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Enjeu des rivalités fratricides grecques, Israël devint une colonie économique et de peuplement (179)

Israël souffrit des guerres fratricides grecques

Israël souffrit des guerres fratricides grecques

A la mort d’Alexandre en 323 avant l’ère commune, ses généraux entrèrent en conflit pour s’approprier, contrôler et exploiter économiquement les vastes territoires conquis, en jouant des rivalités internes propres à chacun de ces pays.

Ce furent les guerres dites diadoques ou guerres de succession. Ainsi s’oppose d’une part le pôle de la Syro-Mésopotamie (les Séleucides) et d’autre part, l’Egypte au Sud (les Ptolémées). Objectif : le contrôle, entre autres territoires, de la Coélé-Syrie (1) et la Judée. Le premier livre des Macchabées daté de -120 avant l’ère commune, affirme que les officiers d’Alexandre « firent foisonner le malheur ».

Si l’on s’en tient à la seule Judée et à son temple, l’historien allemand Peter Schäfer (2) souligne le désintérêt des historiens, fort silencieux à ce propos. Il évoque « les deux partis rivaux qui tiraient parti de la situation politique floue et mouvante ». Ce fut d’abord les Ptolémées qui occupèrent Judah. Ptolémée 1er affronta Antigone Monophtalme au sud de Gaza dans une bataille dont il sortit vainqueur. Traditionnellement, la ville de Gaza est stratégique pour l’Egypte pour trois raisons : fenêtre sur la Méditerranée, elle se situe sur la route vers la Syrie et demeure ainsi une tête de pont vers l’Asie. La dynastie Ptolémée occupa pendant un siècle la Judée.

André Lemaire, directeur d’études à l’institut des hautes études à Paris, écrit (3) que « Ptolémée s’empara de Jérusalem un jour de Shabbat (Antiquités Juives, XII, 4) » apparemment sans combat, les Judéens ne se battant pas ce jour saint. Cette entrée sans heurts à Jérusalem survint en 301 avant l’ère commune, selon Encyclopedia Judaica. Le Grec « déporta un nombre important de prisonniers judéens et samaritains en Egypte, accompagnés d’exilés plus ou moins volontaires comme Ezechias auquel Hécatée, cité par Flavius Josephe donne le titre de grand-prêtre mais qu’il faut peut-être identifier avec Yehezqyah, le gouverneur des monnaies».

Pendant ce siècle (de 301 à 198 avant l’ère commune), écrit pourtant Schäfer, « ce fut pour la Palestine une époque de paix et de croissance ». Pendant un siècle, il n’y eut pas de grandes effusions de sang en « Syrie et Phénécie », nom de la province rebaptisée (le mot Judée, inclus dans Phénicie, disparaissant). Des opérations militaires ponctuelles permirent d’élargir l’avantage des Ptolémées: en Asie mineure d’une part, et en pays nabatéen d’autre part, pour le contrôle du commerce des épices. La colonisation du territoire remplaça le cliquetis des armes et les effusions de sang. Sur un siècle, les guerres (guerres diadoques et guerres syriennes) entre Grecs et affidés du nord et du sud, occupèrent une vingtaine d’années.

Malgré la colonisation, « des cités et communautés gardèrent des formes d’autonomie, reconnues officiellement, écrit Stéphane Encel (4). Ainsi en fut-il pour les Juifs de Judée, autorisés à vivre selon leur loi, la Torah (…) Nous savons qu’il y eut un monnayage propre par intermittence, et que les mentions yhd ou yhdh étaient accompagnées de l’effigie du souverain. »

Une véritable colonisation politique et économique fut mise en œuvre avec toute la détermination attendue du vainqueur. Comme le décrit Schäfer, « l’Etat ptoléméen était très cohérent et centralisé à l’extrême ». L’Etat, c’était le roi. Tout lui appartenait en propre et à sa maison. Aussi, tout Israël devint une colonie économique et une colonie de peuplement.

Colonie économique. L’objectif essentiel était de maximiser les profits pour le roi par un contrôle systématique des rendements de l’économie. Ce capitalisme royal s’imposait à toute la population mais aussi au Temple, qui devait verser des redevances à l’épistate, le président du Temple, nous explique Schäfer. Les terres furent divisées en domaines royaux, propriété personnelle du roi ou domaines livrés aux généraux ou en terres de culture où les anciens propriétaires devenaient des locataires, c’est-à-dire des métayers, quasiment étrangers sur leur propre sol. Les Ptolémées imposèrent des monopoles sur « les huiles végétales, le sel, le vin,  la bière » et des taxes sur les propriétés : « Maisons, esclaves, actes notariés ».

Enfin, le gouvernement parachevait cette mise en coupe-réglée de l’économie par l’installation de médiateurs privés, s’érigeant en « fermiers généraux » qui se portaient garants d’une somme forfaitaire annuelle, en argent ou en nature, versée au roi, l’excédent collecté revenant au percepteur ou prévôt. Comme l’indique Encel, « les archives de Zénon (fonctionnaire économique de Ptolémée II, NDLR), envoyé en mission d’un an (259-258) à travers la Syrie Phénécie » (4) témoignent que des mesures furent prises pour doper l’économie régionale. Des villes nouvelles furent créées, au nombre de trente dans la province de Syrie Phénicie, comprenant la Transjordanie et Israël. Bien entendu, l’impact de ce système fut la croissance économique avec la création de fortunes colossales et l’appauvrissement soudain de centaines de milliers de personnes qui, jusque-là, vivaient de la culture de leurs champs. Ces paysans furent condamnés à aller grossir les villes d’Israël, ou à partir chez le voisin égyptien ou enfin à émigrer.

Colonie de peuplement. L’immigration macédoine fut encouragée par les Ptolémées d’autant que, selon Encyclopedia Judaica (5), « Ptolémée 1er déporta une partie de la population. » Selon Rivka Spaak Lissak (6), auteure d’une somme à ce sujet, « en l’absence de statistiques officielles, les experts estiment cette immigration en centaines de milliers de personnes (…) Les villes furent hellénisées et les nouvelles constructions adoptèrent le style grec. Les terrains agricoles adjacents aux villes furent annexés. Les conquérants grecs confisquèrent les terres agricoles appartenant aux Juifs et aux non juifs pour offrir des terres aux Hellènes qui affluaient. La confiscation des terres agricoles annexées aux villes (poleis) transformèrent les fermiers indépendants en  locataires sur leurs propres terres (…) La croissance naturelle de la population juive ne pouvait plus se satisfaire de l’espace qui restait pour les Juifs, forçant ces derniers à quitter leurs terres. » De fait, il y eut création de nouvelles cités, appelées polis et brassage des populations. André Lemaire écrit : « A l’exemple d’Alexandre (qui avait fondé Alexandrie NDLR), les Lagides comme les Séleucides, fondèrent ou refondèrent des villes sur le modèle de la polis grecque : ainsi Ptolémais (Akko), Scythopolis (Beth-Séan), Marisa (Marésha), Philadelphie (Rabbat-Ammon). » (3)

(1) La Coele est un mot grec désignant la Syrie intérieure, hors la Phénicie.

(2) Histoire des Juifs dans l’antiquité, Peter Schäfer, éditions du Cerf, 1989

(3) Histoire des Hébreux, André Lemaire, Que Sais-je, PUF, 2009

(4) Les Hébreux, Stéphane Encel, Armand Colin, 2009

(5) Encyclopedia Judaica volume 9, p 1390, 1972

(6) When and how the jewish majority in the land of Israël was eliminated, Rivka Spaak Lissak, Xlibris, 2015

 

Les guerres des Diadoques (319–275 av. J.-C.)

La guerre des Diadoques ou guerre pour la succession d’Alexandre, concerne une série de conflits entre les généraux d’Alexandre le Grand pour la direction de son vaste empire après sa mort. Selon Wikipedia, ces évènements ont lieu de 322 à 275 av. J.-C.

– La Guerre Lamiaque, 323-322 av. J.-C.

– Première guerre des Diadoques, 322-320 av. J.-C.

– Second partage 321 av. J.-C. et mort d’Antipater

– Seconde guerre des Diadoques, 319-315 av. J.-C.

– Troisième guerre des Diadoques, 314-311 av. J.-C.

– La guerre de Babylone, 311-309 av. J.-C.

– Quatrième guerre des Diadoques, 308-301 av. J.-C.

– La lutte de Lysimaque et de Séleucos, 285-281 av. J.-C.

– Les invasions Galates et la consolidation, 280-275 av. J.-C.

 

Les guerres de Syrie

Ces guerres opposèrent les royaumes lagides et séleucides durant la période hellénistique pour la domination de la région appelée Cœlé-Syrie.

  • La Première : 274-271 avant l’ère commune
  • La deuxième : 260-253 avant l’ère commune
  • La troisième : 246-241 avant l’ère commune
  • La quatrième : 219-217 avant l’ère commune
  • La cinquième : 202-195 avant l’ère commune
  • La sixième : 170-168 avant l’ère commune