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Le roi Manassé de Juda pratique l’idolâtrie mais fait prisonnier, il se repent (120)

Le roi Manassé de Juda fut un roi idolâtre mais qui se repentit sur le tard

Le roi Manassé de Juda fut un roi idolâtre mais qui se repentit sur le tard

Etrangement, l’histoire juive antique est parsemée de rois impies suivis de fils pieux ou l’inverse. Ainsi de Manassé (1) qui fit comme son grand père Achaz. Il succède à son père le très respecté Hizzkiah à l’âge de 12 ans et il resta au pouvoir 55 ans, un règne long et néfaste au pays, tout au moins au début.

La Thora (Chroniques II 33, 2) nous idique qu’ « Il fit ce qui est mal aux yeux de l’Eternel, selon les abominations des nations que l’Eternel avait chassées devant les enfants d’Israël ». Il reconstruisit tout ce son père Hizzkiah avait détruit : haut-lieux, Baal, Astartée. Il détruisit ce qu’il avait construit : il déposa une idole dans le Temple de Jérusalem : « La statue de l’idole qu’il avait fabriquée, il la plaça dans le Temple de Dieu dont Dieu avait dit à David et son fils Salomon : c’est dans ce Temple à Jérusalem, la ville élue entre toutes les tribus d’Israël, que je ferai à jamais résider mon nom. » Mais il ne s’arrêta pas là. Ignominie suprême : « Il fit passer ses fils par le feu dans la vallée de Ben-Hinnom, s’adonna aux augures, aux sortilèges, aux sorcelleries et pratiqua les évocations et les divinations. Immense fut le mal qu’il fit aux yeux de l’Eternel pour l’irriter » (Chroniques II, 33,6). Pas seulement, nous indique l’historien français André Neher, Histoire biblique du peuple d’Israël* : « Il veut imposer à Juda une idéologie précise, non plus celle de la Phénicie mais celle beaucoup plus moderne, de l’Assyrie » et « à Jérusalem, la capitale et dans l’enceinte même du Temple, Manassé organise un culte nouveau : celui des astres », d’origine assyrienne. « Le triomphe des idées de Manassé fut total. En un demi siècle de règne, la pratique traditionnelle de la Thora disparut presque entièrement dans le royaume de Juda, et là où se manifestaient des résistances, Manassé sut les réprimer par la force » (Neher).

L’historien français explique ainsi cette influence : « Les dignitaires assyriens instaurent l’hégémonie assyrienne en Egypte (…) et durant toute cette période, les armées assyriennes sont constamment installées en Palestine » d’où l’interpénétration des populations. Il y avait plus : le règne du roi précédent avait gêné toute une caste qui reprit du poil de la bête lorsque Manassé accéda au pouvoir, comme le souligne Heinrich Graetz**: « Irrités d’avoir été tenus à l’écart sous le précédent règne, ils n’avaient qu’une pensée, reconquérir leur ancienne position et se venger des intrus qui les avaient supplantés. Le gouvernail de l’État passa aux mains d’officiers et de dignitaires qui n’eurent rien de plus pressé que de détruire l’oeuvre d’Ézéchias. (…) Il se forma un parti de l’idolâtrie, que non seulement l’habitude, l’esprit d’imitation et la perversion des idées religieuses, mais encore une haine passionnée poussèrent à persécuter le principe national au profit du principe étranger. (…) Ce ne fut pas seulement l’ancien culte cananéen, mais encore la religion assyro-babylonienne qu’ils y intronisèrent, comme pour défier le Dieu d’Israël, à qui le temple était consacré. (…) »

L’impact sur les mœurs de cette politique d’égarements spirituels se fit sentir : « Des amants et des courtisanes sacrés (Kedeschot) furent entretenus dans le temple pour le culte d’Astarté ou de Mylitta, et des cellules disposées pour l’accomplissement de rites qui outrageaient la pudeur. »

Haim Hillel Ben Sasson, historien israélien auteur d’une monumentale A history of the jewish people, tente lui aussi d’expliquer ce drame majeur que fut le règne de Manassé. Il « fut pendant tout son règne le vassal de l’Assyrie. Le livre Rois II et la tradition biblique décrit comme un apostat et un archi-pêcheur ». Et plus loin : « L’idolâtrie de Manassé est considérée comme la cause immédiate de la chute de Juda. Les réformes de Josias ne purent pas compenser les iniquités du règne précédent. La prophétesse Hulda, en réponse une question de Josias, lui répondit que la terre était désormais condamnée en dépit de la droiture du roi (Rois II, 22) tandis que Jérémie a explicitement déclaré que la prière avait perdu toute efficacité à cause de Manassé et ce qu’il fit à Jérusalem ». Cet historien nous explique que Manassé a autorisé à nouveau les cultes locaux interdits par son père qui avait tout centralisé à Jérusalem et au Temple, qu’il a réintroduit des dieux étrangers dan le Temple et qu’il a soutenu le culte astral assyrien .dans tout le pays. Enfin et c’est le pire, il fit passer son fils par le feu, le dédiant à Moloch. « La recherche extrabiblique a récemment élucidé la nature exacte de ces éléments (religieux). Le culte astral était attesté dans l’ancienne Palestine, la Syrie et l’Anatolie. Elle bénéficia d’une popularité universelle avec l’empire assyrien. C’est pourquoi Josias abolit le culte des chevaux blancs et des charriots sacrés pour le soleil-dieu (…) » (Ben Sasson).

Pourquoi ces actes de Manassé ? Etaient–ils délibérés ou la présence de militaires assyriens dans le pays a-elle motivé son apostasie ? Ben Sasson pose les questions sans apporter les réponses concluant en ces termes : « Quelles que soient les raisons de l’idolâtrie de Manassé, il a été considéré par beaucoup de ses contemporains comme une aberration et par les critères des générations suivantes comme le plus grand pêché de Juda ».

Ce comportement du roi Manassé aux antipodes de ce que demande l’Eternel suscita de nouveaux malheurs : « l’Eternel parla à Manassé et à son peuple mais ils n’écoutèrent point. Alors l’Eternel amena contre eux les chefs de l’armée du roi d’Assyrie : ils se saisirent de Manassé qu’ils mirent aux fers, le lièrent ave des chaînes et l’emmenèrent à Babylone » (Chroniques II, 33, 11-13). Comment l’expliquer ? Manassé aurait voulu « rompre son lien de vassalité à l’égard de l’Assyrie » (Neher), mais c’est une supposition. En prison, Manassé implore le pardon de l’Eternel, qui l’exauce, et le ramène à Jérusalem dans son royaume. Ce retour est inespéré et quasi providentiel car la pratique assyrienne en matière de traitement des dirigeants vaincus est le summum de la cruauté : « Décapités, écorchés vifs, empalés, enchaînés comme des chiens ou même enterrés vivants » (André Neher).

Manassé de retour à Jérusalem reconnut que l’Eternel est Dieu (Chroniques II 33,12). Dès lors, il changea complètement son attitude : D’abord, il fit disparaître les idoles et les autels qu’il avait créés ou placés à Jérusalem et au Temple. Puis il purifia l’autel de l’Eternel, y rétablit les sacrifices d’actions de grâces et de reconnaissance, et il ordonna à Juda de « servir l’Eternel, le Dieu d’Israël » (Chroniques II 33,16 14). Il sera enterré dans sa maison mais aucun honneur ne lui sera rendu pour les 55 ans de son règne sur le royaume de Juda. Mais que pouvait donc faire un roi qui avait pendant un demi-siècle perverti son royaume et ses sujets ?

Son fils Amon (2) lui succéda à l’âge de 22 ans. Mais lui aussi n’eut pas un comportement exemplaire et fut aussi friand d’idoles que son père au début de son règne. Pourtant, l’historien Graetz est moins critique à son endroit : « Amon, fils de Manassé (640-639), était plus âgé que ne l’avait été son père à son avènement mais il ne montra pas plus de sagesse. Il laissa subsister tous les excès de l’idolâtrie ; cependant il ne paraît pas avoir, comme Manassé, persécuté le parti des prophètes. Il régna d’ailleurs si peu de temps qu’on ne sait presque rien de ses actes ni de ses sentiments : ses officiers se conjurèrent contre lui et l’assassinèrent (639). Il semble toutefois que ce roi était aimé, car le peuple s’ameuta, se jeta sur les conspirateurs et, après les avoir mis à mort, acclama son fils Josias, âgé de huit ans (638-608). » Ses serviteurs conspirèrent contre lui et le firent mourir chez lui au bout de deux ans de règne.

(1) Manassé (ou Manasseh) régna 56 ans sur Juda de -698 à -642 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)
(2) Amon régna 1 an sur Juda de – 641 à -640 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)
*Histoire biblique du peuple d’Israël, André et Renée Neher, Adrien Maisonneuve Editeur, 1996
** Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76

Mise en ligne : 6 octobre 2014- Version 1- Israël Antique-Exil 6-120