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Hyrcanus poursuit la guerre avec les Gréco-syriens, conquiert des territoires et judaïse les Iduméens (201)

Hyrcanus étend le territoire de la Judée source Wikipedia Mrs Cattan

Hyrcanus étend le territoire de la Judée Source Wikipedia Mrs Cattan

Hyrcanus, inaugure la dynastie hasmonéenne

Hyrcanus inaugure la dynastie hasmonéenne Source Wikipedia

 

 

Survivant du massacre conduit à Jéricho par son beau-frère Ptolémée (qui tua son père Shimon, et ses deux frères), Jean (Yochanan) Hyrcanus est bien servi par le destin : de Gadara où il vit, « il court à Jérusalem où il se fait proclamer prince de Judée et grand-prêtre, les deux titres ayant été déclarés héréditaires par son père, Shimon », indique Emil Schurer (1). C’était en -135. Il allait tenir la dragée haute en Judée pendant quelque trente ans, jusqu’en 104 avant JC.

Lui qui avait déjà démontré ses qualités de chef militaire en se battant contre les Gréco-syriens, voulut venger la mort de son père et de ses frères. Mais le perfide meurtrier, Ptolémée, était impitoyable : quand Hyrcanus l’assiégea au fort Dagon de Jéricho pour s’emparer de lui, il fit « amener sur la muraille la mère de Hyrcan, d’autres ajoutent : ses frères, et les torturait en sa présence, raconte l’historien Heinrich Graetz (2). Elle, en digne femme de la famille des Hasmonéens, suppliait son fils de ne pas s’inquiéter de ses souffrances et de ne pas retarder pour elle la vengeance des siens. » Tiraillé, Hyrcan ne savait quoi répondre quand il apprit que les troupes syriennes dirigées par Antiochus VII Sidétès s’approchaient de Jérusalem. Tirant parti de ces hésitations, de plus motivées par l’arrivée de l’année sabattique, Ptolémée tua la mère selon Emil Schurer et prit la fuite vers Rabbath-Ammon. Devant Jérusalem, le Grec ne perdit pas de temps non plus: « Antiochus entreprit un siège en règle. Il entoura la ville de sept camps; du côté nord, où le sol était uni, il établit cent tours à triple étage, du haut desquelles ses troupes pouvaient battre en brèche les murailles de la ville. Pour rendre les sorties des assiégés plus difficiles, il fit creuser une double tranchée autour du camp.» Puis vint le moment du siège de la ville et de ses effets, notamment ses difficultés alimentaires : « Hyrcanus se vit dans la cruelle nécessité de commettre un acte inhumain en chassant de la cité les bouches inutiles. (…) Des négociations furent entamées (…) Antiochus demandait aux Judéens de lui remettre leurs armes, de lui payer un tribut pour Joppé, Gazara et les autres villes qui avaient appartenu à la Syrie et de recevoir une garnison syrienne dans Jérusalem. Hyrcan acquiesça aux deux premières clauses mais refusa la dernière condition (…) Il offrit en échange des otages et cinq cents talents. Antiochus accepta. (…) Quant à la ville de Jérusalem, Antiochus se contenta de détruire les créneaux des murs.» On pourrait conclure que les Judéens n’étaient sans doute pas prêts militairement mais Schurer formule une autre raison : les Egyptiens s’étaient joints au Gréco-syriens. « Le soutien égyptien à Antiochus lui permit de dévaster le territoire de Judée par des actes de brigandage mais sans oser l’attaquer de front ».

Les hostilités cessèrent et Hyrcan s’empressa de contacter Rome où le sénat à nouveau prit sa défense (de pure forme, notons-le) auprès des Gréco-syriens. Antiochus voulait monter une offensive contre les Parthes, qui détenait prisonnier son frère Démétrius Nicator depuis dix ans. Mais il avait besoin des guerriers juifs (en fait des mercenaires d’Hyrcanus). Le souverain séleucide fit pression sur lui qui envoya des troupes faire campagne avec le Grec. La guerre fut fatale au roi Antiochus IV de Syrie en -129 et Hyrcanus en profita pour rompre tous les liens de vassalité. Il fit même plus. Il repartit à l’offensive territoriale pour gagner de l’espace. Pourquoi ? Heinrich  Graetz nous explique qu’en -123, « la Judée était enserrée de trois côtés par des peuplades étrangères : au sud, par les Iduméens ; à l’est par les Samaritains, cette nation odieuse qui s’était toujours montrée hostile aux Judéens ; et sur les côtes de la mer Méditerranée ainsi qu’au-delà du Jourdain par les demi-Grecs dont les dispositions n’étaient guère plus amicales. Hyrcanus considérait comme un devoir de rendre tous ces territoires à la Judée et d’en chasser la population ou de la fondre avec les Judéens. Pour atteindre un but si important, il lui fallait déployer toutes ses forces et surtout disposer de moyens d’action suffisants. Hyrcanus se vit obligé de prendre à son service des troupes de mercenaires. On raconte que pour payer ces soldats, Hyrcanus employa de l’argent tiré du prétendu trésor trouvé dans le tombeau de David. »

Hyrcanus se tourna ensuite vers ses difficiles voisins. D’abord vers la Samarie. Encyclopaedia Judaica (4) nous indique qu’« il se tourna vers le centre du pays, s’emparant de Sichem et détruisant le temple Samaritain sur le Mont Garizim. Par la suite, il conquit Idumée (Edom) et contraint ses habitants d’adopter le judaïsme. Depuis cette époque, les Iduméens sont devenus partie intégrante du peuple juif. En même temps, il a commencé la conquête de la Transjordanie, en particulier de Moab. Au cours des dernières années de son règne, il renouvela sa campagne de conquêtes dans le Nord, attaquant les villes hellénistiques fortes de Samarie et Beth-Shean (= Scythopolis). Il assiégea la ville de Samarie, la conquit et ses fils la détruisirent en -107. Ainsi la route vers la Galilée était-elle ouverte aux Juifs, et il est probable que certaines parties de la Galilée, voire la totalité, furent annexées à la Judée par Hyrcanus. » Certains historiens évoquent le poids pour la Judée des tributs imposés en -129 par les Gréco-syriens mais Schurer nous apprend qu’Hyrcanus ne versa pas un sou, d’autant que le signataire de l’accord, Antiochus Sidetes allait mourir peu de temps après.

« Hyrcanus (…) força les Edomites à accepter la religion juive et à se soumettre à la circoncision », nous indique Jewish Encyclopedia (5)Certains historiens contestent que cela ait eu lieu. Parmi eux, un livre d’historiens israéliens dont Michael Avi-Yonah (6) qui avance deux points intéressants : d’une part, historiquement, cette peuplade, les Edomites devenus Iduméens, avait profité de la victoire de Nabuchodonosor sur Juda en -442 avant l’ère commune et de l’exil de l’élite de sa population pour s’avancer sur le sud de la Transjordanie, en occupant donc un espace auparavant judéen ; d’autre part, « certains auteurs expriment des doutes sur cette conversion choisie ou forcée. De toutes façons, en quelques générations, ils furent intégrés à la nation juive comme en témoigne leur grande bravoure dans la guerre contre les romains ». Malgré cette remarque, la plupart des historiens jugent le fait indiscutable. Jewish Encyclopedia y voit « la première conversion forcée de l’histoire juive. Ce zèle d’Hyrcanus pour la cause juive l’amena à franchir une étape qui eut plus tard un destin funeste : les Edomites appartenant à la famille des Hérodiens, devaient finalement apporter la ruine des Hasmonéens. » L’historien allemand Schurer indique que « les Iduméens se considèrent comme Juifs à part entière. Or, pour l’aristocratie juive, ils n’étaient que des convertis (guérim) et pour cette raison, Hérode avait un statut inférieur. »

Au plan intérieur, la légitimité militaire d’Hyrcanus était incontestée mais sa légitimité religieuse en tant que grand prêtre allait subir quelques secousses. Selon Jewish Encyclopedia, « certains auteurs affirment sans qu’on puisse le vérifier que prendre de l’or du tombeau de David était une faute qui disqualifiait Hyrcanus d’occuper le poste de grand-prêtre. » Ensuite, les conflits ouverts de la société judéenne entre d’une part les Pharisiens et d’autre part les Sadducéens allaient perturber son pouvoir. « Pendant son règne, poursuit Jewish Encyclopedia, les différentes sectes religieuses se renforcèrent dans le pays : Pharisiens, Sadducéens et Esséniens. Hyrcan, qui fut un élève des Pharisiens, leur est resté longtemps fidèle (…) ». Mais avec le temps, les choses se gâtèrent et son statut de Cohen Gadol fut contesté, comme le fut à son époque celle de Yehuda Maccabi. Selon Jewish Encyclopedia sur la base de Flavius Josèphe, Antiquités Juives (xiii. 10, § 5), « lors d’une grande fête à laquelle il invita les chefs des Pharisiens et des Sadducéens, il demanda si les Pharisiens avaient une question à lui soumettre. Un certain Eléazar ben Po’era se leva et exigea qu’il se contente de la puissance temporelle et qu’il mette de côté le diadème du grand-prêtre (souverain sacrificateur). Selon une autre source, un vieil homme nommé Juda ben Gedidim lui aurait dit que la mère d’Hyrcanus ayant été retenue captive à Modiin par l’ennemi, Hyrcanus, fils d’un prisonnier, était juridiquement interdit d’officier comme grand-prêtre. Hyrcanus ordonna une enquête, et la déclaration concernant sa mère s’avéra fausse. Il demanda alors au Sanhédrin de punir l’homme à l’origine de cette accusation fausse. Celui-ci le fut mais par de simples coups. Hyrcan fut choqué du caractère bénin de la punition (il attendait une condamnation à mort et comprit par ce jugement, insuffisant à ses yeux, que tout le parti pharisien était derrière la question posée contestant sa légitimité, NDLR). Désormais il prit ses distances des Pharisiens. Il rejoignit donc l’école opposée, les Sadducéens sans toutefois, comme certains l’affirment, persécuter les pharisiens. Il suspendit les règles pharisiennes et fit des règles Sadducéennes l’étalon de l’interprétation de la Loi. »  Selon Flavius Josèphe (Guerre des Juifs, 1:68 – 69), Hyrcan fut le seul Judéen à détenir les trois fonctions : souverain politique, Haute Prêtrise (Yohanan ha Cohen Gadol) et prophétie. Hyrcanus, un prophète ? Il affirma un jour, selon le traité Sota 33a (Talmud de Babylone), avoir entendu une voix céleste l’assurer d’une prochaine victoire.

Au cours de son règne, deux autres problèmes étaient apparus : son style ombrageux et autoritaire et le recrutement de mercenaires étrangers d’Asie mineure plutôt que le recours à une armée populaire. Sur ce dernier point, rappelons que beaucoup de Judéens avaient quitté le territoire sous la pression de l’occupant grec.

Le grand prêtre s’étant rapproché des Sadducéens dans ses dernières années, une rupture se produisit entre lui et les pharisiens. On ne sait pas si les pièces de monnaie portant l’inscription en araméen Yohanan Le Grand Prêtre et Hever ha-Yehoudim ou Rosh Hever ha-Yehoudim ont été frappées par lui ou par son petit-fils Hyrcanus II. Yohanan Hyrcanus Ier est le premier Hasmonéen à avoir fait usage de ce droit dans les années -127 et -110.

Au final, le vrai mérite de Yohanan Hyrcanus est d’avoir bâti un Etat juif, le premier depuis la dispersion des 10 tribus lors du schisme entre Israël et Judah et depuis la partition de l’Etat du roi Salomon. Et d’avoir élargi son assise territoriale.

(1) Selon l’historien Schurer, le nom d’Hyrcanus vient de Hyrcania, lieu de déportation de Juifs par le perse Artaxerxes Ochus. Un juif en aurait conservé le nom et de retour en Judée, l’aurait adopté, ce qui assura sa diffusion. Pour Wikipedia, « le surnom d’Hyrcan pourrait venir de sa participation à l’expédition d’AntiochosVII jusqu’à la mer Hyrcanienne (l’actuelle mer Caspienne)]. Il est aussi possible que la famille de sa mère ait été originaire d’une communauté juive déportée en Hyrcanie à l’époque d’Antiochos IV, ce qui expliquerait que les Pharisiens, lors du conflit qu’ils ont eu avec lui, l’aient accusé d’être né d’une captive. »

(2) Emil Schurer, The history of the jewish people at the times of Jésus-Christ, 1973, Edinburgh T&T Clark Ltd, 1973

(3) Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1870Encyclopedia Judaica, volume 9 p 653-654

(4) Jewish Encyclopedia http://www.jewishencyclopedia.com/articles/7972-hyrcanus-john-johanan-i0.

(5) Michael Avi-Yonah, Understanding the Maccabean Jewish revolt (167 BCE to 63 BCE) Carta Jerusalem 2016