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Bath Sheva ou la faute morale du roi David (45)

Le prophète Nathan sermonne le roi David à propos de ses pêchés   Gravure de F.B. Schell tirée de ‘l’Histoire de la Bible’ de Charles Foster

Le prophète Nathan sermonne le roi David à propos de ses pêchés
Gravure de F.B. Schell tirée de ‘l’Histoire de la Bible’ de Charles Foster

 

Lors d’une nuit sans sommeil, David voit du toit de son palais une belle femme prenant son bain. C’est l’épouse d’Urie, un général Hittite, parti à la guerre. David envoya chercher cette femme que l’histoire appellera Bath-Cheva et en fera un cas d’école de l’écart de conduite d’un homme d’Etat. Il la connut intimement cette nuit-là. Quand elle devint enceinte, il ordonna que son mari soit placé au front du champ de bataille pour être tué au combat. Objectif réalisé. David épousa alors Bath-sheva.

Le prophète Nathan se présenta devant le roi, lui raconta une parabole (II Samuel 12.)  « Il y avait deux hommes dans une ville,  un riche et un pauvre. Le riche avait du petit et du gros bétail, en très grand nombre. Le pauvre n’avait rien si ce n’est une agnelle, une seule, petite, qu’il avait achetée. Il la nourrissait et elle grandissait chez lui en même temps que ses enfants. Elle mangeait de son pain, elle buvait de sa coupe, elle couchait sur son sein : Elle était pour lui comme une fille. Un hôte arriva chez l’homme riche, et il n’eut pas le cœur de prendre sur son petit ou gros bétail pour préparer le repas du voyageur arrivé chez lui. Il prit l’agnelle de l’homme pauvre et la prépara pour l’homme arrivé chez lui. » Le roi David s’exclama:  » Par le Dieu vivant, celui qui a fait cela mérite la mort ! «  Nathan lui répondit:  » Cet homme, c’est toi-même ! » David reconnut sa faute immédiatement: « J’ai péché devant Dieu. » Le prophète prononce alors deux oracles de condamnation (Samuel, 12,7-15) correspondants à chacune de ses deux fautes: d’abord la mort d’Uria puis sa relation adultérine avec Bath Sheva.

Premier oracle: « Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël : C’est moi qui t’ai oint comme roi d’Israël et c’est moi qui t’ai délivré de la main de Saül.  Je t’ai donné à toi la maison de ton seigneur et les femmes de ton seigneur sur ton sein, je t’ai donné la maison d’Israël et de Juda et, si c’était trop peu, j’ajouterais pour toi ceci et cela. Pourquoi donc as-tu méprisé la parole du Seigneur, en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Uria le Hittite tu l’as frappé de l’épée, tu as pris sa femme pour toi comme femme, et lui tu l’as tué par l’épée des fils d’Ammon. Et maintenant l’épée ne se détournera plus jamais de ta maison. » Second oracle: « En conséquence du fait que tu m’as méprisé et que tu as pris la femme d’Uria le Hittite pour qu’elle devienne ta femme. Ainsi parle le Seigneur : voici que moi je vais susciter dans ta maison le malheur. Je prendrai tes femmes sous tes yeux et je les donnerai à ton prochain qui couchera avec tes femmes sous les yeux de ce soleil. Car toi tu as agi en secret mais moi, je ferai cette chose face à tout Israël et face au soleil ! »

Pour l’historien allemand Graetz*, « tout autre roi eût assurément châtié l’audacieux censeur qui osait dire la vérité à une tête couronnée, au représentant de Dieu sur la terre. David, le disciple du prophète Samuel, accepta humblement la leçon, et, courbé par le repentir, il dit : Oui, j’ai péché. Sans aucun doute, il n’épargna ni les prières ferventes, ni les mortifications, ni les sacrifices expiatoires, pour obtenir de Dieu le pardon de ses méfaits. Quoi qu’il en soit, l’enfant conçu dans le péché mourut peu après, bien que David se fût consumé dans les larmes et le jeûne pour que Dieu le lui conservât. Bethsabée lui donna depuis un second fils, qu’on appela Yedidya et Salomon, et qui devint le favori de son père. Toutefois, si Dieu pardonna à David ses actions criminelles, les hommes ne l’amnistièrent point, et elles eurent des suites fâcheuses pour son repos. Bethsabée était fille d’Éliam, un des guerriers héroïques de David, et petite-fille de son conseiller, Achitophel. Celui-ci jugea son honneur offensé par la conduite de David envers sa petite-fille, et ne lui pardonna jamais. Il se tut cependant et garda sa haine au plus profond de son coeur ; mais il n’attendait que l’occasion d’en faire sentir les effets au roi. David fit tout au monde pour l’apaiser. Il éleva au premier rang, comme reine, la femme qu’il avait déshonorée ; il lui promit en confidence que l’enfant né d’elle serait l’héritier de son trône, et confirma cette promesse par un serment solennel : tout cela pour complaire à Achitophel, dont les conseils lui étaient précieux, et pour le désarmer par la pensée de voir un jour son descendant assis sur le trône d’Israël. Mais Achitophel resta inflexible. »

*Histoire des Juifs d’Heinrich Graetz, en format numérique

Mise en ligne : 9 septembre 2014- Version 1- Israël Antique-David-  3-45