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Hérode transforme la Judée en royaume vassal de Rome, ruinant les Judéens par ses exactions et spoliations (213)

Hérode Le Grand domine une large contrée, vassale de Rome (carte de Wikipedia)

La Judée est devenue sous Hérode un royaume vassal de Rome, auquel est interdit toute politique extérieure indépendante. Finie « l’alliance entre le peuple romain et le peuple de Judée », dont le traité n’a pas été renouvelé après Jean Hyrcan 1er. Plutôt que royaume vassal ou esclave, l’historien Simon Claude Mimouni (1) parle d’Etat client : « Les rois ou princes clients, dont les enfants sont souvent éduqués à Rome, ont été les propagateurs d’une politique d’urbanisation qui a débouché sur la fondation de quelques cités. » Il ajoute plus loin : « Le gouvernement par client interposé permet à Rome d’administrer à moindres frais mais prive le trésor impérial de rentrées fiscales puisque les revenus sont partagés avec le roi ou le prince client qui en revanche entretient une force armée et une administration ».

L’économie hérodienne repose d’abord sur les terres et exploitations agricoles. « Le roi Hérode est le plus gros propriétaire du royaume » indique Christian-Georges Schwentzel (2) et « il tirait de ces terres l’essentiel de sa puissance financière ». Le royaume hérodien a connu une exceptionnelle prospérité pendant les trente-trois ans de règne d’Hérode (né en -73 et mort en 4), explique Mr Schwentzel avec une exportation de son surplus agricole (blé, huile d’olive, dattes) mais son commerce extérieur est faible par rapport aux Nabatéens qui « exercent un quasi-monopole sur l’approvisionnement de Rome et de l’Italie en produits exotiques » : épices, aromates, provenant d’Arabie et d’Inde. Mais la monnaie forte à l’époque « n’est pas le shekel de bronze frappée par Hérode mais le shekel d’argent frappé par la cité phénicienne de Tyr. » Les paysans devaient verser, selon Schwentzel, à l’Etat entre 30 et 40% de leur récolte. La proportion est énorme et d’autres auteurs, comme Dr. Rivka Shpak Lissak ont démontré, études démographiques, archéologiques et agraires à l’appui, que les romains en général et Hérode en particulier avaient ruiné les propriétaires terrains de l’aristocratie judéenne et les agriculteurs individuels. Comment s’étonner dès lors que « la Judée pouvait connaître des périodes de famine (comme en -22/-21 et en -15/-14 avant l’ère actuelle »), en particulier lors des années sabbatiques, ce qui conduisait à recourir aux importations de blé en partie d’Egypte.

Propriété impériale, le royaume de Judée laissait l’usufruit à Hérode dont les biens privés sont immenses : propriétés d’Idumée, biens confisqués aux Hasmonéens après les avoir exécutés. Le roi dispose aussi de domaines royaux en Galilée, Idumée, Samarie où au nord de laquelle il détient « la montagne du roi » (Hor a melekh) selon Schwentzel. Un tribut élevé est versé à Rome mais on en ignore le montant et sa répartition. S W Baron, auteur d’Histoire d’Israël (3) évoque à la suite de Flavius Josephe « le montant approximatif de 1.000 talents pour le revenu annuel d’Hérode, qui ne constituait qu’une partie du budget royal ». Mais Encyclopedia Judaica estime que le royaume judéen payait chaque année à Rome une somme de 2000 talents dont la plus grande part (1300 talents) provenait des impôts de Judée et les 700 autres de ses biens privés, comme les mines de cuivre de Chypre (domaine loué à Auguste). 

Des sociétés publicaines romaines assurent le prélèvement des impôts avec des percepteurs locaux, considérés comme des « impurs » par les Pharisiens. Et des procurateurs financiers sont là pour veiller au grain. WS Baron parle dans son ouvrage maître (3) de « terreur fiscale », d’« impôts vexatoires et parfois tout simplement ruineux sur la population paysanne. (…) le fardeau écrasant des impositions (…) amena le peuple de Palestine au bord de la ruine ». Il ajoute encore : « Hérode semble avoir été généralement reconnu pour le plus riche vassal de Rome (…) Mais le fardeau écrasant des impositions qui rendaient possible toute cette splendeur amena le peuple au bord de la ruine ». Il ajoute que « les empereurs essayèrent longtemps de compenser le poids de leurs exigences fiscales en témoignant une extrême délicatesse dans les matières religieuses et culturelles. Il ne leur était pas facile de comprendre pourquoi les Juifs trouvaient à redire à l’aigle d’or, l’emblème romain qu’Hérode avait fait mettre sur la grande porte du Temple. »

Comme nous l’indique Encyclopedia Judaica (4), « le statut officiel était celui d’un roi, qui était un allié et un ami du peuple romain » Dans les affaires intérieures, Rome donna à Hérode un pouvoir illimité avec quatre prérogatives : administratif, judiciaire, financier, et l’autorité de maintenir sa propre armée. Dans ce cadre, il fit comme il lui plaisait. Son Conseil, s’est réuni à la manière des rois grecs. Il mit en place une administration hautement hellénistique. La plupart de ses fonctionnaires étaient sans doute hellènes ou même des étrangers. Dans sa Cour, il réunit principalement les hellènes, et parmi eux, Nicolas de Damas, son principal conseiller, qui écrivit sa biographie et le chargea en sagesse grecque. Sa principale force armée était composée de soldats de métier et de mercenaires étrangers de Thrace et de Gaule. » Il dénonce « le régime de terreur fiscale instauré par Hérode, avec ses impositions régulières entraînant l’expropriation des assujettis et ses expropriations directement et hautement irrégulières, horrifia même les chroniqueurs orientaux, si accoutumés qu’ils aient été au gouvernement tyrannique ».

Quand, à la mort d’Hérode, une délégation de Judée vint se plaindre à l’empereur Auguste de ses méfaits, il fut surpris d’apprendre que « les classes dirigeantes (de Judée NDLR) avaient fait l’objet d’expropriations par Hérode car la politique coloniale avait grandement favorisé les aristocraties locales sur lesquelles elle appuyait principalement a domination impériale ». Sans oublier «les confiscations de biens fonciers, opérées par le despote sous le moindre prétexte (accompagnées ou non de la mise à mort des propriétaires, son impitoyable recouvrement des impositions régulières qui comprenaient une grande variété de droits de douane, enfin la corruption de ses fonctionnaires qui à chaque pas extorquaient de lourds pots-de-vin ».

Historien plus récent, Mimouni (1) juge partial de « considérer Hérode comme un exploiteur effréné du peuple d’autant que ses projets de développement de grande envergure ont sans doute contribué à (…) l’augmentation du niveau de vie de la population ». Schwentzel aussi pense que l’économie hérodienne a connu « une indéniable prospérité », bâtie autour de trois cultures essentielles : blé, vigne, olivier mais le commerce international est resté aux mains des Nabatéens, qui détiennent un quasi-monopole sur l’approvisionnement de Rome et de l’Italie en produits exotiques, épices et aromates provenant d’Arabie et d’Inde. Ces deux auteurs cherchent-ils à réhabiliter quelque peu Hérode, qui a si mauvaise presse ?

Schwentzel précise aussi que la monnaie de bronze frappée par Hérode ne servait que dans le royaume mais pour les achats importants et pour le tribut payé au Temple, « la monnaie de référence est le shekel d’argent frappé par la cité phénicienne de Tyr, une monnaie étrangère ornée de symboles païens (buste de Hérakles Melquart et aigle de Zeus). » Schwentzel nous raconte que dans les jours précédant le versement du demi-shekel d’argent, payable uniquement en monnaie de Tyr, des changeurs installaient leurs bureaux à Jérusalem. Toutefois, comme le souligne Schäfer, si Hérode avait le droit de frapper monnaie, cette prérogative se limitait aux monnaies de cuivre. Au demi shekel s’ajoutait la dîme versée en nature et entreposée au Temple. Les historiens, nous dit Schwentzel, sont divisés sur la part du revenu des paysans qui est reversée à l’Etat : 40% selon les uns, 28% selon les autres.

Désormais Rome ne connaît et ne reconnaît qu’un représentant, Hérode. Ce dernier exigeait lui-même un serment de fidélité de tous ses sujets. Enfin, la Judée, Etat client de la Rome impériale, était considérée comme une de ses provinces les plus turbulentes et nous précise Baron, Rome cherchait à contenir la majorité juive rebelle en favorisant les minorités païennes.

 

Encadré Le système fiscal hérodien

  • Capitation sur les biens mobiliers : 1% de leur valeur
  • Taxe foncière : impôt immobilier et impôt en nature sur les récoltes
  • Impôt sur le sel 
  • Impôt sur les transactions commerciales
  • Taxes douanières : continentales, de transit, sur les ports

(1) Simon Clause Mimouni, le Judaïsme Ancien, PUF, 2012

(2) Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Flammarion, 2011

(3) WS Baron, Histoire d’Israël, Quadrige, PUF, 1986

(4) Encyclopedia Judaica Deuxième édition, tome 935

(5) Peter Schäffer, Histoire des Juifs de l’antiquité, Cerf, mai 1989