Imprimer Imprimer

Le prophète Jérémie est la force d’opposition à Manassé, roi idolâtre de Juda (121)

Le prophète Jérémie dicte ses prophéties à son fidèle Baruch et s'oppose aux pratiques éhontées du roi Jojakim Gravure de Gustave Doré

Le prophète Jérémie dicte ses prophéties à son fidèle Baruch et s’oppose aux pratiques éhontées du roi Jojakim
Gravure de Gustave Doré

Face à la dérive du pouvoir, se confirme peu à peu dans à Juda une force d’opposition par la voix des prophètes. Suivi des membres de leur famille ou de fidèles, ils haranguent les foules et interpellent les rois. L’historien allemand Heinrich Graetz* décrit l’entrée en scène de ce nouveau type d’opposants politiques : « Heureusement (…) il existait déjà dans Jérusalem un parti dévoué à la doctrine nationale, si outragée par la cour, et qui présentait un absolu contraste avec les apôtres de l’idolâtrie (…) [frax09alpha]

Cette dernière se mit en marche contre l’Assemblée des hommes droits; des prêtres de la famille de Sadoc se virent chasser du Temple et priver de leur part aux sacrifices, pour n’avoir pas voulu servir l’idolâtrie; ils étouffèrent ces voix accusatrices dans le sang. De là vient qu’il ne s’est conservé aucun discours prophétique de cette malheureuse époque (…) ils durent envelopper leur pensée du voile de l’équivoque. Tel le prophète Nahum l’Elkoschite. (…) »

Par ailleurs, poursuit l’historien allemand Heinrich Graetz, « le parti des prophètes travailla à s’efforcer d’amener Josias à imposer la suprématie de la religion nationale et à proscrire les rites étrangers. Le roi ne fit toutefois qu’un pas dans cette direction : il s’appliqua à tirer de son état de délabrement le temple consacré à Jéhovah et dont les murs lézardés menaçaient ruine, au milieu de l’indifférence générale. Il rappela les prêtres et les Lévites bannis, et, en les réintégrant dans le service du culte, les chargea de faire recueillir des offrandes pour la restauration de l’édifice. À leur tête, il mit le grand prêtre Chilkia, fils de Meschoullam, dont la maison était restée pure de l’idolâtrie.(…) On pût discerner déjà, chez une partie des grands, des indices d’un retour au vrai culte (ils commençaient à jurer par Jéhovah, tout en servant les idoles). Il fallait la pression d’autres événements pour donner cette hardiesse au roi. L’impulsion décisive lui vint en premier lieu d’un prophète (…) Le jeune homme, c’était Jérémie ; le livre, le Deutéronome. Jérémie, fils de Chilkia, de la race d’Aaron (né vers 645, mort vers 570), (eut) un sentiment de douleur au spectacle de la décadence religieuse et morale qui régnait autour de lui. » Fils d’un prêtre demeurant à Ananoth, près de Jérusalem, Jérémie se voit un jour interpellé par Dieu en ces termes : « Avant que tu fusses né, je t’avais consacré et je t’avais désigné comme prophète des nations. Voici, je mets ma parole dans ta bouche ». Jérémie accuse le peuple dans le parvis du Temple : « Ecoutez la parole de l’Eternel, vous tous gens de Juda. Amendez vos voies et vos œuvres. Et je vous laisserai résider en ce lieu ».
Graetz : « La voix (qui parla à Jérémie) lui recommanda d’être fort, de n’avoir pas peur, de parler contre rois, princes, prêtres et peuple. Certes, ils lui en voudraient, mais ils n’auraient pas plus de prise sur lui que sur une cotonne de fer ou sur un mur d’airain. Puis Jérémie ne s’adressait plus, comme ses prédécesseurs, à une minorité instruite, mais bien à la masse de la nation tout entière. C’est dans la treizième année du règne de Josias, en 626, — il y avait alors un an que le roi s’était un peu arraché à ses habitudes de nonchalance, — qu’il entendit son premier appel intérieur. Une sorte de feu s’était allumé en lui et il avait ressenti comme les coups d’un marteau de fer broyant la roche. Son premier discours a pour sujet l’abandon de la tradition nationale par le peuple même, les désordres de l’idolâtrie et les horreurs de l’immoralité ; il est d’une force entraînante. »

Puis le prophète montre toute la compassion que lui inspire le peuple de Juda. Il supplie Dieu d’intervenir en faveur de son peuple mais celui-ci lui indique que ce n’est pas son rôle de se faire l’avocat du peuple. Son rôle est simple : transmettre la parole divine au peuple, pas celles des hommes ici-bas.

*Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76
Mise en ligne : 6 octobre 2014- Version 1- Israël Antique-Exil 6-121