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Deux personnages de la Yehudata Medinata perse: le gouverneur Bagoas et Shimon Le Juste (177)

Darius_III_of_Persia que Bagoas, futur gouverneur de Judée, tenta d'empoisonner

Darius_III_of_Persia que Bagoas, futur gouverneur de Judée, tenta d’empoisonner

Tout oppose ces deux personnages : d’une part, Bagoas (ou Bagohi), l’intrigant eunuque perse, chef militaire devenu gouverneur de Judée au début du 4ème siècle, et qui fut apparemment conservé par Alexandre à son poste. The Carta Bible Atlas (1) confirme que « dans le cours de ses premières conquêtes, Alexandre conserva les formes perses d’administration, substituant à peine les Macédoniens aux satrapes perses. Dans certains cas, il nomma même des Perses à des postes de responsabilité. » Pourtant, des historiens occidentaux de renom –Wilrich et Wellhausen, selon Encyclopedia Judaica- ont même dans le passé affirmé que ce personnage n’avait jamais existé. Et d’autre part, Shimon Hatsadik, qui est passé dans la postérité, comme Shimon Le Juste, mais que les historiens ont le plus grand mal à définir qui porta véritablement ce nom. Comme si un halo de mystère enveloppait ces deux personnages que tout oppose : d’un côté le sanguinaire et frivole eunuque et de l’autre le charismatique Cohen Gadol, dernier grand-prêtre de la Grande Assemblée.

Le nom de Bagoas ne nous est pas inconnu puisque les Hébreux de la garnison militaire d’Eléphantine, près d’Assouan (en Egypte), écrivirent à ce personnage pour demander son assistance à la reconstruction du Temple local, détruit par la populace égyptienne. S’agissant de lui, l’encyclopédie en ligne Wikipedia est une source précieuse (2) : « Eunuque d’origine égyptienne, il était le favori du

La tombe de Shimon Hatsadik à Jérusalem aujourd'hui

La tombe de Shimon Hatsadik à Jérusalem aujourd’hui

roi de Perse Artaxerxès III, de la dynastie des Achéménides. S’étant entendu avec le mercenaire rhodien Mentor, il réussit à soumettre à nouveau l’Égypte à l’Empire perse (sans doute en 342 av. J.-C.). Il acquit alors un tel pouvoir qu’il devint le maître réel du pays. Il s’enrichit considérablement en confisquant les manuscrits sacrés de temples égyptiens et en exigeant des pots-de-vin pour les rendre. Quand le Grand Prêtre de Jérusalem fit assassiner son frère Jean dans le Temple, Bagoas (qui était du parti de Jean) établit un nouvel impôt sur les Juifs et ne se gêna pas pour entrer dans le Temple, disant qu’il était plus pur que les meurtriers. En -338, il fit assassiner le roi et tous ses fils à l’exception d’Arsès qu’il plaça sur le trône. Selon une légende rapportée par Élien, Bagoas avait tué Artaxerxès car ce dernier avait mis à mort le taureau sacré Apis, et il fit manger le corps du défunt roi par des chats. Trouvant Arsès indocile, il le fit empoisonner à son tour en -336 et le remplaça par un autre prince de la famille royale, Darius III Codoman dont il se rendit compte rapidement qu’il ne serait pas plus souple qu’Arsès. Mais Darius, instruit par le sort de ces deux prédécesseurs, obligea Bagoas à boire le poison que celui-ci lui destinait. »

Par ailleurs, curieusement, on apprend suivant les mêmes sources (Wikipedia) mais dans un article différent, qu’il fut le favori d’Alexandre le Grand. De quoi nous rendre perplexes. Le Perse, intrigant et malfaisant, aurait-il tourné casaque et se serait-il jeté dans les bras du nouveau vainqueur ? Wikipedia l’affirme : «  Il est offert à Alexandre le Grand par Nabarzanès, un général du roi Darius de Perse, après la défaite de Darius à Gaugamèles, sa fuite puis son assassinat. L’historien romain Quinte-Curce, dans son Histoire d’Alexandre le Grand, présente Bagoas comme un eunuque d’une beauté exceptionnelle et dans la fleur de l’âge, avec lequel Darius III avait des relations intimes et avec qui Alexandre eut, à son tour, des relations intimes par la suite. »

Avec son style grandiloquent, l’historien allemand Heinrich Graetz, décrit (4) l’arrivée sur la scène de l’histoire de Shimon Le Juste : « …Le peuple juif (…) vit surgir au bon moment l’homme qu’il lui fallait, l’homme qui, par son intelligence et son énergie, devait sauver son peuple de la ruine imminente. Cet homme était Siméon le Juste, fils d’Onias Ier, entre 300 et 270. (…) Il est le seul grand prêtre de la maison de Jésua ou de Jozadak dont elle connaisse des faits méritoires, le seul qui ait su remettre le sacerdoce en honneur(…) Il fit rebâtir et fortifier les murs de Jérusalem, que Ptolémée Ier avait fait raser. (…) Le temple, depuis deux siècles qu’il existait, avait subi de notables dégradations : Siméon les fit réparer (…). Les fontaines voisines de Jérusalem ne pourvoyaient pas suffisamment, dans les années de sécheresse, aux besoins des habitants ; il fallait d’ailleurs une grande quantité d’eau pour subvenir aux exigences du culte public. Siméon fit creuser, sous les fondations du temple, un vaste réservoir communiquant, par un conduit souterrain, avec la source d’Etam, non loin de Jérusalem (…) Grâce à cette disposition, le temple ni Jérusalem ne manquèrent jamais d’eau (…). Un écrivain postérieur, Jésua Sirach, exalte les mérites de Siméon : « Qu’il était beau lorsqu’il sortait du sanctuaire, Lorsqu’il s’avançait hors du Saint des saints ! Telle l’étoile matinière au milieu des nues; Telle, au printemps, la lune en son plein. Lorsqu’il revêtait son costume d’honneur, Qu’il apparaissait dans ses riches vêtements… Autour de lui un cercle de frères, L’environnant comme une colonnade de palmiers… » Siméon le Juste répétait souvent à ses disciples cette maxime : « Le monde (la société juive) repose sur trois bases : la doctrine, le culte divin et la charité. ».

Pourtant les historiens occidentaux se perdent entre quatre possibles personnages qui auraient pu être ce Shimon Hatsadik. Jewish Encyclopedia nous indique ainsi que (5) « de nombreuses déclarations à son sujet sont diversement attribuées par des experts à quatre personnes différentes qui portent le même nom de famille ; par exemple à Simeon par Fränkel et Grätz ; à Siméon II par Krochmal et Brüll ; à Simon Maccabée par Löw ; et à Siméon, fils de Gamaliel par Weiss. »

(1) The Carta Bible Atlas

(2) Ce document provient de « https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Bagoas_(favori_d%27Artaxerxès_III)&oldid=112535117».

(3) Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XI, 7, 1.

(4) Heinrich Graetz, Histoire des Juifs (2,4)

(5) Jewish Encyclopedia