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Jézabel, la femme d’Achab, roi d’Israël, remplace la Thora par les pratiques idolâtres (89)

Figurine en bronze du dieu cananéen Baal (Baal_Ugarit_Louvre)

Figurine en bronze du dieu cananéen Baal (Baal_Ugarit_Louvre)

Habits sacerdotaux du grand prêtre du Temple de Jérusalem

Habits sacerdotaux du grand prêtre du Temple de Jérusalem

Le mariage entre Achab (1), fils d’Omri et la phénicienne Jézabel aura des conséquences considérables sur l’avenir du jeune royaume d’Israël, car les pratiques religieuses et culturelles étaient radicalement opposées. L’historien allemand Heinrich Graetz  (Histoire des Juifs*) revient sur la souveraine et ses pratiques idolâtres. « Fille d’un ancien prêtre d’Astarté, Jézabel était possédée d’un zèle fanatique pour la conversion d’Israël au culte cananéen (de Baal et d’Astarté). (…) Elle commença par élever un vaste temple à Baal dans la ville de Samarie (…) avec trois autels, des statues et des pyramides, consacrées à une sorte de trinité divine. Baal, sa femme Astarté et le dieu du feu ou de la destruction (Moloch, Chammon) ; elle (…) fit venir une nuée de prêtres et de prophètes idolâtres : 450 pour Baal et 400 pour Astartée ; elle les entretint aux frais de la maison royale et les fit manger à sa table. »

Ces phéniciens menaient une propagande effrénée, sillonnant le pays pour détacher le peuple de son attachement à la Thora et érigeant « des pyramides de forme obscène (en phallus). » Tout était fait pour que les pratiques phéniciennes de Baal et d’Astarté remplacent celles de la Thora. Ecoutons l’historien français Neher** : « Les nouvelles capitales –Samarie et Yzréel- sont entièrement vouées au culte nouveau. Des temples s’y édifient, rivalisant en proportion avec celui de Jérusalem. » Le pire, ajoute l’historien français, « c’est que les Israélites groupés dans la religion de Jéroboam aideront Jézabel dans cette persécution impitoyable de ses propres frères (…). Séparés d’ailleurs depuis un demi-siècle du centre spirituel de Jérusalem et abêtis par le culte du taureau, les Israélites avaient perdu l’intelligence de leurs traditions. (…) Ils s’accommodèrent pour la plupart du nouveau culte ou n’y résistèrent que faiblement. Sept mille hommes seulement demeurèrent fermes, ne ployèrent pas le  genou devant Baal. »

Cependant une partie du peuple adorait un Dieu (Baal) publiquement, l’autre (Yaveh) en secret. On peut s’en étonner. L’historien israélien Alex Israël (Kings I  Torn in two***) apporte ces explications : « En recherchant la force économique et politique de la Phénicie, le royaume du nord s’est ouvert à toute la culture phénicienne, y compris à ses dieux. » Leur religion paraissait sophistiquée comparée à celle, simple et spartiate, des Hébreux : « Le prophète Elie a bloqué l’arrivée de la pluie pendant trois ans sur Israël afin de faire pression sur le roi Achab et son peuple d’abandonner le culte de Baal. Or, il est dieu de la pluie, et ainsi évoqué dans le Talmud (Baba Batra 28a) et la terre d’Israël est caractérisée par un manque d’eau, d’où la nécessité vitale pour le pauvre fermier israélien de prier Baal  pour qu’il pleuve. Dès lors, le culte de Baal s’avère une infraction religieuse excusable pour assurer à la famille ses moyens d’existence ».

Commentaire de Graetz : « D’après Flavius Josèphe (Contre Apion, I, 18), Ithobal, roi de Phénicie, avait commencé par être prêtre d’Astarté. Voilà pourquoi sa fille Jézabel introduisit de force en Israël le culte d’Astarté et celui d’Adonis (Baal), qui s’y rattache. Elle est la première qui, par fanatisme, persécuta et fit mettre à mort ceux qui refusaient de rendre hommage à ces divinités. Ernest Renan (l’historien français -1823-1892-, auteur d’une Histoire du peuple d’Israël NDLR) se trompe donc en avançant que les Israélites auraient les premiers montré de l’intolérance à ceux qui ne croyaient pas comme eux. Les peuplades  se sont maintenues dans la contrée jusque sous le règne de Salomon qui, le premier les a astreintes à la corvée (Rois I, 9, 20 ; Juges, 1, 21, 28-29). Les Israélites n’ont point imposé leur religion aux Cananéens : ce n’est pas d’eux, par conséquent, mais de Jézabel, que les Chrétiens ont reçu la tradition d’intolérance qu’ils ont appliquée si cruellement, à partir du IVe siècle, aux païens et aux juifs. Il est vrai qu’Élie aussi a fait massacrer les prêtres de Baal, mais il ne faisait qu’user de représailles envers les instruments de Jézabel. Encore a-t-il, pour cet excès de zèle (Rois I, 19, 1-12), été blâmé au mont Horeb, où il lui fut signifié que le Seigneur ne se manifeste pas dans la fureur de l’orage, ni dans la violence du tremblement de terre, ni dans les dévastations du feu, mais dans un doux murmure, dans la mansuétude. »

  • Achab régna sur Israël de -873 à -852 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)

 *Heinrich Graetz Histoire des Juifs 1874-76

**André et Renée Neher Histoire biblique du peuple d’Israël Adrien Maisonneuve  Editeur 1996

Alex Israël, IKings Torn in two, Koren Publishing, 2013

Mise en ligne : 17 septembre 2014- Version 1- Israël Antique  5-89