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Hassidéens, exclus, agriculteurs et Hiérosalmitains déclenchent la révolte hasmonéenne contre les Grecs (197)

Des soldats greco-syriens, aux ordres d’Antiochus IV vinrent un jour de l’année -167 dans la ville de Modiin, à quelques kilomètres de Jérusalem, pour contraindre ses habitants à faire des sacrifices aux idoles grecques. Devant la foule rassemblée, ils invitèrent leur chef Mattatyas a donné l’exemple. Celui-ci, prêtre de l’ordre de Joarib, s’y refuse et “répliqua d’une voix forte “quand toutes les nations établies dans l’empire du roi obéiraient, chacune. Nous n’écouterons pas les ordres du roi. Nous ne dévierons pas de notre religion, ni à droite ni à gauche.” Marianne Picard, auteure de ‘Juifs et Judaisme’, raconte (1). Un Juif, plus conciliant s’approche de l’autel pour obéir aux soldats mais Mattatyas se précipite, subtilise l’épée d’un soldat, fond sur le juif complaisant et le tue. Puis à l’aide de ses fils, il abat sur place le chef de soldats et ses subalternes tout surpris que des Judéens les assaillent. Ainsi, le recours à la lute armée s’affirme comme forme de résistance légitime contre le pouvoir séleucide. Comme le note Katell Berthelot, (2) Le livre Maccabée 1 “véhicule un appel à la lutte armée contre les oppresseurs d’Israël et contre les apostats qui se trouvent à l’intérieur même de la nation”. Elle ajoute: “Mattathias tue le Juif qui s’apprête à commettre l’acte d’idolâtrie comme une réactualisation de celui de Pinhas” qui tua l’hébreu Zimri lorsqu’il s’accoupla à Kosbi, la madianite, au vu et au su de tout le peuple. Objectif: détourner la colère divine du peuple.

Subtilisant l'épée d'un soldat grec, Mattathias tue le profanateur juif

Subtilisant l’épée d’un soldat grec, Mattathias tue le profanateur juif- Gravure de Gustave Doré

Mattathias appelle aux armes les Juifs dans les montagnes - Gravure de Gustave Doré

Mattathias appelle aux armes les Juifs dans les montagnes – Gravure de Gustave Doré

A l'appel de Mattathhias, les rebelles se réfugient dans les montagnes Gravueere de Gustave Doré

A l’appel de Mattathhias, les rebelles se réfugient dans les montagnes et mènent des actions de guérilla contre les Gréco-syriens- Gravure de Gustave Doré

Craignant la réaction syrienne, Mattathias se sauve dans la montagne avec ses fils et lance aux autres villageois: “Que celui qui a du zèle pour la Torah me suive!” Mattathias prit alors le surnom de Maqquabi (du mot araméen maqqaba, marteau). L’incident de Moddin marque le début de l’insurrection hasmonéenne, qui allait se terminer victorieusement par la re-fondation d’un Etat juif indépendant, qui durera 102 ans (de -163 à -65). Finie la passivité du people, le peuple juif est désormais en rebellion ouverte et à sa tête le movement des Hassidéens, des zélés de la Thora. Mais tout zélé de laa Thora qu’ils fussent, ils ne suivront pas l’exemple aveugle et héroïque des combattants qui réfugiés dans une grotte pour pratiquer le shabbbat se refusèrent à se defendre quand ils furent découverts par les troupes gréco-syriennes.

Comment cette révolte était-elle née ? D’abord du conflit national et religieux et des édits calamiteux du roi séleucide Antiochus IV, longuement évoqués dans les articles précédents. Comment les Judéens ont –ils réagi? Marianne Picard (1) explique: “Certains hellènisants acceptant ces décrets, d’autres se sauvent en Egypte, les Hassidim soit se cachent pour ne pas profaner la loi juive, soit prennent le maquis dans les monts de Judée d’où ils harcèlent les troupes grecques”. Ces derniers, les religieux, constituent la majorité de la population. Ils peuvent avoir été encore plus révulsés, puis mobilisés par la surtaxation punitive dont ils étaient l’objet, du fait de leur insoumission. Ensuite de la violence extrême par laquelle le peuple de Judée a été traité par les troupes gréco-syriennes. En fait, la population juive se répartissait grossièrement en deux groupes: “Les zélés de la Thora” et “les zélés contre la Thora”.

Certains historiens ont tout récemment mis en cause ce schéma qui, affirment-ils, fait la part belle aux religieux. Le leur est tout autre: ainsi de Sylvie Honigman (3) pour qui la persecution religieuse des Juifs est une exagération; la profanation du temple par l’autorité séleucide visait à simplement “ménager les besoins cultuels des colons militaires”, et le conflit d’Antiochus IV avec les Judéens relevait d’une simple hausse des impôts. Ces sujets seront développés dans les articles à venir.

Enfin, du conflit économique et social opposant Judéens et Hellènes. Il alimentait la défiance des Judéens à l’encontre des Grecs, indique Dr. Rivka Shpak Lissak (4): Les agriculteurs juifs spoliés et les habitants de Jérusalem, exclus de la Polis, ont constitué le ferment de base de la résistance active contre le gouvernement grec. (…) La révolte hasmonéenne de -167, qui a éclaté en réponse aux décrets contre la religion juive, a été précédée en -168 par une révolte des roturiers de Jérusalem qui se sont levés contre l’aristocratie hellénisée. Ce qui commença comme une guerre civile devint une révolte contre la domination séleucide en raison du soutien apporté à l’aristocratie hellénisée. Ces roturiers ont été rejoints par les agriculteurs de Judée, qui protestaient contre la confiscation de leurs terres, le changement de leur statut de libres agriculteurs en locataires et les lourdes taxes imposées sur eux. (…) Les Juifs qui résistaient ont été punis par l’esclavage ou l’exécution. Les décrets visaient tous les Juifs d’Israël, pas seulement en Judée, mais les Juifs vivant dans d’autres parties de l’Empire Séleucide ont été exemptés. (…) Ainsi, la révolte hasmonéenne a éclaté non seulement pour des raisons religieuses et nationales, mais aussi du fait de leur situation socio-économique. »

Engagée dès -167, cette révolte va s’étendre sur une période de 22 ans, jusqu’en -142, année de l’indépendance nationale finale avec une première victoire dès -164 et pas la moindre en raison de son enjeu pour les Judéens, dès -164 : la restauration du Temple. Cette guerre reposa au départ sur des actions de guérilla menée par quelques troupes (au départ une dizaine de militants, puis des milliers) qui vont harceler les soldats Gréco-syriens malgré la disproportion défavorable manifeste au niveau du nombre de troupes, de l’armement et de la motivation. Les membres de la famille de Mattathias (lui et ses sept fils) se succèdent dans la direction des opérations militaires, affrontant les généraux d’Antiochus (Appolonios, Gorgias, Lysias –successeur d’Antiochus IV à sa mort-, Nicanor, etc), puis des souverains suivants (Antiochos V Europator, Démétrios 1, etc). Le recours aux livres des Maccabées est indispensable pour comprendre le déroulement de la guerre entre Judéens et Gréco-syriens. « La geste de Yehuda occupe un peu plus de cinq chapitres au livre 1 (III-IX, 22) », explique Mireille Hadas-Lebel, professeur, auteur de l’ouvrage La révolte des Maccabées (5). L’historienne française poursuit : « Les succès de Yehuda contre les armées séleucides avaient excité la jalousie des peuples voisins parmi lesquels vivaient des judéens. Pour protéger ses congénères menacés, Juda eut à batailler dans le sud contre les Iduméens et vers l’est contre les Ammonites. Tandis que son frère Simon volait au secours des juifs établis en Galilée, jusqu’à Ptolémaïs (Akko), Yehuda aidé de Jonathan, alla délivrer la population de Galaad : il la ramena à Sion par la vallée du Jourdain, dans l’allégresse. (…) » (5)

Après Mattathias, l’initiateur de la révolte, se sont succédés après lui à la tête du mouvement de révolte, Yehuda, surnommé Yehuda Maccabi, puis son frère Jonathan (-160 / -143) et Simon (-143 / -135), puis le fils de Simon, Jean Hyrcan (-135 / -104), son fils Aristobule (-104 / -103), le frère de ce dernier Alexandre Yannai (-103/ 76) et sa femme Salomé (jusqu’en 67), avant que leurs deux fils Hyrcan II et Aristobule II ne se disputent le pouvoir. Simon notamment sut bâtir l’indépendance de la Judée et chasser les Syriens de l’Acra, ce qui faisait place nette pour faire émerger un régime monarchique nouveau, la « monarchie hellénistique » selon l’expression de Mireille Hadas-Lebel. Puis les Judéens allaient passer de la guerre de défense et d’harcèlement à la guerre offensive avec de nombreuses conquêtes territoriales, qui allaient toutefois nécessiter de nouer des alliances internationales, notamment avec Rome.

(1)Marianne Picard, Juifs et Judaisme, PACEJ, Diffusion Bibli-Europe, 1987

(2) “L’idéologie maccabéenne entre l’idéologie de la résistance armée et l’idéologie du martyre”. Revue des Etudes Juives, 165 (1-2) janvier/juin 2006

(3) Sylvie Honigman, Tales of High Priests and Taxes: The Books of the Maccabees and the Judean Rebellion against Antiochos IV. Berkeley: University of California Press,

(4) When and how the jewish majority in the land of Israël was eliminated, Xlibris, 2015

(5) Mireille Hadas-Lebel, La révolte des Maccabées, Lemme Edit, Illustoria, 2012