avait une porte appelée « Porte de Jéconias » parce que, selon la tradition, Jéchonias (Jojakin) a quitté le Temple par la porte par laquelle il s’exila ».

*Traduction libre d’un article de Jewish Encyclopedia paru à l’adressehttp://www.jewishencyclopedia.com/articles/8562-jehoiakim  Jewish Encyclopedia est publié par Society of Jewish Theology, Philadelphie, USA, créé en 1906
**Haim Hillel Ben-Sassoon, « A history of the jewish people », Harvard University Press, 1994
Mise en ligne : 6 octobre 2014- Version 1- Israël Antique-Exil 6-126