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En marche vers l’Assyrie, Nékao, roi d’Egypte affronte Josias, roi de Juda (123)

La machine à broyer de la géopolitique s’est mise en marche. Le géant d’hier ne l’est plus aujourd’hui. Nékao II, roi d’Egypte, veut se rendre dans le Nord de l’Assyrie. Objectif : secourir les Assyriens, attaqués par les troupes babyloniennes de Nabopolassar

Le-roi-Josias-affronta-légyptien-Nekao-perdit-et-mourut-au-combat-« Åhus-kyrka-12 ».-Sous-licence-Domaine-public-via-Wikimedia-Commons.jpg

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1er souverain de la XIe dynastie de Babylone dite « Dynastie Chaldéenne ». Pour l’Egypte, mieux vaut encore l’Assyrie qu’un empire plus fort que lui encore. Il veut s’emparer de la région du Liban à l’Euphrate. A cet effet, son armée doit traverser le royaume de Juda. Au passage, il prend d’assaut a ville de Gaza. Pressé, il demande la faveur à Josias de traverser son territoire mais celui-ci lui refuse le passage. Le pharaon lui donne un message venant de l’Eternel, que Josias, inflexible, refuse d’écouter. Il lui affirme : « Je n’ai rien contre toi, roi de Juda ». Rien n’y fait. L’affaire s’envenime et tourne à l’affrontement. Josias partit au combat sans prendre en compte l’avertissement de Nékao, pourtant inspiré par Dieu. La bataille lieu dans la vallée de Megiddo (Chroniques II 35,22). La bataille de Megiddo, en 609 avant JC vit ainsi la victoire des armées du pharaon Nékao II sur les soldats du roi Josias (1) de Juda. Megiddo est une ville du pays de Canaan, avant sa conquête par le peuple hébreu dirigé par Josué. La Thora évoque cette ville pour la première fois dans la liste des 31 rois vaincus par Josué (« …le roi de Taanac, un; le roi de Megiddo… » (Josué 12, 21) lors de la conquête de Canaan. Elle est sur la voie commerciale entre l’Egypte et Damas. La ville domine la plus grande plaine d’Israël, la vallée de Jezréel. En lui barrant la route, Josias est mortellement blessé et ses troupes vaincues par une armée probablement mieux équipée, « Selon Arthur Weil (Histoire sainte d’Israël**), « On transporta son corps à Jérusalem, où il fut enseveli. Josias fut pleuré par tout le peuple et le prophète Jérémis composa une touchante élégie en souvenir de lui ».

Juda doit lui trouver un successeur entre ses trois fils Éliakim, Salloum et Mathania. Finalement, ce sera Salloum, qui, prendra le nom de Joachas (Yehoachas)

Selon l’historien allemand Heinrich Graetz*, «  la sentence portée contre l’Assyrie s’accomplit. Ce puissant empire tomba misérablement sous les efforts combinés de Cyaxare, roi des Mèdes, et de Nabopolassar, roi de Babylone : Ninive, la ville géante, succomba après un long siège (vers 605) et son dernier monarque, Sardanapale, chercha la mort dans les flammes. La chute de l’Assyrie fut le signal de grands changements (…) : la Médie hérita de la plupart des anciennes possessions assyriennes ; son roi s’attribua la part du lion, en ne laissant à son allié que la Babylonie et Élymaïs, avec l’expectative de la souveraineté des pays situés à l’ouest de l’Euphrate. Nabopolassar mourut peu après et eut pour successeur son fils Nabuchodonosor (604-561). Les troupes égyptiennes sont alors bloquées sur la Via Maris de Meggido par l’armée de Josias. Sans succès et le roi Josias, pourtant déguisé, est tué par un archer (Rois II, 23,29 – 2 Chroniques, 35, 22-24). Ses serviteurs le ramènent à Jérusalem où il meurt à 39 ans. Tout le peuple pleure son roi. Le prophète Jérémie prononce une complainte en son honneur. Un deuil national est instauré. Joachaz, son fils, règne à sa place. Aucun roi de Juda n’a été aussi absolu que Josias dans ses réformes. « Avant Josias, il n’y eut point de roi qui, comme lui, revienne à l’Eternel de tout son coeur, de toute son âme et de toute sa force, selon toute la loi de Moïse; et après lui, il n’en a point paru d semblable » (Rois II, 23,25).

Joachaz, fils cadet de Josias, est fait roi à 23 ans. Mais selon Chroniques II, 36, il ne plaît pas au royaume d’Egypte, puissance de la région. Trois mois après son élection, l’Egypte le prend en captivité, où il meurt. Elle le remplace par Jojakim, fils aîné de Josias, qui devient roi à l’âge de 25 ans. Il règne 11 ans sur le royaume de Juda (608-597 av. J.-C.). Lorsqu’il fut placé sur le trône, son nom, initialement « Eliakim, » fut changé en « Jojakim » (II Rois xxiii. 34). Le pharaon Nekao impose à Israël un impôt de 1.000 talents d’or (environ 4.900 kg) et 1 talent d’argent (environ 4,9 kg d’argent). Pour régler cette note et payer ce tribut, Jojakim dépouille le peuple.

« Jojakim, comme la majorité de ses conseillers, ne croyait pas que les Chaldéens dirigeant Babylone  seraient capables  de tenir la Palestine contre la puissante armée égyptienne, affirme l’historien israélien Hillel Haim Ben-Sasson dans a history of the jewish people***. La Babylone chaldéenne était un phénomène nouveau dans le Proche Orient. Et par voie de conséquence, sa longévité était mise en doute. Alors que l’Egypte était bien plus proche géographiquement et que les pharaons n’avaient jamais eu recours à des méthodes dures pareilles à celles de Assyriens et des Babyloniens. L’attachement de Jojakim à l’Egypte était donc très profond et sa fidélité à la faiblesse au conquérant assyrien ne consistait qu’en un service de pure forme. »

Quant à l’armée égyptienne continue vers le nord pour rejoindre l’armée assyrienne. Cependant, l’Égypte ne peut empêcher la victoire à Karkemish des Babyloniens en 605 avant JC, victoire infligée par Nabuchodonosor, Le pharaon abandonne ses possessions asiatiques et rentre chez lui, après avoir subi de lourdes pertes et ruiné son prestige. De retour au pays, le pharaon fait prisonnier trois mois plus tard Johachaz  (2), fils de Josias et son successeur à la tête de Juda. Puis il impose un tribut au royaume de Juda. Enfin, il établit Jojakim, le fils aîné de Josias, comme nouveau roi de Juda. Cet épisode est évoqué dans le livre Rois  II (23, 29-35). D’autres sources indiquent que Nekao II se tourne alors vers le développement du commerce à la fois en Méditerranée  et avec l’Afrique orientale. Il entreprend le creusement d’un canal destiné à relier le Nil à la mer Rouge.

*Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76

**Arthur Weil, Histoire sainte d’Israël, Editions Victor Goldschmidt, Bâle 1969

***Haim Hillel Ben-Sassoon, « A history of the jewish people », Harvard University Press, 1994

 

Mise en ligne : 6 octobre 2014- Version 1- Israël Antique-Exil  6-123