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Dans un monde idolâtre, le monothéisme et les particularismes Juifs suscitent l’antijudaïsme (170)

Les historiens ont identifié des sources païennes à l’antijudaïsme antique. Max Weber, fondateur de la sociologie moderne et pourtant auteur du monumental « Judaïsme Antique », ne laisse pas en percer une ligne sur presque 600 pages. Au 19ème siècle,  Théodore Reinach (1895) avait découvert un certain nombre d’écrits ignorés des premiers fondateurs de cet antijudaïsme. Et plus proche de nous, Georges Nataf avec ses travaux sur les « origines païennes de l’antisémitisme » indique : « Du 3ème siècle avant JC jusqu’à la fin de l’antiquité, les mêmes reproches sont adressés aux Juifs » :

  • Leur particularisme religieux : ils professent un Dieu unique et invisible, ce qui choque l’opinion majoritaire des autres peuples, adeptes de l’idolâtrie multiple et sous toutes ses formes. Ils ont un seul Temple, quand les autres les multiplient à tout va et lisent des parchemins dans les synagogues ou centres d’étude (où les prières se disent quand les fidèles sont au nombre minimum de dix), alors que les autres procèdent à des incantations et libations multiples. George Nataf, précise à ce titre : « Du III e siècle av. J.-C. jusqu’à la fin de l’Antiquité, les mêmes reproches seront faits aux Juifs : leur particularisme religieux qui leur interdit de sacrifier aux dieux de la Cité et à l’Empereur et, autre grief touchant cette fois à la vie sociale, explicable par leurs interdits alimentaires, leur refus de participer aux banquets, de mener une vie conforme à celle des pays dont ils sont les hôtes. De plus, leur rejet des divinités païennes, qu’ils se refusaient à considérer comme les émanations de leur dieu sans image, les fera apparaître comme des athées dangereux pour l’ordre établi. » Cette intransigeance juive rebutait leurs interlocuteurs ou leurs voisins, d’autant qu’il se doublait d’une ségrégation de fait dans les relations quotidiennes. S’interrogeant sur la persistance de l’antisémitisme à travers les siècles, des historiens français ont produit, diverses contributions, rassemblées dans la revue d’histoire des religions., dont Pierre Sorlin, a produit un article dont nous reprenons cette parole :  « Valentin Nikiprowetzky propose une véritable interprétation de l’antisémitisme, passionnée, brillante, polémique et cohérente(…) Soudain, en quelques pages, l’essentiel explose : le monothéisme éthique, radical est le caractère fondamental d’Israël, son apport décisif à l’Humanité ; Yahweh, Dieu unique, est Dieu d’une nation, le monothéisme israélite constituant « une religion universaliste enfermée dans les catégories d’un nationalisme transcendantal ». (2)

 Leurs rites religieux: Prenons deux exemples reposant sur des rites juifs réels quoique déformés. La circoncision est tournée en dérision par les peuples alors même qu’Egyptiens et Phéniciens l’avaient pratiquée sans encourir de reproches. Le shabbat est moqué pour « pratique nuisible car demeurer chaque septième jour sans rien faire, c’est perdre la septième parte de sa vie » affirme Sénèque. Mais les Juifs sont aussi jugés sur deux autres pratiques relevant l’une de l’invention historique et l’autre du fantasme. Invention historique avec « l’adoration de l’âne » dont seraient taxés les Juifs depuis que le roi Antiochus entra dans le Saint des Saints juif au sein du second temple de Jérusalem, par effraction faut-il le préciser, et qu’il y aurait vu un homme qu’il prit pour Moïse, assis sur un âne tenant un livre à la main. Peut-être le roi a t’il cru voir l’âne sur lequel, selon le prophète Isaïe, viendrait le Messie. Fantasme enfin, l’écrivain Damocrite repris par Apion d’Alexandrie, accusant les Juifs de crime rituel, un vieux cliché antijuif.

  • Leur particularisme de proximité : Soumis aux règles de la Torah, les Juifs sont astreints à se nourrir de produits alimentaires, qui sont soumis aux règles de la casherout et de fait, s’interdisent de partager leurs repas chez les non-Juifs dans des banquets. Ne partageant pas le même pain, il leur est difficile de devenir « co-pains » des non-Juifs. Ce particularisme se prolonge dans la garde des enfants, toujours selon Mr Nataf qui évoque Philon d’Alexandrie. Cet intellectuel juif hellène rappelle que la fille de Pharaon, recueillant Moïse dans le Nil, s’empressa de recruter sa mère pour lui servir de nourrice, le bébé ayant refusé de teter toutes les nourrices égyptiennes qu’on lui avait présentées. Est-ce un hasard si le Talmud évoquant ce thème affirme que les Juives devaient toujours avoir des nourrices juives, car nourrir un enfant juif du lait d’une nourrice non-juive conduisait à transmettre la culture de l’autre ?

Ces particularismes sont cumulatifs. Partageant les mêmes règles, religieuses, alimentaires et éducatives, les Juifs ont tendance à se regrouper dans les mêmes quartiers, et forcément, à se fréquenter en priorité, suscitant l’accusation de vie en autarcie. Le sociologue Max Weber dans le Judaïsme antique (Editions Plon in sociologie des religions, 1971) : « Car qu’étaient donc les juifs, sociologiquement parlant ? Tout simplement un peuple paria, un peuple-hôte vivant dans un environnement étranger dont il est séparé rituellement, formellement ou effectivement. De cette condition découlent tous les traits essentiels de son attitude à l’égard de don environnement et plus particulièrement, son ghetto volontaire  qui a précédé de loin la réclusion qui lui a été imposée ; de là résulte aussi le dualisme qui caractérise sa morale, différente selon qu’elle est tournée vers son propre groupe ou vers l’extérieur ». 

  • Georges Nataf « origines païennes de l’antisémitisme », Editions Berg
  • Sorlin Pierre. De l’antijudaïsme antique à l’antisémitisme contemporain. Études réunies par V. Nikiprowetzky, préface de L. Poliakov. In: Revue de l’histoire des religions, tome 198, n°1, 1981. pp. 72-75; http://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1981_num_198_1_4948 Document généré le 03/05/2016 Préface au livre de Léon Poliakov, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1979, 292 p.

 

A l’origine du premier antijudaïsme, le monothéisme juif

Domaines Les Juifs Les non-Juifs
Religion Monothéisme (D est invisible) Idolâtrie (image, sculpture, objet)
Lieux de prières Un seul Temple, à Jérusalem Libations aux idoles devant des autels
Pratiques alimentaires et vie sociale Les interdits alimentaires freinent, voire interdisent le partage des repas avec des idolâtres. Ils ont aussi pour effet que les Juifs se regroupent dans de mêmes quartiers pour accéder plus confortablement aux produits qu’ils désirent afin de respecter leur croyance. Aucun interdit et aucune limite au partage des repas avec quiconque