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Dans Yehuda Medinata, la Kenesset Haguedola renforce les bases de la foi juive (164)

La province judéenne était une entité juridique séparée de l’empire perse. « Yehuda Medinata en araméen, la langue officielle de l’administration de la partie occidentale de l’empire perse, était lourdement taxée par le gouvernement central, qui était payé en argent et en or », nous indique l’historien israélien Haim Hillel Ben Sassoon*. « Chaque province devait soutenir financièrement le gouverneur local et sa cour (« le pain du gouverneur » selon l’expression de Nehemia 5/14). La province taxait aussi les habitants pour soutenir l’administration et l’armée : pièces de monnaie, sceaux et impressions de sceaux de cette époque (surtout le 4ème siècle avant JC) ce qui démontrait une certaine autonomie fiscale. Alors que seul le gouvernement central pouvait émettre des pièces de monnaie d’argent dotées de dénominations élevées, les autorités locales de Judée avaient recours à la même pratique mais pour de petites dénominations.»

Ces districts n’étaient pas tous aux mains des Judéens, car les peuplades voisines, tirant parti et de l’exil et de l’absence d’autorité politique avaient mordu sur leur territoire. Sur la côte, au sud les Ashdodites et plus au nord, les Phéniciens, qui s’infiltraient sur le territoire de Juda. Le Sud était aux mains des Edomites, appelés plus tard Iduméens. Sans compter les Samaritains qui grignotaient du terrain aux Judéens en proie à mille difficultés. Finalement, le territoire judéen était très étroit et il faudra attendre les Hasmonéens pour le voir grandir. De cette époque, le nom de Judéen perdit de sa signification pour céder la place à celui de Juifs qui reconnaissaient la Torah

La Ménorah, chandellier juif, qui orne aujourd'hui, le parlement israélien (la Knesset) source: MFA, Israël

La Ménorah, chandellier juif, qui orne aujourd’hui, le parlement israélien (la Knesset)                            Source: MFA, Israël

 

comme clé de voute de leurs croyances religieuses. Selon Heinrich Graetz**, « Si un Judéen voulait se vendre comme esclave, il ne trouvait point d’acheteur. Aussi l’institution du Jubilé n’eut-elle plus de raison d’être, ayant pour but essentiel de procurer la liberté aux esclaves. En revanche, on observa strictement l’année sabbatique, eu égard aux personnes et aux terres. Chaque septième année éteignait les dettes des pauvres, et les champs y restaient en friche. Précédemment déjà, selon toute apparence, les favoris juifs des rois de Perse avaient obtenu que, dans cette année de chômage, les redevances agricoles fussent suspendues. Et c’est ainsi que tous les détails de la vie extérieure furent réglés selon les prescriptions du livre de la Loi. Les pauvres furent l’objet d’une sollicitude particulière, conformément aux exhortations du Pentateuque (…). La justice fut organisée dans tous ses détails et exercée avec scrupule. Deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, les tribunaux siégeaient dans toutes les grandes villes soit parce que ces deux jours, déjà antérieurement, étaient jours de marché pour les paysans (…). Une fois organisé l’État d’après l’esprit de la Thora, pourquoi les chefs spirituels du peuple n’auraient-ils pas songé à instituer une autorité suprême, avec pouvoir d’interpréter la Loi et de légiférer elle-même ? Le Deutéronome imposait l’établissement d’un tribunal souverain, qui devait prononcer définitivement sur toutes les questions douteuses ; une autorité absolue (…). Les chefs de l’État, depuis Néhémie, pénétrés de l’esprit de la Thora, devaient donc se faire un devoir de créer une semblable et toute-puissante autorité. De combien de membres devait-elle se composer ? Sur ce point aussi la Loi contenait une indication. Moïse s’était entouré de soixante-dix Anciens, représentants des soixante-dix principales familles, et qui devaient partager avec lui le fardeau du gouvernement. Il était donc tout naturel, étant donné un Conseil législatif statuant en dernier ressort, de le composer également de soixante-dix Anciens. Cet institut d’une espèce particulière, qui subsista sans interruption jusqu’à la chute de l’État judaïque, qui était le gardien de la Loi fut créé (…). De la Grande Assemblée, convoquée temporairement sous Néhémie pour édicter un certain nombre de mesures, se forma un corps permanent, qui eut à délibérer sur d’importantes questions religieuses et morales. Les soixante-dix membres de ce grand Conseil furent vraisemblablement choisis dans les différentes familles; le grand prêtre en fit partie. Les soixante-dix membres de la corporation durent ainsi s’augmenter d’une unité, et ce chiffre resta invariable. — Le président reçut le titre de Père du tribunal (Abbeth- din).

Aussitôt que fut constitué ce corps, — qui s’appela plus tard le Synedrium (Synhédrin), — il s’appliqua à (…) faire entrer de plus en plus le judaïsme ou la Loi dans la vie et les habitudes du peuple. Le grand Conseil y introduisit une transformation complète. Tous les changements qu’on remarqua, deux siècles plus tard, dans la communauté judaïque, étaient son oeuvre ; les mesures nouvelles (…) connues sous le nom d’institutions des Sôpherim (dibrê sôpherim), n’étaient autre chose que des créations de ce Conseil. On institua des lectures publiques et régulières de la Thora. Chaque shabbat et chaque jour de fête, une section du Pentateuque devait être lue au peuple assemblé. Et de plus, aux deux jours de la semaine où les villageois avaient coutume d’aller au marché de la ville voisine ou au tribunal. »

*Haim Hillel Sasson, A History of the Jewish People (1969), Harvard University Press

**Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76