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Des rois perses furent hostiles aux juifs, selon des historiens (167)

L'historien Lovsky est l'auteur de "Antisémitisme et mystère d'Israël"

L’historien Lovsky est l’auteur de « Antisémitisme et mystère d’Israël »

La vie semi-autonome de Yehuda Medinata, la province perse, fut-elle pour autant un long fleuve tranquille ? Pas sûr, nous dit Fadiey Lovsky. Né à Paris en 1914, cet historien protestant, spécialiste des relations entre Juifs et chrétiens, qui reçut en 2000 grâce à ses travaux le Prix annuel de l’Amitié Judéo-chrétienne de France, s’inscrit en faux contre la thèse du philo-judaïsme (NDLR : l’auteur, marqué par le racisme antisémite des nazis, écrit « philosémitisme ») des dirigeants perses même s’il reconnaît de la « bienveillance » des rois achéménides Cyrus, Darius Ier, Artaxerxès Ier et II. Principal historien visé de l’époque, Jules Isaac, qui écrit « De l’antisémitisme préchrétien, I, Revue de la Pensée juive, n° 7, avril 1951, p. 61) « les Juifs de Babylonie s’y trouvaient bien, puisqu’une minorité seule revint à Jérusalem (…) Les Juifs n’ont pas toujours fui, volontairement, les terres qui leur étaient hostiles ».

Lovsky* va encore plus loin : « Il est infiniment probable que Cyrus ignorait tout de ce petit peuple, à tous les points de vue négligeable, qui avait vécu et voulait vivre encore aux confins de l’empire nouvellement conquis. Le «philosémitisme» de Cyrus ne repose sur aucune preuve historique ; l’autorisation du retour des Juifs, probablement suggérée par certains d’entre eux à la faveur des dispositions générales du nouveau gouvernement, a été obtenue très précisément de la bienveillance d’un souverain qui ne connaissait pas Israël. »

Au-delà des exemples qu’il donne de la violence exercée par les souverains achéménides contre les temples égyptiens par exemple, il évoque « sous le règne de Darius II, les troubles d’Eléphantine prouvèrent que les autorités perses ne poussaient pas la bienveillance envers les victimes juives jusqu’à les rétablir dans tous leurs droits, ni dans le libre exercice de leur culte. L’attitude d’Artaxerxès III aurait été assez hostile aux Juifs, selon des sources qui suscitent certaines réserves ; il en aurait fait déporter jusqu’aux bords de la mer Caspienne; c’est même ce grand roi qui «profana les temples» quand il reconquit l’Egypte. ».

Plus tard, ce sont les Grecs qui vont ravir la place aux Peres en matière de tolérance religieuse. Mais, selon Lovsky, « L’histoire perse est encore tout enveloppée d’obscurités. S’il n’est pas équitable de prêter aux Achéménides les tendances intolérantes que les Mages imposeront plus tard aux Sassanides, l’hypothèse de quelque conflit entre les conceptions religieuses d’un grand roi et celles des Juifs ne peut être formellement exclue qu’à la seule faveur de notre ignorance. »                         

Toujours selon Lovsky, Flavius Josèphe raconte cependant que « deux frères juifs babyloniens devinrent chefs de bande et s’imposèrent en véritables sheiks, protecteurs de Juifs. Si le gouvernement royal acceptait les choses, l’opinion publique, dans ces territoires où les influences perses, babyloniennes et hellénistiques se mêlaient inextricablement, semble avoir été nettement hostile aux Juifs depuis longtemps enracinés dans la région. On fit retomber sur eux les méfaits des deux cheiks. Josèphe écrit qu’ils avaient été le «frein à leur haine [il s’agit des Babyloniens] contre les Juifs, avec lesquels ils avaient presque perpétuellement des différends, causés par l’opposition de leurs lois.» Finalement, «les Babyloniens assaillirent les Juifs. Ceux-ci, irrités des violences des Babyloniens» se réfugièrent à Séleucie du Tigre], affirme l’auteur citant Flavius Josephe (Antiquités Juives, XVIII, IX (trad. Mathieu-Herrmann). »

Lovsky est-il le seul à émettre de tels avis ? Non. L’historien israélien Haim Hillel Ben-Sassoon, auteur d’ « A history of the jewish people »** nous apprend que « les dernières années de l’occupation perse ont été marquées par des campagnes visant à supprimer les insurrections qui éclataient tout particulièrement dans la zone côtière. Nephertiti, qui avait fondé la 29ème dynastie égyptienne et établi à nouveau une autonomie qui ne devait durer qu’un temps, occupait la partie septentrionale jusqu’à Gezer. Son successeur poussa son avantage jusqu’aux villes de Tyr et de Sidon. Plus tard en 380 avant l’ère actuelle, la Perse reconquit ce territoire et vers 360, les satrapes occidentaux se révoltèrent avec l’aide de l’Egypte. La dernière révolte fut celle de Sidon, à laquelle se joignit le roi de Chypre, et qui fut durement écrasée par les Perses qui brûlèrent la ville et alentour. »

Et Haim Hillel Ben-Sassoon, d’évoquer qu’à cette occasion, « une tradition byzantine nous apprend le bannissement des captifs juifs vers Hyrcania, près de la mer Caspienne. Une autre tradition indique que la Judée participa à cette révolte et que (le roi de Perse) Artaxerxes détruisit a ville de Jéricho. (…) l’Egypte fut reconquise par les Perses en 343/342 mais ce fut la dernière victoire de l’empire perse. » Nous reviendrons prochainement sur cette question, après avoir pris connaissance plus avant de la littérature historique.

 

*Antisémitisme et mystère d’Israël, éditions Tsofim, 1955

**A History of the Jewish people, H.H. Ben Sasson, Harvard University Press