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Ezra le Scribe codifie la loi Mosaïque et une part des pratiques rituelles religieuses (157)

Ezra montre à la population le Livre de la Loi Gravure de Gustave Doré

Ezra montre à la population le Livre de la Loi Gravure de Gustave Doré

A Babylone, Ezra était personnellement actif dans la préservation et la codification des principes fondamentaux de la loi mosaïque. Aussi, explique l’historien israélien Haim Hillel Sasson, « le sentiment d’exclusivité vis-à-vis de la société babylonienne était renforcé par l’assertion des règles spécifiques à la pureté typique des prêtres, classe à laquelle appartenait Ezra dont le nom seul signifiait « semence de sainteté » symbolisant sa vue séparatiste du monde. Cet exclusivisme était destiné à s’opposer aux vues qui prédominaient le clergé de Jérusalem et qui étaient apparemment partagées par d’autres en Judée. »
Homme d’étude, Ezra arrive à Jérusalem doté d’une légitimité incontestable, explique l’historien israélien : « Il est porteur d’une autorisation officielle (nishtevan, en perse) lui conférant le pouvoir de nommer des juges et de juger en accord avec la loi du Dieu du ciel. Quiconque n’observe pas la loi du Dieu du ciel sera sujet à une punition sévère (Ezra, 7, 26). De plus, Ezra reçut une allocation spéciale du Trésor royal perse pour remettre en l’état le service des sacrifices. De plus, il est spécifiquement écrit que les 1500 personnes qui accompagnent Ezra seront exemptées de toute taxe ». Laissons de côté le débat des historiens sur le champ géographique d’application de la loi telle que la présente Ezra : Judée, satrape TransEuphrate, communauté de Babylone (débat qu’effleure l’historien israélien Haïm Hillel Sasson).
La principale préoccupation d’Ezra, écrit Sasson, c’est de séparer les deux communautés : celle qui revient de Perse de celle qui n’a pas connu cette expérience, celle des bnei hagolah (peuple de l’exil) de celle du « peuple de la terre » (am haaretz, ce qui comprend les goyim, les non-Judéens). Ezra en fait une expression méprisante désignant les nouveaux adhérents aux pratiques religieuses et à celles du Temple.
Un renforcement religieux paraissait nécessaire. L’historien américain Salo W. Baron** écrit : « La situation religieuse laissait à désirer. Comme leurs voisins de Samarie, les fermiers de la région de Jérusalem étaient prêts à collaborer avec les anciens exilés pour relever le Temple. Mais trop longtemps privés de la direction des prêtres et des prophètes, ils étaient retombés dans les croyances et les coutumes qui émanaient du sol palestinien. Comme au temps des premiers colons israélites, la religion populaire de Canaan s’affirma une fois encore. Certains rites affreux tels que « manger de la chair de porc, des choses abominables et des souris et que les Palestiniens semblent avoir adoptées dans l’intervalle, rendaient cette religion encore plus odieuse au zèle des anciens exilés. » Entre ces pratiques et la position ferme et rigoriste d’Ezra, le conflit était inévitable d’autant que la stature d’Ezra gagnait en autorité et en notoriété.
Selon l’historien allemand Heinrich Graetz***, « Tous les devoirs que la Loi impose à l’individu sous le rapport du vêtement, de la nourriture et des chômages, Ezra s’appliqua scrupuleusement à les observer. Puis il se fit l’instituteur de ses frères, expliqua la Loi de manière à la rendre compréhensible de tous et les exhorta à la suivre en toutes choses. A ses yeux, la Thora était une émanation de Dieu même, qui l’avait révélée à Moïse pour le peuple israélite. Aussi la plaçait-il plus haut, beaucoup plus haut que les autres écrits prophétiques, comme Moïse était plus grand que les autres prophètes. (…) Il acquit de la sorte une haute situation parmi ses coreligionnaires ; sa parole devint une autorité, et se fit mieux obéir que n’avait jamais fait la parole enflammée des prophètes. »
Pour Jewish Encyclopedia****, « Ezra insista à ce que les Judéens renvoient leurs épouses qui n’avaient pas la même origine (Ezra ix. et x.); mais c’est seulement après l’arrivée de Néhémia en 444 avant B.C (Néhémia viii. 1) qu’il a publié le « Livre de la Loi de Moise apporté avec lui de Babylone et qu’il fit reconnaître solennellement par la communauté judéenne comme fondement de leur code religieux et civil. Ezra, c’est le printemps dans l’histoire nationale du judaïsme (…) car il a été jugé digne d’être le véhicule de la Loi, ce qui n’avait pas été donné à Moise (Sanhedrin 21b). Israël au temps d’Ezra aurait été témoin de miracles comme au temps de Josué (Ber. 4 a). Ezra a été le disciple de ben Baruch Nérija (apriete R.) Ses études l’ont empêché de se joindre au premier retour à Jérusalem sous le règne de Cyrus, l’étude de la loi étant plus importante que la reconstruction du Temple. Selon une autre opinion, Ezra est resté derrière pour éviter de s’opposer, même involontairement, à Jeshua ben Jotsadak au poste de grand prêtre. Ezra a rétabli le texte du Pentateuque, en adoptant une présentation assyrien avec des lettres carrées, apparemment du fait d’une polémique avec les Samaritains (Talmud de Babylone Sanhedrin 21 b). Il a montré ses doutes sur la régularité de certains mots en plaçant des points sur eux. Si Elijah, dit-il, approuve le texte, les points seront ignorés; s’il les désapprouve, les mots douteux seront supprimés du texte (Ab. R. N. xxxiv.). Ezra a écrit le Livre des Chroniques et le livre qui porte son nom (Baba Batra 16 a). » Encyclopedia Judaica souligne un point intéressant : aucune femme judéenne ne fut accusée de s’être mariée à un étranger et seuls les hommes l’étaient.
Jewish Encyclopedia poursuit : « Ezra était le plus compétente et savant dans le domaine de la Loi (Ber. R. xxxvi.). Les rabbins associent son nom à plusieurs éléments importants des rites religieux. C’est lui qui a ordonné que trois hommes devraient lire dix versets de la Torah, les deuxième et cinquième jours de la semaine et pendant le service (« Minḥah ») après-midi le jour du Sabbat (Baba Kama. 82 a) ; que les « malédictions » dans Lévitique doivent être lues avant Shabbat et ceux dans Deutéronome avant Rosh ha-Shanah (Meguillah 31 b). Il a ordonné également que les tribunaux soient en session le lundi et le jeudi; que les vêtements devaient être lavés ces jours-là ; que l’ail se mange à la veille du Sabbat ; que la femme doit se lever tôt et faire cuire le pain le matin ; que les femmes doivent porter une ceinture (K. 82 a ; YER. Meg. IV. 75 a) ; que les femmes doivent se baigner (b. Ḳ. 82 a) ; que les colporteurs étaient autorisés à visiter les villes les jours où les commerçants sont ouverts (Baba Kama 82 a; voir Bloch, c.t. p. 127) ; qu’en vertu de certaines contingences, les hommes doivent prendre un bain rituel ; que la lecture des bénédictions à Minha (depuis une éternité à l’éternité). Son nom est également associé aux travaux de la Grande Synagogue (Meguillah 17b). Il est censé avoir prononcé le nom divin (Yhwh) avec le son approprié (Yoma 69 b), et les débuts du calendrier juif relèvent de lui (Beẓah 6 a). Ezra est décédé à l’âge de 120 ans en Babylonie. Benjamin de Tudèle aurait identifié sa tombe sur le Shaṭṭ al-‘Arab, près du point où le Tigre se jette dans l’Euphrate. La date de sa mort est donnée comme le 9 Ṭebet, jour de jeûne.
*Haim Hillel Sasson, A History of the Jewish People (1969), Harvard University Press
**Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76
***Traduction libre d’un article publié sur le site web de Jewish Encyclopedia à l’adresse http://www.jewishencyclopedia.com/articles/5967-ezra-the-scribe Jewish Encyclopedia est publié par  par l’Institut de Théologie de Philadelphie, USA, créé en 1906