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Devenu roi de Juda et vassal de l’Egypte, Jojakim brûle le Livre de la Loi (124)

Le roi Jojakim met le feu aux rouleaux de la Torah qu'on lui lit, défiant ainsi l'Eternel

Le roi Jojakim met le feu aux rouleaux de la Torah qu’on lui lit, défiant ainsi l’Eternel

Juda, devenu vassal de l’Egypte, le roi Jojakim successeur de son frère cadet Salloum, dépouille le peuple pour payer le tribut au pays victorieux. Il fait ce qui est mauvais aux yeux de l’Eternel. André Néher l’écrit* : « Jojakim réinstaure en Juda la syncrèse religieuse et morale contre laquelle Josias (son père NDLR) avait si énergiquement lutté ». Pour Arthur Weil (Histoire sainte illustrée)**, « ce roi renouvela toutes les iniquités de Manassé, et tout le peuple suivit son exemple. Le culte du vrai Dieu fut partout abandonné, et la loi divine foulée aux pieds » dans une société de plus en plus miné par l’immoralité dénoncées par l’historien allemand Heinrich Graetz*, « Côte à côte avec la démence idolâtre, avec le culte obscène et infanticide, se propagèrent le vice et les mauvaises moeurs, la luxure, l’adultère, l’oppression des étrangers, des veuves et des orphelins, la vénalité des juges, l’habitude du mensonge, la fausseté, l’usure effrénée, l’inhumanité envers les débiteurs, enfin les homicides. De faux prophètes exaltèrent les faux dieux et prônèrent la débauche. Ce honteux recul fut-il l’oeuvre du roi ? Ou l’ignore; tout ce qu’on sait, c’est que Joachim persécuta avec acharnement les prophètes qui faisaient entendre leurs censures. Les noms de trois seulement d’entre eux sont arrivés jusqu’à nous : Jérémie, Habacuc, Urie, encore ne connaît-on de ce dernier que sa fin tragique. ». Car il fut mis à mort par le roi.

Roi qui se révélera au fil du temps à la fois délinquant économique, pervers sexuel et  quasiment fondateur de la haine de soi. La Jewish Encyclopedia** illustre ces affirmations sur la base d’informations complémentaires utiles à la compréhension du trouble personnage de Jojakim et qui trouvent leur source dans le Talmud. « Après trois ans, Jojakim, se révolta contre Nabuchodonosor (IB.xxiv. 1), apporta ainsi la ruine sur lui-même et sur le pays. Le roi fut enterré au-delà des portes de Jérusalem en même temps qu’une ânesse (Jérémie 22, 19). Jojakim tua le prophète Uriah et jeta son corps dans les tombes des gens du peuple » (IB. xxvi. 23). Fils de Josias, Jojakim fut au moment du décès de son père, jugé indigne de lui succéder et c’est son frère Joachaz qui monta sur le trône à sa place, (selon Seder ‘ Olam R. xxiv. ; Horayot 11 b). Par la suite, Joachaz avait été conduit en captivité en Égypte, Jojakim commit péchés et crimes parmi les plus atroces. Il eut des relations incestueuses avec sa mère, sa belle-fille et sa belle-mère et avait l’habitude de tuer les hommes, dont les épouses étaient violées et dont il s’emparait de leurs propriétés. Ses vêtements étaient composés de « sha’aṭneẓ, » (mélange interdit par la Thora de tissus de laine et de lin NDLR) afin de cacher sa judéité. Il avait lui-même fait une épispasme (opération de reconstitution du prépuce NDLR) au moyen d’une opération, et tatoué son corps (Sanhedrin 103 b). Il s’est même vanté de son absence de croyance en Dieu. Quand Jojakim fut informé que Jeremiah écrivait ses Lamentations, il envoya chercher ses rouleaux et tranquillement lu les quatre premiers versets, remarquant avec ironie, « Je suis toujours roi. » Quand il parvint à la cinquième strophe et qu’il lu les mots, « car le Seigneur l’affligea pour la multitude de ses transgressions » (Lam. i. 5), il prit le rouleau, raya les noms de Dieu dans le texte et le jeta au feu (Moed Ḳatan 26 a). Pas étonnant donc que Dieu ait pensé à « changer le monde à nouveau en chaos » et s’est abstenu de le faire uniquement parce que le peuple juif sous ce roi était pieux (Sanhedrin 103 a). »

Entre temps, la Judée, vassale du roi d’Egypte, était devenue tributaire du roi de Babylone. La Jewish Encyclopedia** poursuit son récit : « Nabuchodonosor vint avec son armée à Daphné, près d’Antioche et il exigea du Grand Sanhédrin, dont les membres vinrent lui rendre hommage, qu’ils lui livrent Jojakim, auquel cas il ne perturberait pas la ville et ses habitants. Le Sanhédrin alla informer Jojakim de la demande de Nabuchodonosor, et quand celui-ci leur demanda s’il serait bon de le sacrifier à leur profit, ils lui rappelèrent ce que David avait fait dans un cas similaire avec le rebelle Sheba (Lev. R. xix. 6). »

Et le roi Jojakim mourut mais son enterrement ne fut pas un moment de gloire : « Même cette mort honteuse (avec une ânesse voir supra), cependant, ne devait pas être la fin du roi dont le crâne contenait ces mots gravés dessus « Ceci et une de plus. » Après plusieurs siècles, le crâne de Jojakim fut découvert par un savant aux portes de Jérusalem. Il fut pieusement enterré, mais chaque fois qu’on tentait de le recouvrir de terre, celle-ci refusait de tenir. On en conclut qu’il s’agissait d’un crâne de Jojakim, dont Jérémie avait prédit une telle fin (Jérémie xxii. 18). Et comme il ne savait pas quoi en faire, il enveloppa le crane dans un linge et le cacha dans un placard. Après un temps, sa femme la trouva et la montra à un voisin, qui lui dit: « votre mari avait une autre femme avant vous qu’il ne peut oublier, et c’est pourquoi il garde son crâne ». Alors la femme le jeta au feu, et lorsque son mari revint, il sut ce que signifiait l’expression énigmatique « ceci et une de plus » (Sanhedrin 82 a, 104 a). Malgré ses nombreux péchés, Jojakim n’est pas de ces rois sans droit au monde futur (Sanhedrin 103 b). »

(1) Joachaz ou Jehoahaz régna sur Juda en -609 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)

(2) Joachim ou Jehoiachim régna sur Juda en -597 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)

*Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76

**Arthur Weil, Histoire sainte illustrée, Editions Victor Goldschmidt, Bâle, 1969

***Traduction libre à partir d’un article paru dans Jewish Encyclopedia à l’adresse http://www.jewishencyclopedia.com/articles/8562-jehoiakim

Jewish Encyclopedia est édité par l’Institut de Théologie de Philadelphie, USA, créé en 1906

 Mise en ligne : 6 octobre 2014- Version 1- Israël Antique-Exil  6-124

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